Guylande Mesadieu, prototype d’une combattante pour les droits des enfants haïtiens

CP : Page Facebook de la fondation. Mme Mesadieu et certaines élèves des écoles communautaires

Depuis environ 18 ans, Guylande Mesadieu lutte pour le respect des droits humains. Sa principale mission est de contribuer au changement social et économique d’Haïti en accompagnant les enfants et les jeunes démunis. Elle ne cesse d’implémenter des projets à travers plusieurs villes du pays; cherchant constamment à se fixer de nouveaux objectifs afin de contribuer à son développement malgré les circonstances.

En 2001, après de tristes constatations sur la violation des droits des enfants, Guylande Mesadieu a entamé des séances de sensibilisation dans certains quartiers. Séances qui, 5 ans après,  sont devenues des projets réalisés, malgré ses faibles moyens. L’avocate travaille depuis dans la protection de l’enfance, mettant un accent particulier sur les mères. Car, selon elle, 47% des familles haïtiennes sont monoparentales et menées par des femmes au chômage.

Face à un État irresponsable, elle s’engage

En Haïti, les enfants et les jeunes sont victimes de traites des personnes, de violence, de  maltraitance ; et vivent dans des conditions inhumaines. Face à cette situation, la militante oriente ses travaux à travers des axes d’intervention,  définies selon ses dires dans « la réinsertion familiale et communautaire, l’éducation de base accélérée, la réunification des enfants séparés et vulnérables, la formation professionnelle pour les jeunes vulnérables et la communication et le plaidoyer. »

L’article 28.1 de la Convention Relative aux droits de l’enfant stipule que « Les États parties  reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation et en particulier en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances… ». Pourtant, près de 500 000 enfants de 5 à 18 ans sont complètement exclus du système scolaire, selon une étude réalisée par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) avec le Fond des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), en 2017. Pour réduire les chiffres, la coordonnatrice de la Fondation Zanmi Timoun (FZT) construit des écoles communautaires pour ces catégories d’enfants à travers un programme d’éducation de base accélérée.

« Nous utilisons Ourelle, un document pédagogique martiniquais, lequel priorise une méthode multigrade, où les élèves apprennent grâce à leurs potentialités. Environ 3 ans leur est nécessaire pour boucler le 2e cycle. Ils/elles observent d’abord et reproduisent ensuite, cela  facilite leur apprentissage », explique t-elle.Ces écoles recevant particulièrement des enfants de faibles revenus, sont présentes dans les communes de Delmas,  Cité Soleil, Gressier et  Savanette.

Parallèlement, elle a implémenté depuis 2007 des centres de formation pour les jeunes de 15 à 22 ans dans les communes de Delmas, Santo et Gressier. Ils/Elles reçoivent des formations en Plomberie, Coupe-couture, Pâtisserie commerciale et Cuisine, Électricité-bâtiment, Peinture et Graphique.

D’un air fier, elle avoue que les bénéficiaires ont fait beaucoup de progrès. « Ces jeunes sont au nombre de 350 professionnels-lles, confectionnent des collections en Wax et réalisent des portraits intéressants », argumente t-elle.

CP : Page Facebook de la Fondation. Graduation de la 3e promotion des professionnels-lles

                                                             

Des actions pour des enfants marginalisés 

Dans une étude réalisée par World Vision Haïti entre février et juin 2012 sur le système de protection de l’enfant en Haïti, il est révélé que  le Centre de rééducation des mineurs en conflit avec la loi (CERMICOL)  contenait six cellules prévues pour 120 mineurs, et en 2012, il en détenait 132. Près de 300 enfants se trouvaient dans des prisons civiles cette année-là. Pour cela, Mme Mesadieu entreprend un projet d’assistance légale dans les centres de détentions des mineurs.

« Nous avons déjà favorisé la libération de 217 Mineurs, et facilité leur intégration dans nos écoles communautaires», raconte t-elle.  Elle croit fermement que les places des enfants sont dans des espaces de socialisation. « La place d’un enfant ne peut être la prison », rétorque-t-elle vivement.

En 2017, le nombre d’enfants en domesticité s’estime à 207 000 selon le responsable  du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST). Ces enfants sont parfois victimes de violence verbale, psychologique et physique ; ce qui met en question le respect de leur dignité humaine. Pour cela, la coordonatrice de la FZT a initié leProgramme de réinsertion familiale et communautaire.  « Ce programme nous permet d’identifier les enfants en domesticité afin de les emmener dans les familles et les communautés de provenance. De plus, nous assistons leurs familles biologiques pour alléger leurs situations » détaille t-elle.

Des efforts dépassés pour  des difficultés

Découragée par des difficultés économiques, le manque de synergie des organisations et d’implication de l’État, parfois, elle fait face à de grands obstacles. « Nous avons un budget de 150 000 $ par année, ce qui réduit parfois nos activités. De plus, les besoins des familles dépassent la protection et l’éducation.  Elles devraient bénéficier d’un projet générateur de revenue», regrette t-elle.

Par ailleurs, le manque de réseautage rend la tâche difficile. «  Dans le temps,  environ 20 organisations travaillaient dans divers sphères avec les enfants. Ça allégeait un peu la tâche.  Mais, faute de moyens, beaucoup d’entre elles ont abandonné la lutte », se plaint la spécialiste en protection de l’enfance. Elle déplore également la passivité de l’État, lequel n’a pas effectivement une politique de protection d’enfants.

Malgré toutes ces difficultés, elle s’implique, participant chaque année à plus de 50 appels à proposition de projets. Une manière pour elle de diversifier les bailleurs de fond. « Nous bénéficions l’aide des institutions internationales et nationales comme Le Fond des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et l’Institut du Bien Être Social et de Recherches (IBERS) et autres », souligne t-elle, ouvrant largement la porte à d’autres sources de financement.  

Grace à ses efforts, elle a reçu en 2010 le prix Latino-américain « Fanm kouraj » de CATW-LAC pour son travail avec les femmes ; et 5 ans plus tard, une autre distinction de World Vision en Haïti pour ses implications dans la lutte pour les droits des enfants. Cette année encore, elle vient de recevoir le «Prix des enfants du Monde», ce programme mondial organisé par la Suède qui encourage la défense de l’égalité des droits des enfants.

                                                                     Widelie Carlvanie OLIBRICE

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