Sommes-nous devenus moins solidaires ?

Régulièrement, les images d’enfants affamés, de femmes violées, de policiers étendus sur le sol, d’environnement délabré, de concitoyens appauvris ou de cohortes de jeunes désespérés qui cherchent à fuir le pays suscitent des inquiétudes grandissantes poussant plus d’un à demander si nous sommes devenus moins solidaires. On pourrait le croire au vu du déroulement des épisodes du spectacle que nous offrons au monde depuis des années.

Enghien-les-Bainsmains solidarité

Pour certains, notre solidarité, n’est plus ce qu’elle était. Nous sommes devenus plus égoïstes, moins engagés, et même plus critiques à l’encontre de notre modèle social. Pourtant, hier, nous avons marqué l’histoire par notre sens de dépendance mutuelle, notre union avait construit notre force, celle qui nous avait permis de vaincre la plus grande armée de l’ère du système esclavagiste. A leur avis, nous avons même perdu cette conscience intentionnelle qui a pour propriété fondamentale d’être toujours conscients de nous mêmes, de l’autre ou de nos semblables non seulement en tant qu’haïtien mais aussi comme symbole d’une grande page de l’histoire universelle. Ils n’ont pas tout à fait tort.

Nous constatons qu’aujourd’hui que la solidarité entre haïtiens est ponctuelle, spontanée et frimeuse. Elle se caractérise le plus souvent par une sorte d’individualisme calculateur dans lequel l’action solidaire prend sens d’une rationalité instrumentale comme mécanisme pouvant conduire quelqu’un ou un groupe à atteindre son but. Nous le voyons d’ailleurs à chaque fois qu’il y a une catastrophe naturelle, comme une inondation ou un tremblement de terre. La logique c’est que nous nous mobilisons sur le moment et dès que l’événement est passé, nous revenons à notre comportement habituel un peu plus individualiste.

La notion solidaire perd aujourd’hui son sens dans la société parce qu’il y a un amalgame sur la solidarité. Elle est confondue avec la générosité mais la solidarité c’est agir avec l’autre, pas forcement pour les autres. Le grand handicap réside dans le fait que notre engagement reste moins développé que celui de nos voisins des Caraïbes ou des Antilles dans la région. Nous ne voulons plus nécessairement nous engager sur la base d’une solidarité ‘‘construite’’, organisée pour une société réelle sur la durée, nous ne sommes pas vraiment intéressés à changer la cause collective, voire nationale, mais la culture de l’égo, de la contrepartie surclasse  nos valeurs fondamentales comme l’amour de la patrie, le vivre ensemble et la fraternité disparaissent au jour le jour.

A côté de l’effritement de la solidarité privée qui dépend du bon vouloir de chacun, il y a aussi un quasi effondrement de la solidarité publique qui est due à la crise institutionnelle de l’Etat. Par exemple, le système de protection sociale basé sur la solidarité est décrié parce que son approche a réduit les bénéficiaires à l’indignité, l’enfantin. Dans un rapport de providence étatique entre l’Etat et ces derniers, tandis que les autorités mènent une vie noble avec les taxes des contribuables. Un coup d’œil sur le mode de vie mené par les dirigeants au pouvoir et sur la partie correspondant aux projets d’assistance sociale dans le 2e rapport de la cour supérieure des comptes et du contentieux administratif concernant les dépense des fonds Petro Caribe, dit long sur la profonde perversion du sens de la solidarité publique de l’Etat.

De nos jours, nous avons un comportement numérique qui désoriente nos relations humaines. Nous devenons moins empathiques envers nos semblables même dans les pires situations. La pratique du bon voisinage résumée par l’adage créole ‘‘Vwazinaj se Dra Blan’’ ne fait plus partie de notre codification des valeurs. La première chose à faire lorsqu’une personne est morte dans la rue est d’apporter un drap blanc pour couvrir son corps. On ne laisse pas un cadavre se dessécher au soleil, malheureusement ce n’est plus le cas. Combien de fois sur les réseaux sociaux, la toile est submergée de photos mises en lignes par des témoins d’un accident qui coûte la vie à des gens, d’un massacre comme ceux de Lasaline, de Carrefour Feuille, de Tokyo et d’autres. Les cas des policiers assassinés dans les rues de Port-au-Prince, en particulier le dernier cas de ce policier qui, avant de passer de vie à trépas, se tortille dans son sang à Maïs Gâté pendant les gens autour de lui ne sortent que leurs Smartphones pour prendre sa photo.

Au fil du temps, Nous sommes passés d’une société de solidarité « construite » à une solidarité excessive, coup de cœur.

 Peterson Blanc

2 commentaires

  1. Bon travail frère. On a besoin de ces réflexions pour nous aider à nous retirer dans ce chaos, ce labyrinthe politique où les valeurs haïtiennes, les vraies sont bafouées, échangées et même perdues. Bonne continuation #courrierdelanation

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