Face à la multidimensionnalité de cette crise: que peut-on espérer de Jovenel Moïse?

Le mot crise n’est peut-être pas nouveau dans le vocabulaire socio-politique du peuple haïtien, mais dans toute l’histoire de ce pays, elle n’a jamais connu une telle expansion. De temps à autre le pays est en « mode lock » mais ces jours-ci cela semble prendre une autre tournure car à seulement deux semaines de l’ouverture des classes, on assiste dejà à leur fermeture. Ajoutant à cela toutes les activités de la vie nationale sont quasiment paralysées. Les dirigeants complètement dépassés par la situation n’osent même pas se prononcer afin d’éviter de dévoiler leur incapacité à apporter au moins une réponse concrète.

Depuis son accession à la magistrature suprême de l’État, Jovenel Moïse n’a cessé d’attirer les foudres de la population haïtienne que ce soit par son incapacité de diriger le pays ou ses indexations dans des dossiers de corruption. D’où l’un de ses premiers péchés mortels fut son obstacle face à un éventuel procès de Pétro-Caribe. Des décisions qui n’ont fait qu’immerger le pays dans cette crise sans nom qui, ces dernières semaines s’est amplifiée tantôt avec la question de la pénurie d’essence, tantôt avec le choix du Premier ministre nommé, Fritz William Michel.

Alors en l’espace de 3 ans, M Moïse est à son quatrième Premier Ministre. Après Jacques Guy Lafontant, Jean Henry Céant et Pierre Michel Lapin ministre ai et démissionnaire, c’est au tour de Fritz William Michel de succéder M Lapin à la tête de la primature. Ce dernier qui dès sa nomination fait l’objet de différents types de scandales de corruption, en passant par des scandales de tweets indécents publiés puis ce fameux cas concernant son compagnie « AGRISOL S.A » qui a reconnu avoir vendu à l’État haïtien des chèvres venant de Texas, USA dits « chèvres de races ameliorées » à un prix de 31 000 gourdes l’unité. Sans oublier le jackpot de 100 000. 00 $ US donnés aux sénateurs pro-pouvoir afin d’obtenir leur bénédiction. Une pratique qui devient malheureusement monnaie courante au Parlement haitien. A chaque instant, un nouveau rebondissement, une nouvelle découverte dans le dossier du premier ministre nommé. Ces révélations ne font que le disqualifier davantage et attisent la tension des rues.

Ayant déjà passé l’étape de la chambre des députés, M Fritz William Michel ne reste qu’à franchir celle du Sénat. En dépit des séries de scandales en casdade à son compte, les gens du pouvoir particulièrement les sénateurs de la majorité sont plus que jamais déterminés à le ratifier. C’est comme une situation d’urgence où il y a péril en la demeure, pour paraphraser quelques juristes. Donc il faut à tout prix installer le premier ministre autrement dit un gouvernement. Certains acteurs politiques auraient insinué que c’est une injonction du « Blanc » , sinon le président ne sera plus apte à participer à la 74ème assemblée générale de l’ONU. En bon commandando le président du Grand Corps, Carl Murat Cantave a fixé la séance pour le lundi 23 Septembre à 8h a.m. Dommage ce grand jour-J a tourné au vinaigre pour les alliés « du pouvoir rose » puisqu’ils ont été bloqués par les sénateurs de l’opposition accompagnés ordinairement de leur foule anti-pouvoir. Devant cet affront difficile à digérer, le dénommé sénateur Jean Mary Ralph FETHIÈRE a dégainé son arme et ouvert le feu sur des militants, faisant deux victimes parmi lesquelles un photo-journaliste et un agent de sécurité affecté au parlement. Heureusement ces dernières ont eu la vie sauve. Un acte qu’il a qualifié de « légitime défense ». Toutefois ce n’est pas ce qu’ont affirmé les témoins oculaires encore moins les vidéos…

Quant à l’organisation des élections législatives et municipales pour ce mois d’octobre qui avance à grands pas, c’est un comble!
On douterait fort aussi (l’opposition) que Jovenel Moïse à l’instar de Michel Martelly son mentor, puisse à son tour diriger le pays par décret.

Ne pouvant plus délier sa langue à l’ONU le président a finalement sorti de son mutisme pour s’adresser à son peuple dans une allocution donnée ce matin à 2h. Le peuple a écouté son président, son énième divagation, et a répondu à sa manière! Entretemps les grands défis de l’heure demeurent: l’abaissement des tensions des rues; la reprise des classes; la régularisation de la question du gaz; l’installation d’un nouveau gouvernement; l’organisation des élections pour les municipalités et pour le renouvellement de la 50ème législature bref la reprise normale des activités quotidiennes dans tout le pays etc.

Qu’en est-il pour le lendemain d’Haïti?

Viola Pierre

pierreviola4@gmail.com

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