HAÏTI, LA RÉPUBLIQUE EN CHUTE LIBRE !

Haïti‚ en devenant la première république noire du monde a travaillé à l’avènement d’un nouvel ordre mondial. Ordre basé sur la liberté pour tous.tes et sur le principe du respect de la dignité de la personne humaine quelque soit sa race et sa couleur. Contrairement à l’idée admise par la sphère de pensée de l’époque‚ elle a remis en question les théories admises en Ethnologie et en Anthropologie caractérisées‚ comme l’avance Arthur de Gobineau [1] dans son célèbre livre‚ par l’idée indécente de l’infériorité de noirs par rapport aux blancs.

Haïti a accompli ce qu’Antenor Firmin théorisera plus tard : « L’égalité des races humaines » [2]. Avec sa révolution et la mise en place de la République‚ Haïti a remis en question l’esclavage qui pourtant existait depuis des millénaires et a remis le Noir à sa place tout en dépassant les théories racistes de l’époque. Nos ancêtres ont sué sang et eau pour arriver à imposer Haïti sur l’échiquier international comme république de noirs et d’hommes libres [3]. Ils se sont battus et sacrifié corps et âme pour arriver à concrétiser leur rêve‚ l’idée qu’ils ont toujours eu du pays. Comment expliquer l’état actuel du pays ?

Haïti a pris naissance dans des situations particulières et dès sa naissance‚ elle a été considérée comme une brebis galleuse qu’il fallait à tout prix contrôler. Depuis sa naissance‚ le pays a donc fait face à une situation extraordinaire tant sur les plans interne qu’externe. Cette situation n’a pas évolué au fil du temps‚ le pays a connu des crises‚ des renversements‚ des coups d’état et des interventions étrangères. Ce pays n’a jamais eu la possibilité de se développer. Nonobstant les tentatives de développement et de modernisation des présidents Magloire et Hyppolite‚ le pays a fait face à des embuches internes et externes empêchant l’aboutissement du grand projet de relance de l’économie et d’allégement de la dette haïtienne. Aujourd’hui l’état des lieux est catastrophique.

La pauvreté de masse nous aveugle et nous pousse à pratiquer une politique de main tendue, de subventions tous azimuts et de commission sans mission. La corruption nous paralyse et nous incite à céder à la facilité, à la mollesse et à la médiocrité. Nous importons tout : le blé, le riz, le maïs, les oeufs, la viande, le lait, les racines et/ou tubercules, les épices et même le charbon de bois tandis que nous exportons nos bras et nos cerveaux sans discernement.

Nous sommes très peu conscients que le pays vit dans un monde qui tourne autour de la globalisation financière, la mondialisation de l’économie, la conquête de l’espace, des technologie de l’information et de la communication, des biotechnologies, des nanotechnologies, du développement des énergies nouvelles et de l’intelligence artificielle. Le pays est encore à l’âge du bois et au règne de la houe et de la machette tandis qu’il tourne le dos à la recherche scientififique, à l’éducation des masses, à la modernisation de ses infrastructures primaires et à la professionnalisation de l’administration publique.

Le pays vit mal la démocratie à travers de l’instabilité politique, de la non-redevabilité des élus, de la faiblesse des institutions (dites) républicaines, du manque de transparence dans la gestion des affaires publiques, de l’arbitraire, du clientélisme et du népotisme. En fait, le pays souffre de mauvaise gouvernance. Cela a fait d’Haïti l’un des États les plus defaillants [4] ainsi que l’un des pays les plus corrompus au monde [5].

Il est certes difficile de prédire l’avenir du pays tant il fait face à des crises sociales‚ politiques‚ économiques‚ environnementales‚ culturelles et identitaires. Mais l’important est de comprendre la résilience symbolique de la révolution du pays dans ses crises chroniques et, pour le comprendre, il faut sortir du syndrome de Babel. L’heure n’est plus aux tergiversations, elle n’est plus aux conflits internes. Nos ancêtres malgré leurs origines ethniques aussi diverses soient-elles‚ se sont unis et se sont souciés de ceux contre lesquels ils seraient en train de se battre s’ils étaient restés en Afrique. Le clan‚ l’ethnie a perdu toute sa signification ! Ils ont été sacrifiés sur l’autel de la patrie !!!

