Nos « dieux » sont tombés sur la tête !

Rendez le bien pour le bien et la justice pour le mal.

Conficius

Dans la Bible, Luc, au chapitre 15 de son épitre, raconte la parabole de l’enfant prodigue. Les versets 11 à 32 relatent le récit allégorique d’un père et ses deux fils. Dans cette histoire, le plus jeune a dilapidé sa part de fortune mais à son retour sous le toit paternel, une grande fête a été organisée pour célébrer son « retour à la vie ». Cette réaction du père a suscité la colère du fils ainé qui s’est toujours plié à sa volonté sans percevoir en retour aucune forme de récompense. Ce récit vieux de plusieurs millénaires est toujours d’actualité. Il renferme une vérité qui explique l’attitude des « dieux » haïtiens contemporains. Ils n’ont pas de pouvoirs surnaturels mais  comme les dieux de l’Olympe nos dirigeants dessinent le destin des citoyens lambda.

Le plus petit di à son père : Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. (Luc 15 :12)

L’insécurité a atteint un seuil record sur toute l’étendue du territoire national! Dans des coins pourtant réputés paisibles, des gangs armés font la loi et défient les autorités policières. Des citoyens et des agents de la force de l’ordre passent de vie à trépas sous les projectiles des bandits de grand chemin! Dans tout ce tohu-bohu marquant le paroxysme de la crise généralisée que nous vivons depuis des décennies, des chefs de gangs armés ont manifesté leur désir de déposer les armes, à leurs conditions ! Ils ont fait part de leurs exigences à la Commission Nationale de Désarmement, de Démantèlement et de Réinsertion (CNDDR). Ensevelie depuis 2011, la commission a fait peau neuve avec de nouveaux membres! Elle s’est mise au travail et s’enorgueillit de la remise de huit armes à feu par le chef de gang de Boson. La cérémonie a eu lieu en présence des autorités policières et judiciaires qui ont bafoué le droit des victimes à la justice !

Les bandits ne chôment pas! Ils ne prennent pas de vacance! Quotidiennement, le jour comme la nuit, sous la pluie comme sous le soleil de plomb, ils sèment le deuil dans les familles haïtiennes. Vols, viols, assassinats, détention illégale d’armes à feu, association de malfaiteurs et tant d’autres faits sont reprochés à ces bandes qui tiennent la population de la zone qu’ils contrôlent en otage. Pourtant, ils posent les conditions d’un éventuel armistice! Les réclamations varient d’un caïd à l’autre sur certains points.  Construction d’école professionnelle pour leur communauté, ouverture de magasin agricole et autres composent la longue liste d’exigences disparates de ces individus qui sont en concurrence pour occuper la première place dans le registre des malfrats recherchés par la Police Nationale d’Haïti. Fait marquant, tous ces chefs de gangs ont conditionné leur collaboration avec la CNDDR à la suspension des poursuites engagées contre eux. Le chef de gang de Boston, le dénommé Ti Ougan a, semble-t-il, eu gain de cause. Lors de la cérémonie de remise d’armes, les autorités policières, pourtant sur place, ne l’ont pas saisi.

Le mot du Droit

L’homme est un être complexe, tri dimensionnel. Psyché, biologique et social concourent à faire de nous la créature que nous sommes. Au fil des ans, nous nous sommes rendu compte que pour rester en vie plus longtemps et améliorer nos conditions d’existence, nous devons nous mettre avec nos semblables! Bingo! La première société a pris naissance.

Chaque société a sa culture, ses mœurs. Elle partage et prône des valeurs et conditionne le statut d’en faire partie. Certaines ont élaboré des recueils contenant les dispositions légales relatives à des matières particulières. Ce sont les codes. Le plus ancien et complet de la Mésopotamie antique connu est le Code de Hammurabi, un texte juridique daté d’environ 1750 avant l’ère commune.

La société haïtienne a elle aussi des lois qui régulent et organisent la vie en son sein. « La Constitution, les traitées et conventions ratifiées par Haïti, les codes civil, pénal et rural composent entre autres les principaux instruments juridiques qui réglementent et ordonnent la vie dans notre société. Conformément à la dualité norme-sanction, le code Pénal prévoit des peines  à infliger à tout contrevenant aux principes édictés par nos lois. L’appareil judiciaire a la responsabilité de veiller à l’application des règles en vigueurs. Elle dispose de bras ayant pour mission de contraindre ceux dérogent aux principes établis » révèle Me Vinet Jean-Pierre.  

