ENTRE L’ÉDUCATION ET LA CULTURE, LES FEMMES SONT LES PREMIÈRES VICTIME DE LA SOCIALISATION

Les parents et la famille, les professeurs et l’église inculquent aux enfants les comportements socialement admis à l’égard des parents, des proches, de la communauté et à l’égard de  l’autre sexe dès les premiers âges, soit aux environs de 3 ans. De l’apprentissage erroné jusqu’aux images traditionnelles, les enfants apprennent à assimiler leur rôle. Pourtant, les femmes subissent une socialisation discriminante qui les  maintient dans les ténèbres de la domination.

L’école, l’église et la famille sont des espaces de socialisation qui jouent un rôle important dans l’avenir des enfants. Toutefois, l’apprentissage des rôles respectifs de l’homme et de la femme se fait de plusieurs façons et évolue au rythme du développement de l’enfant. À travers cet apprentissage, le sujet acquiert, valorise et adopte des attitudes comme les comportements, les traits de caractère, les réponses émotives, les attitudes, les croyances, les opinions, qui dans sa culture, sont définis comme appropriés à son sexe. Ainsi, les comportements liés à la différentiation sexuelle débutent dès les premiers âges et suivent le parcours de l’existence.

L’école et Genre

Les écoles transmettent elles aussi la démarcation entre les sexes, non seulement par la répartition de leur personnel, mais aussi par le choix des modèles véhiculés dans les manuels scolaires. La hiérarchisation administrative dans les manuels scolaires reproduit l’atmosphère familiale dans laquelle l’homme symbolise le pouvoir de décision : les femmes y sont, dans leur quasi majorité, des enseignantes alors que les plus hautes autorités sont occupées par les hommes. Jusqu’à date, il est rare de constater la présence d’une femme à la tête d’une université ou d’une faculté. À cet effet, les modèles féminins et masculins dans l’environnement scolaire des jeunes enfants sont construits sur des valeurs discriminantes. Dès lors, la disponibilité, le contact facile, l’écoute des autres représentent des acquis féminins alors que l’énergie, le leadership, la force sont présentés comme des traits de caractère masculins.

Des études sur les filières d’étude et l’orientation des filles ont prouvé que la clientèle féminine a tendance à diminuer aux niveaux des études avancées et cette clientèle se retrouve très concentrée, à tous les niveaux, dans les secteurs de formation traditionnellement féminins. Ces sphères offrent généralement des emplois moins valorisants. Un grand nombre d’entre elles sont condensées dans des filières débouchant sur le soutien ou le service à la population comme les professions paramédicales, les techniques sociales et surtout les activités subalternes dans les bureaux et les commerces. L’orientation et les choix  de formation que font les jeunes de deux sexes restent encore reliés aux stéréotypes traditionnels.

Culture et socialisation

Dans les familles haïtiennes, les enfants sont appris que les petites filles sont des créatures de second choix et malheureusement elles sont persuadées et contentes de leur sort au point qu’elles grandissent avec l’idée que le rôle d’une femme est de servir à la réussite des autres. De plus, on identifie exclusivement la femme aux fonctions d’épouse et de mère. Sa mission essentielle devient de procréer et de s’acquitter des tâches domestiques quotidiennement au sein de sa famille. On les inculque, dès leur enfance, l’idée que le mariage est leur raison d’être et que leur avenir en dépend énormément. Ainsi, le mariage précoce les prive souvent de leur étude pendant que les hommes poursuivent leur carrière intellectuelle et/ou professionnelle.

D’après une étude réalisée par l’IHSI (2000-2001), sur un total de 3081 échantillons pour l’aire métropolitaine, 89.1% des garçons fréquentent un établissement scolaire contre 76.2% pour les filles. Dans le milieu urbain, sur 3452 écoliers/ères, 79.9% des garçons vont à l’école et 65.2% pour les filles.  Et, 45.3% des garçons sont des écoliers et 32.1% des écolières dans le milieu rural sur un échantillon de 13541. Ainsi, un total de 60.1% des garçons fréquentent un établissement scolaire contre un score de 48.6% pour les filles sur un échantillon de 20074 adolescents/es. En ce sens, la tendance à envoyer plutôt les garçons à l’école et que les petites filles restent pour préparer les affaires domestiques est de mise.

La subordination des filles et des femmes a été longtemps maintenue et renforcée par la religion et les lois qui régissent la vie en société. Malgré l’évolution indéniable que connaissent les sociétés au cours des dernières décennies sur le plan de l’égalité des hommes et des femmes, il apparait que les doctrines, les dogmes, les lois et les cultes perpétuent, dans certains cas, la servitude des femmes. Dans certains cas, les hommes se servent de leurs croyances d’ordre spirituel pour justifier leur domination et leur pouvoir en se basant sur ce passage biblique « Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’église, qui est son corps et dont il est le sauveur », éphésiens 5v23. Cela dit que chaque homme détient le pouvoir de diriger un foyer et qu’il a le droit de décider à la place de sa femme.

Malgré les différentes luttes des organisations pour l’émancipation de la femme, il appert que la grande majorité n’est pas encore prête à dépasser les limites et à déconstruire les stéréotypes. Mais, il y a une faible révolution qui soit remarquable à travers celles qui vont au-delà des idées reçues et des valeurs sociétales. Une pratique qui peut continuer à travers un apprentissage qui remet en question certains préjugés sexistes.

Widelie Carlvanie OLIBRICE

Psychologue/ Journaliste

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