GOUDOU GOUDOU: 10 ans plus tard d’autres failles inconnues peuvent semer le deuil.

Le « Goudou Goudou », puisqu’il faut l’appeler par son nom, a remodelé les univers physique et symbolique du peuple haïtien. Comme un  voleur il est venu surprendre plus d’uns le 12 janvier 2010 et, approximativement 300 000 âmes humaines ne se sont pas relevées.  Le bruit assourdissant qui a inspiré aux haïtiens le nom du tremblement de terre a rappelé à tous que les risques sismiques en Haïti sont réels. En réponse, divers acteurs ont cherché à mieux comprendre ce phénomène. Ils n’ont pas pris beaucoup de temps pour identifier un premier coupable : la faille Enriquillo. Puis, les scientifiques se ravisèrent, la faille qui a causé le tremblement de terre du 12 janvier 2010 était jusque-là  inconnue. Dix ans plus tard, vu les ressources limitées, il est de bon ton de se demander si toutes les failles dans le sous-sol haïtien sont connues et cartographiées.

Septembre 2008, des experts étrangers avaient annoncé qu’Haïti pouvait être frappée par un tremblement de terre destructeur. Située à la bordure de la plaque caraïbéenne l’île pouvait donc être victime de séisme. Les experts l’avaient placé comme deuxième zone à haut risque sismique sur une échelle de cinq. Une telle annonce aurait dû ramener dans le conscient du peuple haïtien de douloureuses pensées dont le souvenir du séisme qui en 1842 a ravagé la ville de Cap-Haïtien. Vu que dans leur inconscient collectif subsistait des traces de souvenir des séismes dont certains ont ravagé le territoire national. Mais rien de cela n’a été fait. Le peuple a continué à vaquer à ses occupations sans se soucier de ce qui se passait sous ses pieds. Jusqu’à ce que le Goudou Goudou vienne remodeler le paysage.

La faille n’était ni connue ni cartographiée.

À 4 heures 53 de l’après-midi, le 12 janvier 2010, à seulement 13 km de profondeur, une faille commença à céder à 25 kilomètres au sud-sud-ouest de Port-au-Prince. La rupture s’est propagée vers l’ouest pendant 35 secondes. De magnitude 7 ce séisme a été suivi d’une douzaine de secousses secondaires de magnitude variant entre 5,02 et 5,95 dans les heures qui ont suivi. Le phénomène sismique a été ressenti dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres et a plongé la Capitale haïtienne et diverses autres villes dont Léogane dans le chaos. La faille Enriquillo fut pointée du doigt. Puis, la communauté scientifique par le biais de l’Association Américaine des Géophysiciens désigna la vraie coupable : la faille de Léogane. Elle n’était ni connue ni cartographiée.

Après le séisme du 12 janvier 2010, le Bureau des Recherches Géologiques et Minières (BRGM), le Bureau des Mines et de l’Energie (BME) et le Laboratoire National du Bâtiment et des Travaux Publics (LNBTP) ont renforcé leur coopération. Leur étroite collaboration a abouti à une proposition de programme de microzonage sismique national, décrivant 7 secteurs prioritaires pour la mise en place des premières études. Publié en Décembre 2013, le premier rapport a décrit le microzonage sismique réalisé sur le secteur 1, couvrant la zone urbaine de Port-au-Prince sur environ 80 km2 et réparti sur les communes de Port-au-Prince, Tabarre, Delmas, Pétion-ville et Cité-Soleil.  Pour faire le point sur l’état d’avancement de ce programme, la Rédaction du journal Le Courrier de la Nation a contacté Ronaldine GILLES, Ing. MSc pour une interview exclusive.

 On a réalisé dans 5 secteurs mais le cinquième est le prolongement du premier. Il va jusqu’à Gressier.

Dix ans plus tard, le microzonage sismique de toutes les zones définies comme prioritaires n’a pas été réalisé. « On a réalisé dans 5 secteurs mais le cinquième est le prolongement du premier. Il va jusqu’à Gressier » a confié la Directrice du Projet de Microzonage sismique au Laboratoire National du Bâtiment et des Travaux Publics (LNBTP). Elle ne croit pas que nous avons connaissance de toutes les failles sismiques sous nos pieds toutefois, elle se veut rassurante « on connait les failles majeures. Celles qui ont causé le plus de séismes ou aux environs desquelles on enregistre plus de séismes ». Face à l’éventuelle existence d’une faille pouvant produire un séisme plus important que celui du 12 janvier mais dont nous ignorons l’existence, Ingénieure Gilles est tranchante « Je ne crois pas. Celle qui pourrait provoquer un séisme de plus grande magnitude est la faille septentrionale. Pour les autres, ce n’est pas trop probable. Ceci d’après certaines études» arguee l’ingénieure détentrice d’une maîtrise universitaire en sciences.

Pour l’ingénieure travaillant à l’institution publique chargée du contrôle de la qualité des infrastructures en construction dans le pays et de promouvoir l’application de normes en matière de bâtiment et de Génie Civil, l’Etat aurait dû réaliser «des études de microzonage sismique pour tout Haïti, des plans d’aménagement du territoire, des plans de prévention des risques sismiques et aussi des plans de contingence et de mitigation» mais, la réalité est toute différente.

Les explorations géologiques et des méthodes géophysiques permettent de détecter les failles. Jusqu’à date, le programme de microzonage sismique n’a pas touché les 27 500 km2 du territoire national. Face à l’éventualité de formation d’un séisme dans des zones non investiguées, les citoyens doivent entre autres utiliser les bonnes pratiques de construction.

Stevens JEAN FRANÇOIS     

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