LA DEPENALISATION DE L’AVORTEMENT JUSTIFIERA-T-ELLE SA PLACE PARMI LES DROITS DE L’HOMME?

Crédit Photo: http://www.lexpress.fr

Avoir l’accès à l’éducation, au quota de 30% des femmes dans les postes politiques, la situation de la femme à l’ère du XXIe siècle a connu un énorme rebondissement. Mais aucun n’a eu autant d’impact sur la liberté que peut jouir une femme d’avoir recours à l’avortement. Par sa dépénalisation «un avortement ne constitue pas une naissance en moins mais une naissance reportée à plus tard». Comment comprendre l’effectivité de l’application de ce principe visant à autoriser l’avortement paradoxalement au droit à la vie? La légitimation de l’avortement le rend-t-il apte à revendiquer sa place parmi les droits de l’homme ? D’où la nécessité de nous poser toutes ces questions en ce 10 décembre 2019 qui marque le 71e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme.

Le droit à l’avortement face au droit à la vie.

L’avortement encore appelé « IVG » interruption volontaire de grossesse est défini comme étant la perte d’un embryon ou fœtus lors d’une grossesse. Il peut être spontané c’est-à-dire qui se produit par des problèmes de santé et il peut être provoqué en d’autres termes déclenché par la prise de médicaments abortifs. Ainsi, au regard de la justice, l’avortement est littéralement un meurtre. En Haïti, on parle de « Jete pitit » et cet acte est interdit et pénalisé selon l’article 262 du Code Pénal Haïtien. Cependant l’avortement même interdit est pratiqué.

En 2012, selon l’enquête de mortalité morbidité et utilisation des services (EMMUS-V), la troisième cause de mortalité en Haïti est l’avortement. Selon un rapport du Ministère de la Sante Publique et de la Population, l’avortement représenterait plus de 20% du taux de mortalité maternel en Haïti. La ratio de mortalité maternelle étant affligeant, la meilleure façon de stopper tout ça est de garantir l’accès sécurisé à l’avortement d’où sa dépénalisation ou sa légitimation.

Dépénaliser l’avortement immerge du droit à la vie. L’un garantit la sauvegarde de deux vies et l’autre en sauve une. Au lieu de laisser partir deux vies dans des avortements clandestins, la légitimation de cet acte n’est autre qu’un accompagnateur juridique qui vise à protéger la vie de certaines femmes qui sont prêtes à tout pour ne pas mener une grossesse non désirée à terme. Quelles que soient son idéologie, sa religion, sa culture, une femme enceinte, qui ne veut en aucun cas donner naissance à cet enfant, avortera, qu’importe les conditions ou les prestations de services.
La dépénalisation de l’avortement est un soutien aussi bien moral que juridique, elle garantit le respect des droits de la femme et de sa liberté à disposer de son corps comme bon lui semble et c’est ce qui donne à la dépénalisation de l’avortement toute son importance.

Le droit à l’avortement : Une dépénalisation soumise sous conditions

L’avortement n’est pas un acte anodin et sa légalisation non plus. Une femme enceinte ne peut se lever un beau jour et décider de ne plus avoir envie de garder son enfant. Avorter est soumis à des délais légaux qui se doivent d’être respectés. En France et en Allemagne, le délai d’avortement est de trois mois ou de douze semaines d’aménorrhée. Ce délai augmente de quatorze semaines en Espagne, de seize semaines en Suède, de vingt-deux semaines de grossesse au Pays-Bas et au Royaume-Uni pour baisser ensuite de huit semaines au Portugal et en Slovénie. Au regard des dispositions de l’avant-projet du nouveau Code Pénal Haïtien,
l’interruption de la grossesse est légale après douze semaines de grossesse et quand elle résulte d’un viol ou d’un inceste ou lorsque la santé mentale ou physique de la femme enceinte est en
danger. Outre ces conditions, on ne peut pratiquer un avortement et quiconque s’en déroge sera passible d’un emprisonnement de cinq à sept ans et d’une amende de 50 000 à 100 000 gourdes en vertu des articles 328 et 329 de l’avant-projet du nouveau Code Pénal Haïtien.

L’interruption volontaire de grossesse n’est pas un crime mais bien un droit légitime des femmes. Peut-être que le droit à l’avortement, pour certains n’a pas lieu d’être, et le prendrait
toujours pour acte odieux mais légitimer l’avortement n’est autre qu’un pas de plus de la justice d’échapper à la mort plusieurs femmes qui sont prêtes à tout pour ne pas mener leur grossesse à
terme. C’est le droit de la femme de disposer de son corps et de son avenir, la dépénalisation de l’avortement est un choix légal évitant des désastres médicaux d’une femme enceinte qui se voit contrainte de ne pas pouvoir jouir pleinement de sa liberté.

Stepherly Murielle Paillant
Juriste
Email : stepherlymuriellepaillant@yahoo.fr

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.