Danger: les dispositions prises pour combler le programme de l’année académique exposent nos enfants au surmenage!

Crédit Photo : http://www.unicef.org

Comme le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) par, l’avait annoncé l’ouverture des classes a eu lieu en janvier 2020. Le calendrier scolaire initial qui avait été réparti en 189 jours de classes, statistiquement soit 945 heures de cours pour le fondamental et 1134h pour le secondaire a été modifié. La politique avait changé la donne, encore avec le phénomène de pays-lock. Avec environ 45 jours perdus, l’année 2020 s’annonce une année de dure labeur pour les écoliers-ères.

Ce n’est pas un secret de polichinelle qu’en Haïti on a un système éducatif fonctionnant à plusieurs vitesses, alors durant la période lock, on a appris que certaines écoles ont recouru à la technologie afin de poursuivre leur programme académique avec leurs élèves même quand ils étaient restés enfermés chez eux. Une tendance qui n’existe que dans peu établissements scolaires. Et, connaissant la précarité dans laquelle se trouvent la plupart de nos Écoles, ce n’est qu’une énième preuve d’exclusion. Malgré qu’à la fin de l’année précédente, les activités scolaires étaient censées reprendre timidement, cela n’empêche que littéralement les quatres premiers mois de la rentrée des classes sont fichus. En terme de performance, l’année 2019 fut l’année la plus subversive dans toute l’histoire du fonctionnement de l’école en Haïti, même la tragédie du 12 janvier 2010 commémorée en ce début de semaine, ne l’avait pas affectée à ce point. Tout cela résulte encore de l’instabilité chronique qui sévit dans le pays ces derniers temps et parallèlement qui n’est sans conséquence aucune sur ses différents secteurs clés, particulièrement celui de l’éducation. Par exemple, l’officialisation de certains jours fériés en jours de classe en est une. Un coup d’oeil sur le quotidien de nos écoliers-ères nous permettra de mieux comprendre leur calvaire…

En général, une journée de classe en Haïti commence entre 7h, 7h 45 à la rigueur 8h et prend fin de midi jusqu’à 3h p.m dépendamment du jour et de l’horaire de l’établissement en question. Autrefois, si on se rappelle bien, ce sont des bacheliers-ères qui prenaient rendez-vous avec leurs profs le week-end afin de rattraper certaines notions perdues et mieux préparer les examens à venir. À présent tout se fait différemment. Tout le monde est tenu de prendre la route 6 jours sur 7, sauf les dimanches, y compris les petits-tes de la maternelle. Compte tenu de notre approche de la religion comme peuple, celles et ceux dont la famille est de foi adventiste, vont plutôt les dimanches, toutefois c’est seulement pour des séances de rattrapages pas en tant que des heures de cours réel. Cependant, pour les écoles congréganistes, ce jour du dimanche n’est pas seulement un jour au repos, aléatoirement et obligatoirement, c’est aussi un jour réservé à la prière et la messe. Mise à part la routine scolaire, nos jolies petites demoiselles doivent également participer à l’exécution des tâches ménagères à la maison ou du moins faire la cuisine etc, avec des clichés de ce genre :  » tifi pa grandi ak kenbe yon liv nan men’w selman »! « Se depi kounya pou yo aprann kijan antreteni yon kay » etc. N’en parlons même pas des oubliés-ées du terroir (enfants en domesticité). Des consignes qui ne sont pas mauvais certes mais, il ne faut pas oublier également que le travail scolaire est d’une portée considérable duquel parents et responsables d’écoles attendent toujours des notes satisfaisantes. Ajoutant à cela, l’embouteillage monstre des rues rend la situation dix fois plus harassante que d’habitude. Souvent, de retour à la maison, la journée est loin d’être terminée avec la préparation des leçons et des devoirs qui peut aller parfois jusqu’à 22h ou plus. Et le lendemain dès l’aube, le saga continue.

Crédit Photo : http://www.newsanmwe.com

On aime dire que l’haïtien c’est ce peuple qui s’accommode très facilement à toute réalité venante. C’est un piège qu’il faut éviter car, aucun être humain ne peut travailler constamment ou du moins donner sa fine fleur s’il ne se repose pas suffisamment. Or les écoliers-ères qui majoritairement sont des enfants, pré-ados et adolescents-es, constituent la catégorie de personnes les plus fragiles. Et par conséquent, la science médicale définit ainsi le nombre d’heures de sommeil nécessaires à l’épanouissement de chaque être humain selon sa tranche d’âge respectif :
-Enfants de 3 à 5 ans : de 10 à 13 heures
-Enfants de 6 à 12 ans : entre 9 et 12 heures.
-De 13 à 18 ans : de 8 à 10 heures etc.

Considérant tous ces paramètres, il est évident que nos jeunes écoliers-ères ne se reposent pas assez et sont automatiquement exposés aux effets secondaires du surmenage. Une situation qui mérite de préoccuper l’esprit de nos politiciens-nes qui ne cessent de faire du marchandage politique avec l’éducation y compris le pays dans son ensemble. Car, le droit à une bonne éducation, à la santé, au repos et au loisir font partie des diverses recommandations faites par la Constitution du pays en ses articles 19, 32 à 32.5, et la Convention Internationale relative aux droits de l’enfant ratifiée par l’Etat haïtien en son article 31.

Viola PIERRE

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