LA CRISE DE LA PAROLE LÉGITIME ET SYMBOLIQUE DU PRÉSIDENT JOVENEL MOÏSE !

Crédit Photo : by-night.fr

Dans sa conception de la communication, la sociologie s’est engagée à expliquer le monde social à partir de la construction communicative de la réalité sociale. Quand on considère la façon dont la communication a influencé la société, on ne peut s’empêcher d’être frappé par l’influence de la parole en termes de discours sur les individus, d’une part, et d’autre part, sa contribution à imposer une façon d’être à la communauté. Ceci explique non seulement l’implication de la compréhension du pouvoir des mots dans les usages de la parole, c’est-à-dire le pouvoir des mots dans les messages qui peuvent avoir un double sens : le principe de logique et d’efficacité dans la parole elle-même.  Mais aussi une implication de sociabilité, plus précisément, entre des personnes sur lesquelles la force, qui agit par la parole, les oblige à mener une vie d’échanges fondée avant tout sur la confiance.

La parole dans sa logique politique est emballée ces derniers temps dans un symbolisme de mensonges. Ce symbolisme du mensonge est un voile excessif qui permet à l’anormal de devenir normal. L’arrogance des incapables, des politiciens à la langue de bois, étrangers à toute bonne culture politique, qui accèdent à la plus haute fonction de l’État et, aujourd’hui, qui portent le discours politique haïtien sans même avoir des pré-requis aléatoires. Le courant qui porte Michel Joseph Martelly au pouvoir contre Mirlande Hyppolite Manigat et Jovenel Moïse contre les cinquante-trois (53) autres, est la confirmation totale d’une crise de la parole légitime et symbolique dans le champ politique haïtien. Elle assiège notre démocratie comme la seule issue que la société avait trouvée à la dictature Duvalier.  

L’argot du régime actuel est une véritable transgression des principes fondamentaux de la légitimité rhétorique de la parole politique classique. Il constitue une affirmation de la production d’environ huit ans d’une parole politique basée sur l’ignorance et l’arrogance qui pousse la société dans un labyrinthe de crise généralisée. Aujourd’hui, la société est embarrassée et détraquée par le comportement adopté dans la parole politique du premier citoyen de la nation. Le mensonge accable le pouvoir légitime et symbolique du président, là où l’opposition plurielle est incapable de le destituer légalement par des moyens constitutionnels voire par la force des manifestations de rue. Dans Les économies de la grandeur (1991), Luc Boltanski et Laurent Thévenot croient que la communication permet de conférer un sens légitime de l’action dans la cité de la sphère civique. Cependant la parole politique du président est régulièrement opposée aux actes. Elle se caractérise par l’absence de la compétence et de la bonne moralité de l’autorité.

Ce qui expose les enjeux politiques de la parole du régime, c’est sa cristallisation autour des extravagances en facilitant à ses membres de mener le train de vie du roi CRÉSUS, en gaspillant les ressources publiques, dont Petro Caribe et les Fonds National de l’Education sont deux grands exemples de gaspillage dans l’histoire de la corruption en Haïti. Nul ne doute qu’avec une bonne utilisation de ces fonds, la critique de l’étiquette discourtoise de l’épilogue sur la situation d’extrême pauvreté des Haïtiens aurait pu disparaître.

Cette escroquerie étatique défendue par la verbalisation de la parole politique s’emmêle progressivement dans une crise légitime et symbolique qui s’accroche à une vision erronée de la politique dont la société n’a même pas eu la prévoyance de débusquer. Cette logique du bien-pensant collectif d’un groupe qui ne s’est pas laissé éclairer par la parole politique avant de s’engager pour parler politique ou qui n’a jamais fréquenté un cercle où les apprenants pouvaient entendre suffisamment de questions politiques et qui a compris que la parole politique n’est pas nuisible à l’action. Ce qui est nuisible, c’est quand la parole politique est confondue avec la propagande et les arguments superflus qui sont libérés pour défendre des slogans et des promesses farfelues irréalisables. De là, la parole acquiert un statut politique qui lui fait perdre tout pouvoir légitime et symbolique.

Outre les médias traditionnels, les réseaux sociaux exercent désormais un pouvoir structurant, efficient et ridiculisant sur (et pour) la transmission de la parole politique. Cette réalité semble échapper à l’entendement du chef de l’Etat, il oublie aussi que la parole est à la fois un produit et un instrument du pouvoir. On peut agir avec des mots, ordres ou mots d’ordre. En fait, l’usage de la parole politique de ce dernier est ridiculisé, tourné en dérision sur toutes les toiles numériques car la manière dont il émet ses paroles ne correspond pas aux attentes des citoyens, sa parole n’est pas en adéquation avec la réalité sociale et politique du moment. On se moque de ses discours, on chahute presque partout où il parle. On peut citer deux cas à titre d’exemples : 1) – La première édition du Forum international des femmes élues par la FENAFEMMH, le 7 mai 2018 à l’hôtel Karibe, 2) – Lors de son discours à l’Arcahaie, le 18 mai 2019. Il se retrouve même comparé aux acteurs les plus vils de la place sur les réseaux sociaux.

Privé de capital culturel et de capital symbolique, comme deux conditions sont souvent remplies la majorité des gens de la classe moyenne qui arrivent au pouvoir, sa parole politique n’est pas capable d’influencer la société même pour l’évidence d’un dialogue national, il n’a pas cette routine : l’effet symbolique permettant aux langages de ce leader de pénétrer la conscience des gens lui manque totalement. Il n’a pas su que la conjoncture comme l’un des quatre contraintes dans la conception d’un discours politique exige la plus possible preuve de cohérence et de continuité. Un homme politique doit savoir s’adapter à la réalité de son milieu. Mais aussi doit veiller à entretenir son identité. Le président est confronté à une crise légitime et symbolique. Cette crise est liée à la parole politique même du président qui est en perte de confiance dans la société. Pierre Bourdieu nous permet de comprendre que cette crise de parole politique de ce dernier le renvoie à la crise des mécanismes qui assuraient la production des émetteurs et des récepteurs légitimes. On pourrait dire, ce qui manque au Président en question, c’est qu’il n’a pas la parole d’autorités morale et rassembleuse. Même s’il jouit encore de l’autorité constitutionnelle par le biais des scrutins de 2016, mais il n’a pas les autorités légitime et symbolique celles qui résident dans  la limite des conditions sociales des gens à travers la reconnaissance de ces derniers d’un langage légitime du discours politique.

Peterson BLANC

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