12 janvier 2010-12 janvier 2020: 10 sur 10 n’est sûrement pas la note du secteur sanitaire!

Crédit Photo : Victor Davidoci
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Un violent tremblement de terre de magnitude 7,3, a ravagé la capitale d’Haïti et ses périphéries le mardi 12 janvier 2010. Avec un lourd bilan humain d’environ 300 000 morts et plus de 200 000 blessés ce séisme demeure incontestablement le plus grand cauchemar du peuple haïtien qui n’a pas pu trouver les soins nécessaires. En 35 secondes seulement plus de 50 hôpitaux et centres de santé (Haïti PNDA Mars 2010), l’école des sages femmes, sans oublier le ministère des Finances, le ministère des Travaux public, le Palais National et tant d’autres édifices ont été détruits. À quelques heures du 10e anniversaire de la catastrophe, le secteur sanitaire, le premier recours des rescapés, mérite d’être examiné!

Haïti, 16 heures 52 minutes, 60 secondes avant le tremblement de terre.

Nous sommes le mardi 12 Janvier 2010. Comme n’importe quel autre jour de la semaine, Port-au-Princiens et habitants de certaines  villes avoisinantes dont Léogâne, vaquaient à leurs occupations habituelles. Tout à coup, la terre a tremblé. Port-au-Prince, la capitale haïtienne, située à 25 km à l’Ouest de l’épicentre, a sombré dans le chaos. La première secousse a eu lieu à 16 heures 53 minutes. Elle a fait tanguer bâtiments et maisonnettes, produisant ainsi des panaches de poussières. 30 minutes après le tremblement de terre, c’est la pagaille. La panique règne dans les rues de la capitale. Ce mardi après midi, des cris sporadiques ont retenti dans les quartiers des villes touchées qui se sont retrouvées sous un épais nuage de poussière.  

Selon l’évaluation des dommages, des pertes et des besoins généraux et sectoriels du Plan d’Action pour le relèvement et le développement national d’Haïti (PDNA mars 2010), les dommages pour le secteur santé s’élèvent à hauteur de $ 94,7 millions de dollars US pour le public et  101,70 millions de dollars US pour le privé soit un total de 196,40 millions de dollars US alors que les pertes s’élèvent à hauteur de 187,7 millions de dollars US pour le public et 86,10 millions de dollars US pour le privé soit 273,70 millions de dollars US en total. La catastrophe la plus meurtrière de l’histoire du peuple haïtien vient s’ajouter sur la situation précaire de la population et sa vulnérabilité à faire face aux catastrophes naturelles.  

Bâtiment « chirurgie » HUEH après le séisme
Crédit Photo : Victor Davidoci
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Face aux différents défis causés par le séisme, le PDNA avait fait sortir un ensemble d’axes d’interventions majeurs par secteur. Ainsi, parmi les secteurs sociaux, il a été proposé pour celui de la Santé d’assurer l’accès universel aux services de santé, plus particulièrement pour les groupes vulnérables et les populations sinistrées; Développer des services en matière de santé maternelle et reproductive et de lutte contre la féminisation du VIH/SIDA; Intégrer les protocoles et intrants requis pour la prise en charge médicale des femmes et filles victimes de violences; Renforcer le rôle de leadership, de coordonateur et de régulateur du Ministère de la Santé Publique ainsi que son rôle de facilitateur de la gestion décentralisée du secteur santé; Rétablir et renforcer les ressources humaines dans le secteur; Renforcer la gouvernance au niveau central et décentraliser et assurer la mise en place d’un système de financement solidaire basé sur les résultats; Assurer la gestion efficace et efficiente des intrants et des médicaments essentiels et mettre en place les mécanismes pour assurer leur gratuité; Répondre aux besoins spécifiques des femmes en matière de santé et assurer un service de proximité approprié.

