Le « Gede » dans l’accoutrement d’Halloween : une assimilation « culturellement » dangereuse !

Crédit photo :aztlanphoto.com

La fête des « Gede » est une expression populaire qui se déroule sur un décor sombre avec des couleurs noirs, mauves et/ou blancs. L’ambiance attire les rires fous accompagnés de chansons typiquement tissées d’une symphonie ancestrale liée à l’origine africaine d’un lointain peuple qui traverse l’Atlantique avec toute sa résistance à travers ses valeurs, son être, ses moeurs et coutumes. Cependant, cette fête populaire se manifeste dans le milieu haïtien à travers deux expressions religieuses .- l’une qui s’approprie les moeurs et la culture de l’ancien colonisateur, les catholiques – et, l’autre est plus proche de l’univers cognitif de la religion vaudou.

Cette manifestation dans sa portée syncrétique, est historiquement marquée par des conflits qui se manifestent tantôt avec la campagne anti-superstitieuse de l’Église Catholique de 1939 à 1942 contre les vodouisants d’une part, et d’autre part, l’imposition de la conversion par les protestants à l’endroit de ces derniers. Tantôt latent par le brassage festif dans un lieu commun comme le grand cimetière de Port-au-Prince dans lequel on peut trouver, tous les 1er et 2 novembre des fidèles Catholiques et Vaudouisants qui sont en train de saluer les morts. Ce conflit permanent est marqué de jour en jour du côté des haïtiens vodouisants, et même chez certains soi disant catholiques et protestants haïtiens, une sorte de renoncement à soi, à leur culture ancestrale, à leurs esprits ou à leurs loas.

Aujourd’hui, fêter Halloween est plus élégant que les « Gede ». Plusieurs cas démontrent certaines personnes, même protestantes et catholiques, avant de laisser Haïti pour un pays d’accueil en Amérique du Nord notamment, ont refusé de fêter le « Gede » en raison qu’elles ont un réflexe inférieur à la manifestation de « Gede » et à l’origine de cette fête, pourtant ils acceptent volontairement ou involontairement la manifestation d’Halloween. Ce refus en soi s’explique par l’effet de l’assimilationnisme dans son aspect culturel.

Affiche d’un Halloween party en Haïti

L’assimilation culturelle est une forme d’acculturation, d’une situation socio-historique dans laquelle un individu, un groupe d’individus, abandonne totalement sa culture d’origine, volontairement ou par contrainte, pour adopter d’autres valeurs et pratiques culturelles. A ce point, sa réalisation dans un groupe n’est que la phase terminale et lorsque son rayonnement culturel se propage par l’adhésion à une culture étrangère, elle devient dangereuse pour l’identité culturelle du groupe qui l’approprie par folie ou égarement.

C’est beaucoup plus dangereux quand le groupe dans sa généralité sociétale n’est pas associé à un projet de société, politiquement correct, permettant de réguler la dynamique culturelle dans une société même face à la réalité du multiculturalisme, qui conçoit le groupe dans son appartenance (ethnique, religieux, etc.), lequel devient un support de participation à la vie sociale en préservant l’identité culturelle des individus; mais non,  une imposition impérialiste qui cherche à dominer l’autre par la culture.

Dans la tradition d’Halloween, les enfants déguisés symbolisent les âmes des morts qui sont venus rendre visite aux vivants durant la nuit du Samain Celtique. Alors que le symbolisme de « Gede » relève d’un double sens. Non seulement il rapproche les vivants de leurs morts, car, dans leur crédo identitaire ou originel, tout ce qui se passe dans le visible est préparé et planifié d’abord à partir du monde invisible. Mais aussi, il cache une profonde relation cosmique dans les manifestations de transe et dans l’interpellation des loas.

C’est pourquoi, contrairement avec les chrétiens qui croient que la mort est un accident, une peine sanctionnant l’homme dans sa chute pécheresse. Les pratiquants du rite de « Gede » conçoivent la mort comme une fête  et l’esprit des morts peut temporairement incorporer le vivant à travers des expressions sexuelles et des déhanchements ou gouyades. En s’exhibant ainsi, ils se moquent de leurs pairs chrétiens que l’Évangile interdit à toute gestuologie corporelle débordante et langagière. Le gouyade symbolise la symétrie de la vie pour les « Gede » et tout se fait dans la circonférence qui représente le trou central de la vie humaine. Une appellation déjà chantée par Jean Gesner Henry, dit Coupé Cloué.

La mort vénérée par les « Gede » dans le vaudou est bel et bien liée à la philosophie africaine selon laquelle tout être vivant doit mourir; humains, végétaux et animaux et que l’homme ne peut échapper au principe qui gouverne chaque être vivant de la planète Terre.

Peterson Banc

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