KAPAM: Quand de jeunes laissés pour compte se réinventent en recycleurs d’hommes!

Réunis sous l’égide de KAPAM, des jeunes de Martissant, promoteurs de paix, contribuent à la résolution des conflits armés dans la troisième circonscription de Port-au-Prince, depuis sept ans. Leur slogan, « Retire zam bay zouti » résume l’immense et complexe  processus de transformation des membres de groupes armés en agent de paix qu’ils réalisent.

« Samdi se jou bese leve ! ». Aucune phrase ne saurait mieux illustrer le décor du carrefour de Martissant 23,  ce samedi 27 octobre 2018. Le soleil de plomb n’arrive pas à diminuer l’ardeur des gens qui continuent à « bat dlo pou fè bè ». Dans le tintamarre de la circulation, les relents d’immondices, des caniveaux et des victuailles, le stress des balles perdues, les chauffeurs de motos-taxis et les petits marchands, les passants, les sens aux aguets, sont tiraillés de toutes parts.

A la rue Barrau, quelques mètres plus loin, une atmosphère radicalement différente règne.  Le ronflement des moteurs et les décibels des haut-parleurs des motos-taxis, viennent parfois troubler sa quiétude. Au numéro 14, siège social de KAPAM, un groupe de jeunes issus de différents quartiers de la troisième circonscription de Port-au-Prince  suivent assidument un cours d’informatique! Groupés autour des écrans des ordinateurs, captivés par leurs activités, ils semblent ne pas remarquer ce qui se passe autour d’eux. Les hospitaliers et soignés membres du conseil, Dérosier Jean Patrice, le svelte secrétaire général frisant la trentaine et le « moins jeune » et ayant de l’embonpoint Williamson François Luc, coordonnateur de KAPAM se proposent de présenter cette organisation tant respectée dans la zone.

Genèse : Au commencement était un désir ardent de contribuer au progrès de la communauté !

Nous sommes en 2011, les 120 membres des 6 Comités de Paix viennent de suivre une formation de 4 ans en résolution de conflits, développement et apaisement.  Lâchés par l’Organisation Internationale ayant couvert les frais de cette formation incluant un séjour à la Jamaïque, ces jeunes assignent aux 12 délégués, élus à raison de 2 par Comité de Paix, la mission de décider  de leur avenir! Leurs conciliabules conduisent à la création d’une organisation dans l’objectif de mettre les notions apprises au service de leur communauté. Ainsi vit le jour KAPAM, une organisation ayant pour symbole une personne avec les bras levés vers le ciel, image faisant l’amalgame de détresse et de délectation. Intervenant dans des zones considérées difficiles comme Gran Ravin, Ti Bwa et Fort Mercredi, elle participe à la formation professionnelle, la gestion des conflits, des risques et désastres ainsi que l’accompagnement psycho-social de la population de la région.   

Le coordonnateur de l’organisation, fier de ses vingt années d’intervention dans la zone à titre de travailleur social, sert de guide dans l’exploration du parcours de l’institution. « Investi de notre désir de contribuer au développement de la communauté et l’apaisement des conflits,  nous avons créé KAPAM. Ayant pour cible prioritaire : la jeunesse, l’organisation vise à leur donner des moyens de sortir de la vulnérabilité sans violer la loi. Nous réalisons un travail de transformation des jeunes. Nous visons à modifier les stéréotypes liés à Martissant. Grace à notre présence au sein du Comité local de Protection Civile de la région nous contribuons, par l’intermédiaire des 240 jeunes membres des Equipes d’Intervention, à la sensibilisation pour la réduction des risques et désastres ainsi que la résolution des conflits. Avec une représentation de tous les quartiers de la région, nous touchons tous les groupes et secteurs de tous ses coins et recoins» relate ce dernier.

La cristallisation de vieux rêves !

Ayant vécu des années d’horreur dont les années 2000, période sombre durant laquelle « chaque jour, en allant à l’école il fallait se faire à l’idée qu’on pouvait perdre la vie car il fallait longer les murs et prier pour ne pas prendre de balles » pour reprendre les mots de Patrice, ces jeunes se sont promis de contribuer au redressement de la situation. Aujourd’hui, ils apportent leur contribution à l’édification d’un autre Martissant paisible et solidaire servant de modèle contemporain du vivre ensemble caractérisant la société haïtienne d’antan.

« Au fil des ans, sous la poussée de la réalité socio-économique de la zone, conscient des facteurs poussant les jeunes à entrer dans les groupes armés, nous avons pris la décision de mettre à leur disposition la formation professionnelle » poursuit  le secrétaire général de KAPAM. Depuis, malgré l’absence de financement, l’organisation continue à former des jeunes en informatique, carrelage et vidéographie. Durant le semestre, les jeunes suivent des cours de civisme, marketing, communication française et gestion de conflit tout en apprenant leur métier.   Tout ça pour une modique cotisation non obligatoire de 250 gourdes par mois. Des cours de capitainerie et de pêche en haute mer seront dispensés en 2019.

Comme dans l’Arche de Noé !

Williamson nous décrit l’atmosphère qui règne dans les locaux de l’organisation et la place qu’elle s’est taillée dans la communauté ! « Avec le temps, vu la qualité de notre travail à but non lucratif et notre coopération avec tous les groupes et secteurs de la région, nous avons gagné le respect de tout le monde. Les jeunes de quartiers en conflit se retrouvent dans nos bureaux et discutent fraternellement des impacts des conflits sur la vie de la communauté ». La structure jouit d’une bonne réputation et s’enorgueillit de ses succès !

Après la formation beaucoup de jeunes ont changé de vies! « Devenus professionnels bon nombre d’entre eux délaissent leurs activités habituelles et font choix d’un autre train de vie » confie Patrice.

Les groupes armés : un problème de sécurité nationale 

Ces jours-ci, les groupes armés dominent l’actualité nationale. Ils continuent à troubler la paix publique. La PNH semble être dépassée par la situation. Le  laxisme des autorités dérange plus d’un! Les jeunes de KAPAM quant à eux prennent le taureau par ses cornes ! Lentement mais surement, ils façonnent un demain meilleur.

Formidable !

Stevens JEAN FRANÇOIS

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