Pour améliorer la couverture et l’accès aux services de santé, le MSPP a réalisé un ensemble de travaux allant de 2011 à 2014, ainsi 96 institutions ont été construites et achevées: 4 hôpitaux (Hôpital Universitaire de Mirebalais, Hôpital Raoul Pierre-Louis de Carrefour, Hôpital Communautaire de Référence de Bon Repos, Hôpital Ary Bordes de Beudet), 33 centres de santé, 6 SONUB (Soins obstétricaux et néonataux d’urgence de base), 43 UTC et CTDA (Centre traitement diarrhée aigüe), 2 postes de transfusion sanguine, 9 institutions spécialisées, 1 CDAI (intrants), 2 laboratoires régionaux, 1 centre ambulancier régional, un bureau départemental, 1 centre de prise en charges des violences, 1 centre médico légal, 1 Institut de Réhabilitation, 1 Hélipad. Il y avait aussi 36 institutions en construction: 5 hôpitaux, 30 centres de santé, 3 SONUB et 87 autres ont été Réhabilités: 15 hôpitaux, 48 centres de santé et dispensaires, 3 SONUB, 7 postes de transfusion sanguine, 14 institutions spécialisées, 8 CDT (Centre de diagnostic et de traitement), 1 Centre ambulancier national, 1 sanatorium, 1 centre psychiatrique, 1 laboratoire, 1 bureau départemental et 1 bureau communal. 

Les propositions du PDNA nous incitent aujourd’hui à poser certaines questions à la veille de la commémoration du 12 Janvier 2010. Tels : Quel est le bilan des travaux effectués dans les Institutions Sanitaires (IS)? Quelles sont les nouveautés apportées dans les normes parasismiques de construction, en termes de renforcement des structures sanitaires? La capacité d’accueil des hôpitaux selon les nouvelles normes, comparées à celles d’avant 12 Janvier 2010? Qu’est-ce qui empêche et/ou entrave aux travaux non encore réalisés de satisfaire les attentes de la population? Les normes parasismiques sont-elles respectées partout et par tous, sinon quelle est la sanction prévue par le MSPP contre les institutions belligérantes? Ou encore, Quelles recommandations en rapport aux normes parasismiques ont été faites aux nouvelles IS /ou encore aux structures destinées à prodiguer des soins? Pour essayer de trouver des réponses à ces questions, Le Courrier de la Nation a fait appel au chef de Service de Génie et d’Entretien Biomédical (SGEBM) de la Direction d’Organisation des Services de Santé (DOSS) du MSPP, l’Ingénieur Monsieur Roland PALME, pour qu’il nous livre ses opinions.

Dix ans après le séisme nous ne pouvons pas dire être satisfaits d’un quelconque bilan, toutefois, nous avons fait des efforts, et pris conscience que certaines structures sanitaires ne répondaient pas aux normes, donc le 12 janvier nous a appris à prendre conscience et apporter les correctifs nécessaires, ainsi nous avons réfléchi sur un ensemble de façon de construire et changer de comportement, sinon, le prochain séisme pourrait causer plus de dégâts a affirmé l’Ingénieur.

 On est allé très loin, poursuit-il, dans la révision des normes de construction après le séisme, c’est ainsi que nous avons pensé à construire des hôpitaux répondant aux normes sismiques à l’instar de ceux de Jacmel et des Gonaïves. Après mûre réflexion avec les partenaires Japonais nous avons décidé de construire l’hôpital de Jacmel sur des isolateurs sismiques (caoutchouc) en cas où il y aurait un tremblement de terre de magnitude 7,3 ou des ondes magnétiques, les occupants de l’hôpital ne sauront rien pas avant de sortir dans les rues, car parmi les normes en vigueur, deux techniques parasismiques à savoir isolateurs sismiques et techniques parasismiques conventionnels, ont été pris en compte pour construire cet hôpital. Mis à part l’hôpital de Jacmel, nous avons construit suivant ces normes; l’hôpital pédiatrique du Cap Haïtien, trois (03) HCR dont un à carrefour, un à Bon Repos et l’autre à Beudet, nous avons également construit l’Ecole des Sages Femmes, en somme les nouveautés apportées dans les normes de construction après le tremblement de terre sans oublier l’évaluation de certaines institutions qui ne pouvaient pas tenir dans le but de les renforcer ou les classer rouge, rassure l’expérimenté Ingénieur.

Toujours selon le Chef de service, il existe toujours un problème de budget Pour combler l’attente de la population, il serait nécessaire de construire d’autres établissements de soins, quoi que le problème de budget fasse défaut. En ce sens, il y avait eu la formation des cadres sur les hôpitaux sûrs en République Dominicaine, dans le but de répliquer la formation, ainsi, il y a eu une séance de formation interministériel, où nous avions même invité des ingénieurs de la PNH. Nous pouvons dire aujourd’hui que la capacité d’accueil de nos établissements est plutôt considérable comparée à l’existant. On a eu aussi de nouvelles constructions (Hôpitaux, Centre de Santé) dans les Nippes, le Sud’Est et l’Ouest car ils étaient les départements les plus touchés par la catastrophe, argüe Monsieur PALME.