C’est dans un contexte de crise revolutionnaire particulière dans la Métropole que, après maintes mouvements, nos ancêtres ont fait 1804 avec la plus grande bravoure. Marquant en lettre d’or l’une des plus grandes révolutions jamais connues dans l’histoire des peuples. C’est pourquoi Haïti est rare pays, vraiment rare pays où le mot nègre [6] n’est pa tabou. Ce mot n’a guère le sens d’esclave pour les haïtiens depuis 1804. Le mot désigne par l’appellation Noir [7] quelqu’un qui est libre, qui n’est plus un betail de labeur comme il etait avec  la traite esclavagiste, ni un stéréotype.

C’est aussi dans un contexte de crise qu’a pris naissance le grand mouvement de ralliement sociétal qui a fait février 86. Le sang et les luttes de nos prédécesseurs ont apportés leur pierre à l’édification d’un autre climat politique dans le pays. Un pays moins hostile aux idées contradictoires et moins assoiffé de sang. Ce changement dans l’ordre politique‚ a permis de briser les menaces‚ les interdits‚ et de braver des dangers moindres pour le respect des droits civiques‚ politiques‚ sociaux‚ économiques et culturels.

C’est maintenant que des questions vitales pour le pays doivent être soulevés afin de permettre au peuple de jouir de ses droits sociaux et économiques, confisqués par moins de 2 pourcent de la population. Le pays fait face à des situations extraordinaires‚ des mesures extraordinaires s’avèrent donc nécessaires ! Il n’est pas trop tard pour que le leadership éclairé se montre à la hauteur du momentum et trace la voie du développement à la hauteur de ce que le pays avait donné comme signal par sa révolution. Le pays en a marre d’être parmi les dernières de sa categorie dans toutes les classifications fondamentales, qu’il s’agisse de l’indice de dévloppement humain [8], de l’indice de compétitivité, des libertés fondamentales et de la bonne gouvernance [9]. Jamais plus l’épithète de seul pays moin avancé de l’hemisphère !

Peterson BLANC

Sources:

[1].Joseph Arthur de, GOBINEAU, Essai sur l’inégalité des races humaines, Paris, Firmin-Didot frères, 1853-1855. Version numerique consultée le 17-10-2019 sur les classiques des sciences sociale à travers le lien téléchargeable http://classiques.uqac.ca/classiques/gobineau/essai_inegalite_races/essai_inegalite_races.html

[2].Joseph Antenor, FIRMIN, De l’égalité des races humaines, Paris : Librairie cotillon, F. Pighon, successeur, imprimeur-éditeur, Libraire du Conseil d’État et de la Société de Législation comparée, 1885. Version numerique consultée le 19-10-2019 sur les classiques des sciences sociale à travers le lien téléchargeable http://classiques.uqac.ca/classiques/firmin_antenor/de_egalite_races_humaines/de_egalite_races_humaines.html

[3].La Constitution impériale du 20 mai 1805 dans ses Articles 2 et 4.

[4].Indice des États defaillants, https://fragilestatesindex.org/, lien consulté le 20-10-2019

[5].Indice de Perception de la Corruption https://www.transparency.org/cpi2018, lien consulté le 20-10-2019

[6].Au XVIIe siècle : la traite négrière fait basculer le mot « noir » vers le mot « nègre »

[7].La Constitution impériale du 20 mai 1805 dans son article 14.

[8].Indice de Développement Humain (IDH), http://hdr.undp.org/en/2018-update, lien consulté le 20-10-2019

[9].Indice de la bonne gouvernance, IGM – Forum for a new World Gouvernance, www2.world-governance.org › pdf, lien consulté le 20-10-2019

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