Le professionnel de la basoche poursuit avec des précisions importantes. « La justice a une double mission. Elle est sensée punir les contrevenants tout en dissuadant les citoyens d’emprunter la même voie. Le laxisme des autorités judicaires dans le traitement des dossiers des présumés bandits même quand ils veulent changer de vie est contraire aux fondements mêmes de l’idée de justice» précise l’étudiant en Master en Sciences du Développement.

Ainsi, les autorités judiciaires auraient dû appliquer les principes établis par la loi lors de la remise des armes détenues illégalement  par le chef de gang. « Même en absence de plaignants, le Commissaire du Gouvernement doit poursuivre tout malfrat pour les torts causés à la société » conclut le jeune avocat du barreau de Port-au-Prince.

Il (le fils ainé, ndlr) se mit en colère, et ne voulut pas entrer… (Luc 15 :28)

L’éducation permet à quiconque de faire l’intégration des normes et l’acquisition des compétences nécessaires à la vie dans la société. Le système éducatif haïtien vise donc à créer les citoyens du futur avec les aptitudes nécessaires. L’instruction civique du programme scolaire permet de prendre connaissance des lois ainsi que du modèle d’organisation de notre société. Il revient à l’Etat de prévoir des récompenses pour ceux qui progressent dans la société conformément au schéma établi.

Malgré l’absence de mesures réelles visant à permettre à chaque être humain de jouir de son droit à l’éducation. Malgré les conditions difficiles, des jeunes haïtiens ont pu franchir les étapes de la formation scolaire et se battre pour entrer à l’université. Originaires de familles à faibles revenus, ils ont dû se résoudre à intégrer l’Université d’Etat d’Haïti pour embrasser une carrière dans une filière que souvent ils choisissent malgré eux. Après des années d’études, ils font face à de graves difficultés. Ils n’arrivent pas à faire de stage, une exigence académique. Ils ont du mal à trouver un emploi. Cette situation révolte bon nombre de jeunes qui ont décidé de militer pour faire évoluer la situation. Fatal Marckenson est l’un d’eux.

Le 1er mai 2014, journée consacrée à la fête du travail et de l’agriculture,  des étudiants de l’Ecole Normale Supérieure ont apporté leur soutien à une marche ouvrière. Le spectacle qui se déroule n’a pas laissé Marckenson indifférent. « J’avais vu un policier frapper un manifestant. Pour avoir protesté cet acte arbitraire, je fus arrêté par les forces de l’ordre » nous raconte-t-il. Le lien http://youtu.be/H7vkAz_Pj1g  permet de visionner cette arrestation. On y voit clairement les agents du Corps d’Intervention et de Maintien d’Ordre (CIMO) malmener le jeune étudiant et l’emmener avec un de ses compagnons.

« Je fus conduit au local du CIMO. Arrivé sur place, les agents ont cru que c’était le camarade appréhendé en même temps que moi qui protestait. Sous mes yeux, il fut molesté. Nous fûmes menottés et étendus face contre terre » raconte, la  voix pleine d’amertume, le jeune normalien qui milite aujourd’hui pour l’amélioration des conditions d’enseignement en Haïti.

Mais il fallait bien s’égayer est se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu’il est revenu à la vie… (Luc 15:32)

L’ancien Président Joseph Michel Martelly de concert avec le Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST), à travers le programme « Chanje metye, chanje lavi » (Change de métier, change de vie), a permis à des laveurs de voiture de sortir du seuil de la pauvreté. « Maintenant, je ne vais plus brûler de pneus mais plutôt en rouler grâce à ma camionnette » a déclaré l’un d’eux aux micros de la presse. Ce même premier citoyen de la nation n’a pour autant pris aucune mesure pour permettre la création d’emploi pour jeunes diplômés ni faciliter l’accès au crédit pour les jeunes intéressés par l’entreprenariat, par exemple. Ce cas mentionné, n’est qu’une des nombreuses illustrations de situation où les autorités ont préféré se pencher sur le dossier de ceux qui nuisaient à la bonne marche de la société au détriment de ceux qui sont de bonne vie et mœurs. Tout cela semble authentifier le vieil adage : « En Haïti, la capacité de nuisance d’une personne détermine la célérité avec laquelle son affaire sera traitée ».

Souvent, trop souvent les autorités haïtiennes ne pensent pas à récompenser ceux qui ont eu des comportements exemplaires. Les décisions de ces dieux, qui ont la possibilité de changer la destiné des générations futures, sont souvent illogiques et ouvrent la voie des questionnements sur le modèle de citoyens qu’ils prônent réellement.

Lamentable!

Stevens JEAN FRANÇOIS

1 commentaire

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.