Les normes ne sont pas toujours respectées a regretté l’Ingénieur, mais nous nous efforçons à sensibiliser les institutions et propriétaires d’institutions à adopter de nouveau comportement pour améliorer la sécurité des patients. On ne peut pas aussi décider de les mettre sous scellé comme sanction, car bon nombre d’entre elles sont enclavées, les fermer serait une sanction non aux propriétaires mais à la population qui n’a d’autre choix pour bénéficier les premiers soins, donc le mieux serait d’encourager ces institutions à s’aligner aux nouvelles normes, a-t-il conseillé.

Vue aérienne de l’HUEH

 Les recommandations seraient de sensibiliser la population sur les éventuelles conséquences que pourraient avoir dans un établissement de soin en cas de tremblement de terre. On ne peut pas construire un hôpital comme une résidence privée, il faudrait prendre en compte les risques de glissement de terrain, d’inondation et d’affluence et ensuite respecter les trois parties de la construction d’un établissement à savoir partie structurelle, partie non structurelle et la partie fonctionnelle. Donc la première démarche c’est de vérifier si le site destiné à la construction de l’hôpital n’est pas exposé aux abords d’un  site de décharge ou d’une station d’automobile et/ou d’essence a-t-il conclu.

Le PDNA prédispose d’assurer l’accès universel aux services de santé, plus particulièrement pour les groupes vulnérables et les populations sinistrées. L’accès universel tel que prévu dans la Conférence Internationale d’Alma Ata (ex URSS/ Rép. De Kazakhstan) en 1978, définit les Soins de Santé Primaires (SSP) comme des soins essentiels fondés sur des méthodes et des techniques pratiques, scientifiquement valables et socialement acceptables, rendus universellement accessibles à tous les individus et à toutes les familles de la communauté avec leur pleine participation et à un coût que la communauté et le pays puissent assumer à tous les stades de leur développement dans un esprit d’autoresponsabilité et d’autodétermination. L’ancienne Ministre de la Santé Publique, Florence Duperval GUILLAUME, outre la construction des Hôpitaux Communautaires de Référence (HCR/ beudet, Bon Repos et Carrefour/2012-2014), a initié le programme de formation d’un réseau unique des travailleurs de la santé connus sous le nom d’Agents de Santé Communautaire Polyvalents (ASCP), qui constituent une catégorie très importante pour le système de santé actuel car, ces derniers contribueront à améliorer les indicateurs de santé en étant plus proche de la communauté qu’il desserve. La formation et l’insertion des ASCP dans le secteur constituaient le point d’ancrage d’une participation active de la communauté dans la résolution de sa propre santé. Pourtant, cette noble vision de la ministre n’a pas été suivie avec le même enthousiasme par ses successeurs.

Malgré la bonne volonté de la haute instance du ministère de la santé, matérialisée par la conception du Paquet Essentiel de Services (PES) de santé, et en dépit des propositions faites dans le PDNA pour combler les attentes de la population, l’Etat haïtien est encore très loin d’assurer la gestion efficace et efficiente des intrants et des médicaments essentiels et assurer leur gratuité au profit des populations les plus vulnérables sur tout le territoire.  D’ailleurs, l’idéal de justice du premier principe des SSP à savoir le principe de l’EQUITE en matière de santé, prévaut une accessibilité géographique et socioculturelle, une acceptabilité au plan technologique et technique et abordables financièrement parce que les soins de santé primaires sont le premier niveau auquel les individus, la famille et la  communauté entrent en contact avec le système de santé. Malheureusement 10 ans après, faute d’avoir mis en place un véritable dispositif de suivi post-séisme, la majorité de la population se trouve dans la situation de quémandeur pour se faire soigner. Soit par manque d’argent, soit par une carence de professionnels qualifiés car, malgré le nombre limité dont nous disposons, ils sont obligés d’aller ailleurs pour des raisons de sécurité ou à la recherche d’une meilleure condition de vie, soit la déconcentration et/ou décentralisation des institutions étatiques par le transfert des compétences, n’est pas la priorité de l’État, ce qui occasionne automatiquement l’exode rural d’où la bidonvilisation que nous vivons aujourd’hui à Port-au-Prince.

Seide Putnam LOUIS-JEAN
putnamlouisjean@gmail.com

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