Comprendre la stratégie dynamique des bandits dans le contrôle de leurs quartiers à travers le slogan “SE SOSYAL NAP FÈ”.

S’il est encore difficile aux institutions légales et légitimes de la société d’arriver à bien aborder le problème de la violence armée, en rapport avec le banditisme dans les quartiers sensibles, c’est parce que depuis plusieurs décennies les grandes institutions sociales et politiques de la société sont à la fois dysfonctionnelles et contestées. Cela contribue à l’affaiblissement de la police nationale d’Haïti (PNH), seul bras armé de l’État, devant un phénomène qui n’a pas cessé d’inquiéter tou-tes les citoyen-nes.

Depuis quelque temps, nous entendons haut et fort que les bandits se prennent pour des gens bienfaiteurs qui font le social dans leurs quartiers. Le fameux slogan “SE SOSYAL NAP FÈ” que relatent bien souvent les bandits s’inscrit dans la dynamique stratégique du banditisme dans les quartiers contrôlés par des groupes armés.

La compréhension qui traverse cette étape dans la dynamique stratégique des bandits, c’est que réellement mais de manière cynique et incompatible avec l’appréhension de “faire social”, ils font des gestes qui sont très souvent considérés même au niveau de l’État comme étant liés à la solidarité sociale. En fait, ils se rendent compte que leur existence dépend des conditions de vie souvent très misérable de la population leurs quartiers.

Ayant compris cela, ils distribuent du riz ou autres produits alimentaires qu’ils ont détourné par la force. Ils contribuent à payer l’écolage des enfants pour certains parents et en faisant souvent pression sur certains directeurs d’établissement scolaire qui se trouvent dans leurs quartiers pour que ces derniers acceptent les enfants dont leurs parents ont des relations avec eux par peur ou par influence quelconque. Les bandits s’occupent aussi des citernes d’eau communautaire, des sources ou des réservoirs d’eau publique (les cas de Savane Pistache, de Martissant, de Cité Soleil, etc…).

Il en est de même des besoins en électricité, quand il y a une panne d’électricité dans ces quartiers, il revient aux bandits de la résoudre soit en achetant un transformateur soit en alignant quelques pieds d’un triplex de fils électriques. N’en parlant pas des funérailles. Les entreprises funéraires sont de potentiels clients dans l’aspect “SE SOSYAL NAP FÈ” des bandits.

Cette démarche fait partie d’une stratégie de contrôle de l’espace social et n’a jamais été aussi efficace dans la réalité des quartiers sensibles en Haïti. Aucune activité, sociale, politique, culturelle, économique voire religieuse ne leur échappe. Ils ont leurs propres fondations ou associations pour l’implémentation des projets affectés dans leurs quartiers avec ou sans les concepteurs de ces projets (l’État, les ONG et autres) mais jamais sans eux. Les bandits passent des acteurs isolés aux acteurs légitimés et des acteurs non négligeables, en raison de leurs relations avec certains groupes politiques et/ou certaines autorités au pouvoir, aux acteurs qui tentent de répondre monstrueusement à certains besoins de base de leur population dans le seul but de prendre le contrôle de leurs quartiers.

Peterson BLANC

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