« PÈPÈ » OU DECHETS ETRANGERS ?

Que deviendra notre environnement dans les 50 ou 100 ans à venir ?

Crédit Photo : madansara.com

On dit souvent que protéger l’environnement c’est préserver la survie et l’avenir de l’humanité. En effet, l’environnement est notre source de nourriture et d’eau potable. L’air est notre source d’oxygène. La qualité de celui-ci dépend de notre comportement envers l’environnement. Le climat permet notre survie. Pour conserver un bon climat, il faut lutter régulièrement pour un bon environnement. La biodiversité est un réservoir de médicaments. Protéger l’environnement est donc une question de survie. C’est pourquoi les pays organisés mettent en œuvre des politiques de bonne gestion environnementale et agissent avec rigueur contre tout comportement visant sa dégradation. Et ceci, que ce soit à l’interne ou à l’externe. La gestion de déchets dans ces pays est devenue une discipline, une science. Leurs frontières sont protégées en permanence contre l’arrivée éventuelle de tout bien ou produit qui peut nuire à leur environnement ou dont la gestion qui en résulte leur exige trop d’effort. Certains espaces sont strictement réservés au traitement de déchets. Qu’en est-il dans le cas d’Haïti?

L’ouverture de nos frontières sans aucunes restrictions à la fin des années 80 offre à certains pays un espace de décharge d’environ 27 750 km². Le phénomène « Pèpè » en Haïti satisfait , en partie, certains besoins de la masse, mais aura sur le long terme, un impact on ne peut plus catastrophique sur notre environnement. Ces matériels usés de tout type qui arrivent sur notre territoire sans la moindre possibilité d’être recyclés, feront de notre espace un lieu invivable. Nos dirigeants( si on peut les appeler ainsi) ne pensent jamais à cela mais nous ne faisons qu’accueillir des déchets des grandes villes comme Miami, New-York, Montréal etc. Que deviendront nos plaines, nos rivières, nos plages après un siecle avec les débarquements incessants des millions de conteneurs de biens usés ( pèpè) venant d’outre mer? Étant donné que nous sommes un peuple qui ne projette pas sur le long terme, nous ne pensons jamais aux conditions de vie des générations futures. Si l’abattage féroce des arbres et les constructions anarchiques dans les hauteurs constituent un éminent danger pour notre environnement, l’arrivée des millions de tonnes de « pèpè » ou déchets étrangers sur notre territoire n’est pas sans graves conséquences. Nous ne le voyons peut-être pas pour le moment, mais le danger nous frappera indubitablement en plein visage. Et il sera déjà trop tard, peut-être. Si l’État ne peut, à court terme, stopper ce phénomène, il doit envisager la possibilité de recyclage. Une opportunité certaine pour le secteur privé des affaires. Laisser ceux biodégradables sur le compte de la nature, mais collecter les autres pour être recyclés. Sinon, nous aurons un environnement qui, en plus de l’érosion causée par notre inconscience et insouciance, sera en perpétuelle dégradation, vue la quantité de déchets trop souvent nocifs pour l’environnement qui nous arrivent légalement de l’étranger .
Cette situation devrait concerner particulièrement certains organismes comme le ministère de l’environnement, les associations des ingénieurs agronomes, les écologistes etc. Mais cela ne dédouane pas les autres secteurs de leur devoir de veiller sur tout ce qui concerne le présent et le futur de notre chère Haïti.
Nous faisons déjà une très mauvaise gestion de nos propres déchets, accepter, dans de telles conditions, ceux venant de l’étranger ne fait qu’enfoncer le clou.

Crédit Photo : Reddit.com

Alors que le phénomène « Pèpè » a déjà atteint son apogée, nous constatons impuissamment le périgée de notre environnement dans son ensemble. Cette hémorragie ne peut être freinée que par:

1- la relance de la production nationale. Avant la fin des années 80, nous produisions nos chaussures, nos vêtements, nos sacs à dos et à main etc. Et la qualité était bonne. La politique de « pèpè » de cet État sans vision a substitué la bonne qualité à l’état neuf à la mauvaise à l’état usé. Relancer la production à ce niveau entrainerait automatiquement une diminution considérable des « pèpè » de ces produits, en partant du principe que l’État appliquerait la politique douanière nécessaire.
2- la mise en place de structures permettant la création d’usines de recyclage de déchets. Les biens qui ne peuvent être produits en Haiti pourraient toujours être importés, mais avec des restrictions mises sur ceux usés.

Bien que cette période ait apporté un peu de démocratie chez nous, la fin des années 80 nous a donné deux coups fataux:
1-elle a mis K-O la production nationale
2- elle transforme notre espace vital en site de décharge pour certaines grande villes étrangères.
Il faut aussi rappeler que depuis lors, une très mauvaises perception a pris naissance chez nous: tout ce qui vient de l’étranger, particulièrement des USA, est inconditionnellement supérieurs oude meilleure qualité que le peu que nous produisons. Guérir l’haïtien de cette maladie exige un médicament composé de plusieurs éléments essentiels parmi lesquels: ravoir la confiance en tout ce qui constituait ses bonnes habitudes de consommation; une intervention protectionniste modérée de l’État vis-à-vis des biens usés qui viennent de l’étranger mais qui peuvent être produits en Haïti; l’encadrement ou la mise en valeur des producteurs locaux; une réforme au niveau de l’éducation civique qui donnerait lieu à un peuple beaucoup plus proche de son terroir et qui ferait renaître la fierté nationale; le retissage des liens qui, jadis, existaient entre l’haïtien et sa culture etc. Mais tout cela demande de la volonté. Car la guérison n’est pas pour ceux qui en ont l’envie, mais pour ceux qui veulent guérir.
Chaque conteneur de « pèpè » qui arrive sur notre territoire aggrave la précarité de notre environnement, décourage nos producteurs locaux et tue le désir de ceux qui souhaitent entrer dans la production. Tout est pris à la légère chez nous et les conséquences sont toujours très lourdes. Il est donc impératif de prendre les décisions qu’il faut à ce niveau avant qu’il ne soit trop Tard.
Nous les appelons « pèpè » par amour ou par l’immense importance qu’ils ont à nos yeux. Mais là d’où ils viennent, ils ne sont que des déchets. Et tout déchet doit être traité de façon à être mis hors d’état de nuire à notre santé et à notre environnement. Mais il est certain qu’aucun de ceux qui nous dirigent n’en fait une priorité. Nous nous demandons pourquoi une telle menace est prise avec autant de légèreté.
Le pire est déjà dans nos murs. Mais très peu d’entre nous en ont la conscience. La nature a horreur de notre comportement, de notre irresponsabilité. Nous sommes tombés amoureux de tout ce qui peut nous détruire. Est dangereux pour nous, seulement ce qui nous menace dans l’immédiat. L’avenir n’est pour nous qu’un concept. C’est la raison pour laquelle nous ne planifions pas un pays pour les générations à venir ou même pour notre avenir propre. Nous construisons notre confort avec ce qui nuit au fonctionnement d’autres communautés. Le « pèpè » est déchet pour les sols étrangers, mais il est haut confort pour nous.
Que deviendra notre environnement dans les 50 ou 100 ans à venir?

Je vous en prie, Reposez-vous cette questions.

Widly Carpentier/Sagittarius
carpentierwidly@yahoo.fr

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