LA CONTREPARTIE DE LA GRÂCE : UNE PRATIQUE DES ÉGLISES PROTESTANTES D’AUJOURD’HUI.

Depuis les jours qui ont suivi le 7 février 1986, l’exercice de la religion a été plus libre. Donné comme acquis par la Constitution de 1987 qui, dans la section D intitulée De la Liberté des Cultes, stipule à l’article 30 que « Toutes les religions et tous les cultes sont libres. Toute personne a le droit de professer sa religion et son culte, pourvu que l’exercice de ce droit ne trouble pas l’ordre et la paix publics ». En conséquence, nous constatons que, de jour en jour, certains ont exercé ce droit sur la base d’une approche matérialiste excessive en faisant des pratiques religieuses motivées par le gain pécuniaire. Une logique qui consiste à enfermer  les fidèles dans une relation de contrepartie entre la Grâce et l’argent. Cette avidité à la recherche de la prospérité économique s’est fondée sur la roublardise des leaders religieux.

Crédit Photo : regardsprotestants.com

Parler de la Contrepartie de la Grâce peut ne pas être accepté par les théologiens, et encore moins par les adeptes de la doctrine christianiste, parce que la grâce est une faveur imméritée et, à travers la Bible, pour que le croyant puisse jouir pleinement de sa grâce, il doit avoir foi en Jésus Christ. C’est à la croix que le croyant voit les premiers rayons de la grâce qui apporte le salut aux hommes perdus. Le croyant justifié par la grâce, qui fait de la loi le principe directeur de sa vie, abandonne la grâce comme fondement de sa relation pratique par la foi avec Dieu et se prive de toutes les bénédictions de la grâce (voir Galates 5). Etant ainsi‚ je me demande‚ par mon esprit irénique et en tant que croyant aussi, si le terme contrepartie de la grâce de Dieu est réellement adapté‚ n’empêche que ces derniers temps‚ ils l’aient fait consciemment ou inconsciemment dans leur manifestation religieuse.

Ce que j’appelle la Contrepartie de la grâce est une pratique, dans différentes églises protestantes de la place‚ de compensation demandée  en échange par des leaders religieux pour attirer sur leurs fidèles‚ des bénédictions, de la grâce de Dieu. Ces leaders se portent en tant que donneurs et receveurs devant leurs propres fidèles‚ au lieu d’exécuter des ordres comme simple intermédiaire.

Nous admettons que toute vie sociale est faite d’échanges et déjà l’exigence de réciprocité dans les actes sociaux est vivement ressentie par les individus dans toutes les sociétés ; mais aussi, les règles et les institutions ont pour but de codifier et d’organiser les échanges. Quelle est l’institution haïtienne chargée de codifier les échanges entre les leaders religieux citoyens et leurs fidèles citoyens ? Cette codification est-elle prévue dans la Bible ou dans la (les) loi (s) haïtienne (s) ?

La vie sociale haïtienne est imprégnée de leaders religieux qui profitent de la vulnérabilité ou de l’ignorance des fidèles pour prendre, inévitablement, de l’ascension sociale et de créer leur propre cacique dans un secteur évangélique déjà si controversé. Ces fidèles sont bienveillants envers leurs Églises, ils sont responsables de tout : construction, agrandissement, achat de terrains, essence (gaz) pour alimenter les génératrices, appareil de sonorisation. Ce sont eux qui entretiennent les églises quotidiennement et à grand frais. Outre ses dépenses, ces fidèles paient traditionnellement des Dîmes mensuelles, donnent des offrandes et des offrandes spéciales à chaque culte, jeûne et autres activités religieuses les concernant. Ils ont des enveloppes de 5000-10000-15000 gourdes voire des enveloppes en dollars américains à donner aux leaders pour attirer des bénédictions de grâce telles que : Visa, Résidence, Mariage, Travail, Procréation, Maison‚ Voiture‚ etc… Qui n’a pas encore entendu et vu cet appel d’un leader religieux très populaire demandant à ses fidèles de saisir leurs bénédictions avec la plus belle et la plus grosse monnaie nationale. Le billet de 1000 gourdes !  N’est-ce pas le même leader qui a demandé de jeter dehors tous ceux qui ne peuvent contribuer à l’appel aux offrandes. Combien cela coûte à une personne qui a visité un pasteur, un prophète ou au moins quelqu’un qui s’autoproclame homme ou femme de Dieu, dans son bureau ?

L’activité sans relâche en direction de cette fructification de l’âme est donc à la fois une action religieuse et une action économique dans ces églises. L’imbrication des réalités détermine l’attitude d’exploitation des leaders vis-à-vis de leurs fidèles. Ils accumulent des richesses sous la base d’aliénation. Cette pratique divinatoire ordonnée sous l’idée de fructification permanente de l’âme a déjà été donnée aux hommes par Dieu pour son unique gloire.

Cependant, si la foi suffit au Rabbi pour faire jouir le croyant des bénédictions de la grâce, dans ces églises c’est tout à fait diffèrent. Le constat prouve donc que, s’il voulait jouir pleinement les bénédictions de la grâce, la grâce que Jésus a donné gratuitement sur la Croix du Golgotha, il faudrait qu’il soit en mesure de faire les frais de son Église. Oui, cette quête de grâce rime avec les différents besoins socio-économiques insatisfaits des fidèles et se conditionne inéluctablement suivant les besoins des leaders. Ces derniers organisent constamment des activités religieuses comme des séquences formalisées et stéréotypées, d’actes accomplis dans un contexte religieux pour conforter les fidèles dans leur prière de l’homme aliéné.

La pauvreté de masse se maintient et se reproduit depuis plus de deux siècles dans une société où le diable devient familier. Cette familiarité du démon fait l’affaire de certains leaders d’églises qui ne tiennent pas compte que la majorité de leurs fidèles font partie d’environ 78 % des gens de la société vivant sous le seuil de la pauvreté absolue avec moins de deux (-2 US $) dollars par jour. Je suis à bout de demander à ces responsables religieux, pour combien de temps les fidèles vont supporter les coûts des églises qui ne cessent d’apparaître à chaque 50 mètres ?

Je n’ai pas une perception péjorative, malveillante de l’Église, mais plutôt un regard critique de cette pratique qui fait croire aux fidèles que leurs solutions aux problèmes sociaux sont tributaires de leur contribution économique dans l’œuvre spirituelle. L’œuvre spirituelle est surnaturaliste et ce surnaturalisme a fait du milieu haïtien un milieu social, saturé de religiosité. La religiosité empêche, comme c’est le cas de tous les autres secteurs dans la société haïtienne, de s’associer à un effort collectif de réelle promotion sociale et économique.

Peterson BLANC

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