Quand la rareté de carburant impose un nouveau mode de vie en Haïti

Crédit Photo : loophaiti.com

La répétition de rareté du carburant en Haïti n’est un fait insolite pour ceux vivant sur le sol natal. Quand le théâtre au Parlement, la torpeur des gens empruntant les routes nord et sud ou le concept « peyi lòk » ne font pas la une, la rareté du carburant en Haïti s’entiche à avoir la première place dans le cocktail médiatique. Depuis 2018, il ne se passe presque pas un mois sans une pénurie de produits pétroliers. Pour certains, elle est provoquée afin d’arriver subtilement à l’augmentation des prix pétroliers. Pour d’autres, il existe une collusion entre les pompistes et des potentiels revendeurs, vu que ces derniers savent au préalable quand il y aura rareté, y font le plein pour revendre au prix élevé durant toute la période de rareté. Face à cette crise pétrolière, peut-on parler de rareté relative ou rareté organisée ? Peut-on assujettir cette rareté du carburant en inadéquation au mode de vie et au développement social, politique et économique ?

Le Carburant en Haïti : Rareté relative ou organisée.

La rareté, du latin « raritas » se définit comme une pierre d’achoppement, une difficulté à trouver une chose particulière. La rareté peut être absolue quand elle indique l’incapacité des hommes à multiplier les biens nécessaires à la vie.

Certains produits comme l’or, le diamant sont des produits naturellement rares. La rareté est dite relative quand les biens jugés nécessaires existent mais ces derniers expriment une inadéquation entre l’offre et la demande. Tel est le cas de la rareté de carburant en Haïti. Cependant, il est bon de constater que malgré cette rareté du carburant en Haïti, des centaines de chauffeurs d’automobiles et de taxi motos fourmillent dans les différentes pompes, y font le plein et s’approvisionnent de cinq à dix gallons alors que dans d’autres endroits de la capitale, la rareté est dite continue. Pas l’ombre d’une mouche ne sillonne dans les environs.

Comment expliquer ce phénomène où la rareté du carburant plane dans certains endroits de la zone métropolitaine et que d’autres sont bondés de demandeurs qui s’approvisionnent à un prix exhorbitant ? «  Ki mele’m li chè depi nou jwenn » disent les consommateurs. La rareté prend peu à peu l’argument de vente. La rareté est bien connue des grands distributeurs car elle attire les consommateurs. Ce qui est rare est cher dit ce vieil adage.

Historiquement, on part d’une rareté ou d’une pénurie afin d’augmenter la valeur de son bien et nos dirigeants usent de cette stratégie pour augmenter les prix pétroliers. Mais cette stratégie peut devenir une arme à double tranchant car ces derniers redoutent les évènements des 6, 7 et 8 juillet 2018 ayant entraîné la démission de Jack Guy Lafontant du poste de Premier ministre. Constat ayant fait, peut-on qualifier cette rareté du carburant d’être relative ou organisée ?

La rareté du carburant compte-gouttes d’un nouveau mode de vie en Haïti.

La rareté du carburant a un impact socio-politico économique dans n’importe quels pays. Déjà, en Haïti la rentrée des classes s’annonce difficile. A défaut de ne pas trouver du carburant, la circulation des véhicules subit cette rareté de plein fouet. Professionnels, marchands, qu’importe le niveau d’éducation, vaquent à pied à  leurs activités. Les taxis motos se plaisent à octroyer un prix comparable à celui du salaire journalier de certains. Suite à cette rareté, d’autres habitudes se créent : des gens stockent du carburant chez eux. Ce sont ceux qui peuvent vendre la gazoline et ceux qui peuvent l’acheter qui font leur règle. Les règlements de taxation, l’interdiction de vendre une forte quantité de carburant dans les récipients ne sont plus dans l’ère du temps. A chaque fois que la rareté du carburant se fait sentir, c’est la population qui paie les frais. Les pillages et les casses des entreprises et maisons s’ensuivent. Si on sillonne les rues de la capitale, les stations ont adopté cette immense boite de fer comme méthode de protection face à leur mise en feu à chaque crise et il nous est plus insolite de voir des gens se battre pour du carburant.

Voilà le tableau que dresse la première République noire du monde en plein XXIe siècle. Les communiqués des autorités et leurs explications ne veulent plus rien dire pour la population. Face à ce marasme pétrolier, où sont passés nos dirigeants? Où sont passés les membres de l’ANADIPP? Faut-il à une rareté de carburant chaque mois ou chaque deux semaines et s’y habituer?  Que les compétences de ce pays se réunissent et proposent une solution pour sortir de cette crise qui au regard de la réalité tient à devenir un évènement habituel.

Stepherly Murielle PAILLANT

Juriste

Email : stepherlymuriellepaillant@yahoo.fr

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