KOUZIN!

Crédit Photo : Société Anka Bezwen
Dans Kouzin Zaka 14’6
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Aux yeux des adeptes du vodou haïtien, les « lwa »  présentent des traits et exercent dans des domaines similaires à ceux du commun des mortels que nous croisons quotidiennement. Kouzin, cette divinité longtemps méconnue, met en relief une perspective inédite de la femme haïtienne contemporaine. Modèle de courage, de combat et impliquée dans l’organisation des «konbit», elle a su sortir de l’ombre de Kouzen pour participer au développement. Les Kouzin sont partout! De Marigot à Limonade, en passant par la capitale nous sommes allés dénicher ces façonneuses du progrès.

Elle a été longtemps exhibée comme l’assistante de son époux, Kouzen qui s’occupe des activités agricoles. Avec le temps, les données ont changé pour Kouzin. Il est de même pour les femmes haïtiennes qui avec le décret du 8 octobre 1982 et les Constitutions de 1950 et de 1987 ont pu jouir de leurs droits. Malgré l’absence de document pour l’attester, certains vodouisants haïtiens clament que le statut de Kouzin a évolué. Désormais, elle est la collaboratrice de son époux, assure la réussite des konbit et gère les finances. Comme elle, des femmes du milieu rural sont sorties des sentiers battus.

OFAVMA : l’alliance des paysannes révolutionnaires!

Des femmes de Marigot, ont créé le 30 septembre 1998 l’OFAVMA, acronyme d’Òganizasyon Fanm Vanyan Marigo (Organisation des Femmes Vaillantes de Marigot). «Deux cents femmes de Macary, Savane Dubois, Fond Jean Noel (dont le grand quartier Seguin), Corail Soult, Grande Rivière Fesles et du Centre-ville de Marigot, ont mis sur pied l’OFAVMA. Sa mission est de défendre les droits de la femme et de faire la promotion pour le respect des droits de la personne. L’OFAVMA travaille avec les femmes qui pratiquent l’agriculture, l’élevage et les commerçantes. Elle accompagne, majoritairement, des femmes qui   font l’expérience de la monoparentalité, sont les chefs de famille et travaillent dans les champs. L’OFAVMA milite aussi pour la participation politique des femmes » précise Rosenie Gustave.

L’organisation milite pour l’émancipation de la femme haïtienne. Elle cherche aussi à préserver la mémoire des femmes qui se sont distinguées tant dans les mouvements pour l’édification de la nation qu’en posant des actions pour faire évoluer le cadre normatif relatif aux droits des femmes en Haïti. La formation de renom dans l’univers féministe haïtien, milite aussi pour l’autonomisation des femmes, leur participation à la vie politique et le renforcement de leurs capacités économiques.

L’organisme vise à mettre au service de la population marigotienne le centre du bien-être des femmes et de la famille (Sant Byennèt Fanm ak Fanmiy). « C’est une structure technique qui par exemple à travers le Télécentre offrira des services informatiques dont l’accès à internet pour pourvoir aux femmes, particulièrement les leaders du milieu rural, des capacités en technologie pour communiquer et s’adapter» élucide la Coordonnatrice Générale de l’organisation qui s’est impliquée dans la lutte ayant abouti à l’obtention légale du quota de 30% de femmes dans l’administration publique. Elle n’est pas à son coup d’essai.

Avant de souffler sa vingt-et-unième bougie, en plus d’accompagner les femmes et filles victimes de violence, le groupement de femmes peut s’enorgueillir d’avoir: mis sur pied une école de couture, une caisse populaire et de crédit agricole; distribué du bétail et exécuté le projet « Yon lakou, yon pwodwi ». Les empreintes de l’organisation sont patentes. Les travaux de conservation du sol réalisés dans le cadre du projet ont pu résister à l’usure du temps et protègent encore les cultures. En plus de renforcer la capacité de production d’ignames et de bananes des femmes l’OFAVMA leur a ouvert la voie de l’entreprenariat. Domaine où d’autres femmes excellent.

Choco Kreyòl, création de la pugnace Dolcé Dapheney ?

Sa marque commence à s’imposer comme le meilleur chocolat du Nord.  Avec un chiffre d’affaire mensuel de quinze mille gourdes, Choco Kreyòl est un chocolat à base de cacao fermenté produit par la jeune entrepreneure et son staff de trois membres à Limonade. D’août 2015 à nos jours elle a fait du chemin. L’extraordinaire histoire de son entreprise  émerveille. « Etudiante en deuxième année en Agronomie, j’ai eu le déclic ! Alors que je suivais un cours sur la transformation du cacao, j’ai eu l’idée de mettre sur pied une chocolaterie » relate sourire aux lèvres la professionnelle des sciences de l’agriculture.

Avec un fond de départ de cinq cents gourdes, aidée par une proche, elle produit ses trente premiers carrés de chocolat. Elle n’arrive à vendre que trois. Loin de se laisser décourager, elle cherche à élargir sa clientèle. « Je suis optimiste et tenace! Je m’implique à fond dans ce que j’entreprends. Je m’attendais à éprouver des difficultés au départ, soucieuses d’atteindre mon but j’ai continué» témoigne mademoiselle Dolcé. Ses actions ont porté fruit, aujourd’hui elle est sollicitée pour participer à des émissions dont Okap take over de Chokarella, elle a pris part à la conférence nationale du cacao de même que la soirée de réseautage de la chambre de commerce des femmes et expose ses produits dans des foires quand ils ne sont pas confiés à son réseau de distributeurs. Elle a pu atteindre ces résultats malgré les embûches de la société à forte coloration machiste.

Nos résultats parlent d’eux-mêmes!

En signe de reconnaissance de ses actions et leur impact sur la société, l’ambassade des Etats-Unis en Haïti a attribué le prix « Femme courageuse en Haïti 2012 » à la militante des droits de l’homme Marie Yolène Gilles. « La nature montre que les femmes sont de bonnes travailleuses et de véritables moteurs de développement. Comme femme nous devons nous occuper des travaux ménagers, surveiller les études des enfants tout en menant une vie professionnelle. Les sociétés machistes pour dénigrer les femmes utilisent leur corps sans tenir compte de leurs compétences. Les femmes ne doivent pas se laisser décourager nos résultats parlent d’eux-mêmes» soutient madame Gilles.

Les femmes, ces cousines des temps modernes, concourent toutes au développement du pays. Les commerçantes, les madan-sara etc. ne pourvoient-elles pas à la formation de nos professionnels?

Stevens JEAN FRANÇOIS

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