La nudité féminine exposée sur les réseaux sociaux est-elle l’avenir de l’émancipation des femmes ?

Crédit Photo : Pinterest.com

Aujourd’hui, le fait de poser nue pour une femme n’est ni particulièrement rare, ni particulièrement offusquant. L’appel à la décence de cacher ses seins, de croiser ses jambes face à une caméra n’est pas vraiment dans l’air du temps. La nudité féminine a contrario à la nudité masculine est un aspect tellement normal dans la société actuelle que nous ne posons plus du tout un certain nombre de questions sur les maillots de bain attachés par quelques fines cordelettes, sur les vêtements féminins n’ayant comme objectif principal de dénuder la personne qui les  porte. Le fait que ces actions puissent être considérées comme normales par ceux qui les portent et ceux qui les confectionnent résulte d’un seul concept : « la liberté ». Les femmes sont libres de poser nues si elles le veulent. Les femmes sont libres de porter ce qu’elles souhaitent. Cette exhibition du corps féminin est une liberté qui leur a été trop longtemps confisquée, refusée. Ce triptyque se pose comme un argument progressiste et féministe au service de l’émancipation des femmes. Est-ce-que la nudité exposée à travers les réseaux sociaux ait intégré l’un des codes clés de l’émancipation des femmes ? Cette conscience du phénomène de nudisme féminin n’embrouille-t-elle pas l’avenir de l’émancipation des femmes ?

« La femme à travers le monde avant son émancipation »

Disposer librement de son salaire, voter, être élues, jusqu’au cours du XXe siècle pour les femmes, ces attributions et ces compétences leurs étaient illusoires et ne relevaient que du sexe masculin. Jouant un rôle fondamental dans l’espace familial, la femme n’avait sa place que dans la maison auprès des meubles et la poussière.

En Asie, la femme devait obéir à son père quand elle était jeune, à son mari après le mariage et à son fils après la mort de son mari. Elle n’avait pas le droit de possession et de succession des biens familiaux, ni de sources de revenus qui lui étaient propres. En Angleterre, en France et dans plusieurs Etats de l’Europe, on limita les femmes à une éducation supérieure. On alla jusqu’à leur refuser une intelligence suffisante pour les hautes études scientifiques. Aux Etats Unis, les américains font appel aux femmes que leur savoir pourrait être utile qu’à la profession d’institutrice. En Espagne, un auteur publia  en 1953 « Guia de la buena esposa ». Cet ouvrage était composé de onze règles pour être une épouse parfaite. Parmi ces règles, nous pouvons citer entre autres : « Se taire et écouter son mari » « Se faire belle lorsque son mari rentrait de travail ». En Haïti, avant le décret du 8 octobre 1982 relatif à l’émancipation des femmes, la femme haïtienne vivait en marge dans la société. C’était l’autorité maritale qui prévalait. Quoique maltraitées par leurs maris, elles ne pouvaient pas ester en justice, faire le commerce sans le consentement de leur mari. On pourrait discourir longtemps sur les différents préjugés portés à l’encontre des femmes, considérées comme incapables, des mineures. Cependant, à la fin du XXe siècle, tout change avec le concept « émancipation ».

« La femme après son émancipation »

Aujourd’hui la femme émancipée n’est plus soumise à son mari au sein de la famille. Elle n’est plus la seule à s’occuper de la maison et de l’éducation des enfants, les tâches se partagent. La femme d’aujourd’hui peut divorcer de son mari, se remarier. Elle peut avoir recours à l’insémination artificielle ou à une femme porteuse si elle ne veut pas avoir d’enfant de manière naturelle. Cependant s’il est aisé de constater ces comportements du sexe féminin comme ouvertement progressiste, elle peut très vite s’effriter sur des sujets tels que : « la nudité ».

Si tu veux avoir plus de like sur les réseaux sociaux faut poser nue, voilà l’un des trajets que prend l’émancipation de la femme à l’ère du XXIe siècle.  L’émancipation a certes permis aux femmes de ne plus être prises en otages d’une vie dépendante de leur père, de leur mari ou à défaut de leur frère ou de leur fils mais aujourd’hui cette émancipation joint cette liberté pour certaines femmes de poser nue ou à moitié. Les likes, commentaires et compliments des internautes, des photographes sont généralement exaltants de désir et ces derniers n’hésitent pas à le faire savoir. Face à ce club féminin esclave de leur corps, à la merci des astuces de beauté et exhibant leur corps sur Instagram, Facebook et autres….il est difficile de voir les objectifs réels de l’émancipation ? Célébrer la « beauté féminine par la nudité » à l’ère de la société actuelle n’est autre qu’un comportement ouvertement rétrograde.

En quoi la femme mineure de ses actions et d’elle-même se diffère de la femme émancipée ? Toutes deux sont confrontées à la même réalité.  Celle mineure se faisait belle pour son mari tandis que celle d’aujourd’hui se fait belle et pose pour les autres. Face à ce diktat sexuel omniprésent, la femme émancipée s’est-elle battue afin que poser nue devienne un métier ? Comme l’a si bien dit Emile Zola : « Emanciper la femme, c’est excellent ; mais il faudrait avant tout lui enseigner l’usage de la liberté ».

Stepherly Murielle Paillant

Juriste

Email : stepherlymuriellepaillant@yahoo.fr   

1 commentaire

  1. Je pense beaucoup que c’est une forme de rebellion à la gente masculine qui trop souvent faisait des corps des femmes une propriete trop privée du genre personne d’autre n’aura l’occasion d’admirer le corps de ma femme,elle est mienne elle m’est exclusivement réservée.
    D’une autre part,avec l’evolution que prend la mode on peut s’attendre à tout … Les choses changent…

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