Le problème n’est pas la rareté ou le prix du carburant mais la déroute !

La pénurie de carburant continue de rendre la vie dure aux membres de notre société. Après les événements des 6 et 7 juillet de l’année dernière, causant des pillages, des voitures cassées et brûlées, des pertes en vies humaines et plusieurs jours de dysfonctionnement  du pays par le blocage des routes pour protester contre la hausse du prix du carburant par le gouvernement Moïse-Lafontant. Vint, ensuite, les vagues « régulières » de rareté. Jusqu’à celle que nous vivons actuellement. En effet, depuis la semaine dernière, une situation de disette sur le marché local s’impose en pleine réouverture des classes pour l’année scolaire 2019-2020.

Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montrant comment une foule de gens se frappent avec des gallons pour arriver à acquérir les fameux produits dérivés du pétrole. L’image est dégradante, humiliante. Elle met en évidence notre plus totale déchéance et notre indignité en tant que peuple. Mais de fait, ce problème de rareté de carburant en répétition nous ouvre les yeux sur un fait surprenant. À l’heure où nous devrions nous solidariser contre la mauvaise gouvernance chronique de nos dirigeants qui réduit le pays au strict minimum de dépendance, les gens sont sur le point de se déchirer les uns les autres pour se procurer de quelques litres d’essence dans les rares pompes qui en vendent. La réalité se fait plus sombre quand nous voyons les « maîtres.ses de maison » expédier des « domestiques », faire le plein de carburant pour leurs voitures. Quelle indécence ! C’est le symptôme flagrant de notre déni sociétal.

La méchanceté ne nous étonne pas. Nous sommes capables d’apprendre à la comprendre mais nous sommes pauvres d’esprit à la pratiquer. Nous avons donné raison à tous ceux qui n’ont jamais admis l’indépendance absolue de nations incapables de progrès dont leurs résultantes sont la misère croissante des masses populaires, l’instabilité politique incessante, la mauvaise gouvernance, la corruption chronique et la lutte des classes comme celle que nous connaissons. Depuis toujours, notre société ne manque pas de gueules redoutables, parfois mythiques. Et le prix de la morsure la plus puissante du règne politique mondiale semble revenir au système qu’on a mis en place depuis plus de deux siècles d’existence. Ce qui fait du problème  de carburant un symptôme de ce triste état des choses.

Oui, l’Etat ne peut plus subventionner le carburant mais comment peut-on s’attendre que les changements conséquents qui en résultent se fassent sans heurt? Oui, le prix du carburant doit augmenter dans les pompes. Et encore augmenter. Parce que les ressources se raréfient, parce que les mercantis pétroliers veulent en profiter, parce que géopolitiquement la réalité du golf a changé, d’autres puissances montantes ont des stratégies intelligentes, parce que nos dirigeants ne prendront pas le taureau par les cornes, ou pas de la bonne façon. Oui, le prix du carburant doit augmenter. Le problème n’est pas le prix du carburant. Le problème, c’est l’absence de rigueur dans la gestion du carburant, l’influence de certains groupes de pression, c’est la pauvreté extrême des gens, c’est le comportement cynique des dirigeants, leur incapacité à changer la vie des citoyens. C’est aussi, l’absence des actions concertées par les consommateurs en vue de défendre leurs intérêts.

Comme tout agent économique, l’État fait face à des pressions et il a des objectifs multiples entre lesquels il y a des conflits. Ce qui fait quand un État si faible comme le nôtre a choisi d’augmenter les prix sur le marché cela a provoqué des réactions dans tous les secteurs. Ces réactions à cette décision permettent aussi de mesurer le ras-le-bol des Haïtien.nes : des Haïtien.nes qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts dans des conditions économiques et sociales de plus en plus complexes dans un pays où le produit intérieur brut (PIB) par habitant était de 870 $ en 2018 et un indice de développement humain de 168eme sur 188 pays en 2018. Plus de 6 millions d’Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 2,41 $ par jour, et plus de 2,5 millions sous le seuil de la pauvreté. Ce qui place le pays parmi les États les plus défaillants au monde, occupant le 12eme rang sur 178 pays dans l’indice des États Défaillants créé par le Fonds pour la Paix.

La situation est vraiment plus grave qu’on ne veule le croire en général, car la mise en scène quotidiennement des actes de corruption dans le parlement, la justice et dans l’exécutif marque notre défervescence institutionnelle. Ainsi dénonce-t-on souvent les déficits chroniques, l’injustice sociale, le gaspillage financier et l’absence de contrôle des dépenses publiques. L’État est totalement incapable de fonctionner avec le minimum d’efficacité, de transparence, d’équité que l’on droit d’attendre de lui.

La banalisation de la misère, de la violence, du vol sans retenue et de la paupérisation du pays est le signe d’un pays qui sombre progressivement dans l’anarchie. Le malaise est avant tout dû à un état d’esprit, l’effacement de l’autre et cet état d’esprit tel qu’il est devenu aujourd’hui est foncièrement pervers et nuisible.

Peterson BLANC

1 commentaire

  1. Tres bonne analyse de la situation. En realite il y a pas de rarete d’essence, mis plutot rarete de gestion comme tout dans ce pays. Mai je m demande s’il y a pas une politique pour nous forcer a accepter , voire meme a demander de hausser les prix?

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