Haïti arrivera-t-elle à se défaire de sa dépendance de la République Domicaine?

Crédit Photo : elsie-news-over-blog.com

« Haiti est un pays essentiellement agricole ». Cette expression nous est assez familière puisque nous l’avons appris à l’école. Encore aujourd’hui nous entendons des écoliers la repeter. Elle revient souvent dans les discours relatifs à l’agriculture. Hélas, ce pays qu’on continue de proclamer haut et fort cent pour cent (100%) agricole ne parvient plus à nourrir sa population. Le ventre de ses fils et filles est à la merci du pays voisin.

Faute de politique agricole efficace, Haïti ne produit pratiquement plus rien. Alors, au lieu de travailler à la relance du secteur agricole, la classe dirigeante haïtienne a préféré d’entrer dans un schéma d’importation plénière des denrées étrangères particulièrement celles des dominicains. Les chiffres relatifs aux relations commerciales des deux pays démontrent à quel point Haïti est dans une dépendance alimentaire aiguë.

Selon l’office national des statistiques (ONS), organisme de l’État dominicain, l’année 2017 s’est révélée très lucrative pour la République Dominicaine. L’ensemble de leur exportation a atteint un chiffre de 852,53 millions de dollars contre seulement 36,31 millions dollars pour Haïti. Ce qui revient à dire que les exportations dominicaines ont donc surpassé celles d’Haïti de 24,34 fois. Au premier trimestre de l’année 2019, le commerce binational a chuté de 20% d’après ce qu’a indiqué le vice-président exécutif du Conseil national de l’entreprise privée (Conep) Cesar Dargam. Ses propos ont été rapportés par le journal dominicain « El dia ». Il a connu aussi un ralentissement de 216 millions de dollars américains au cours des cinq dernières années selon les chiffres publiés par le Centre d’exportation et d’investissement (CEI-RD). De quoi inquiéter, les habitants de l’autre moitié de la péninsule, vu ce que représente Haïti dans leur balance commerciale.

Des mécanismes liés à cette dépendance

Nonobstant d’autres causes structurelles comme les budgets médiocres ordinairement alloués au secteur agricole, l’abattement systématique des arbres, l’exode rural, l’instabilité politique chronique du pays reste le plus grand obstacle à son développement.

Depuis son indépendance de la France, Haïti a toujours fait l’objet d’embargos. Des situations qui ne font qu’étouffer son économie en la rendant de plus en plus vulnérable. Suite à quoi, le pays est devenu dépendant des importations étrangères. Le dernier en date est celui de 1991 imposé par l’ONU. Il est à l’origine du commerce « quasi-unilatéral » dit binational avec le pays frontalier.

L’aspect antilibéraliste de cet échange commercial

Vu son fonctionnement, le commerce n’est pas digne de son nom. « Ces lieux d’échanges commerciaux n’ont aucun des critères propres aux marchés binationaux » affirme le Maire de la ville de Belladères. Une opinion partagée par le professeur d’histoire de la Caraïbes et des relations internationales à l’Université d’État d’Haïti, Watson Denis qui ajoute: « Non seulement le pays n’a pas de produits suffisants pour attirer le peuple voisin, mais aussi, il n’existe aucun marché sur les villes frontalières haïtiennes où les Dominicains peuvent s’approvisionner de nos produits. » En même temps ils interdisent l’entrée des produits haïtiens qui ne représentent même pas une fraction des leurs.

De nombreux cas pourraient interpeller la conscience des autorités haïtiennes pour qu’ils repensent enfin l’agriculture nationale ainsi que les relations commerciales entre les deux peuples. D’entre eux: le scandale éclaté en 2012 au sujet du « salami dominicain » un saucisson typiquement conçu pour le marché haïtien qui contenait des excréments et des produits cancérigènes ; des poulets qui furent contaminés par la grippe aviaire (AH1N1) et leur farine de blé avec des molécules chimiques qui sont relativement nocifs à la santé humaine. Que font les autorités haïtiennes dans tout ça? Ah c’est vrai! -Toujours les mêmes pleurnichements- : « On ne dispose pas des ressources humaines et matérielles pour contrecarrer ces genres de situations. »

Voilà que nos marchés sont inondés des denrées les plus élémentaires comme le citron vert, l’orange, la papaye, la mangue etc. La culture des mangues fut la seule production dans laquelle on devançait la Dominicanie avant que celle-ci ait finalement pris le dessus sur nous en 2007. La liste se poursuit avec le cresson, la tomate et même des légumes. In fine, on se demande que devient une commune comme Kenscoff jadis très réputée pour sa culture maraîchère.

Une longue liste de produits dirait-on (exotiques) à laquelle vient d’ajouter « en grande lettre » monsieur le charbon de bois. Ce dernier fait insolite qui donne raison à plus d’uns et aussi l’OEA dans son rapport présenté, il y a trois (3) ans. Dans ce dernier La République d’Haïti était présentée comme une future province dominicaine.

Un commerce entravé par la corruption et la contrebande

Au delà du manquement dans la productivité locale, la corruption et la contrebande constituent deux handicaps majeurs dans l’économie du pays. Au point qu’en 2012 sous le gouvernement de Martelly-Lamothe, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé avait annoncé que son pays allait aider Haïti dans la lutte contre la contrebande à travers la création d’une force de sécurité. A cette époque les déficits étaient évalués à 320 millions de dollars. Une situation qui s’est empirée puisqu’en novembre 2018 l’ancien premier ministre du pays Jean-Henry Céant a souligné que les pertes enregistrées au niveau des douanes sont estimées à 400 millions de dollars l’an.

La main qui nourrit est celle qui dirige, une mégalomanie justifiée.

La propagande de la République Dominicaine qui veut être le grenier d’Haïti n’est pas nouvelle. Cest une idée chère à l’ancien chef d’État dominicain Leonel Fernandez. Il était même allé défendre sa thèse par devant l’Organisation des Nations-Unis pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) lors d’une conférence qui a eu lieu au début de l’été 2008 autour de la crise alimentaire mondiale a révélé le quotidien dominicain Diario Libre.

En tant que deuxième partenaire commercial après les Etats-Unis, les Dominicains veulent désormais faire d’Haïti leur poule aux oeufs d’or. De ce fait, ils ne veulent louper la moindre occasion pour le faire. La récente révélation d’un document de 70 pages intitulé, « Essai sur une union économique et monétaire entre la République Dominicaine et Haïti » et qui a été élaboré en 2010 par l’économiste Emmanuel Pinto Moreira pour la Banque Mondiale, aurait même apporté de l’eau à leur moulin se disant vouloir être le garant de la souveraineté économique de la région. D’où, il faut placer son ancien mentor sous protectorat suivant ce qu’ils appellent « Alliance Stratégique ».

Ledit document a mis en exergue les multiples avantages de l’utilisation d’une monnaie unique pour les deux pays protagonistes. Maintenant, il reste à savoir également quelle politique monétaire sera employée face à la gourde déjà fragilisée.

Entre-temps, les autorités dominicaines continuent d’adopter leur politique du saucissonage vis-à-vis d’Haïti pendant que les dirigeants de cette dernière adoptent celle de l’autruche.

Sources :
le Nouvelliste
Loop Haïti
Ayibo post

Viola PIERRE

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