Garantir la sécurité nationale: un défi presqu’impossible à relever

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Œuvrer pour le maintien de la paix sur le territoire, est l’une des obligations qui se rattachent à la qualité de citoyen haïtien, aux vœux de l’article 52-1 de la Constitution de 1987, version amendée. Chaque citoyen se voit donc dans l’obligation de contribuer à la procuration de la paix dans ses environs limitrophes. Néanmoins, il est du ressort du pouvoir politique en place, de s’assurer d’une politique adéquate sur l’étendue de son territoire, afin de faire prévaloir ce droit.

Sécurité nationale, un engagement de l’Etat

Tout Etat souverain a pour devoir d’assurer la sécurité sur l’étendue de son territoire. Ainsi, les nationaux et les étrangers qui y résident en sont les bénéficiaires de cette protection. Tout Etat de droit, prime par le biais de la Constitution, qui est la Loi mère de la nation, la liberté individuelle, impliquant la possibilité de pouvoir agir selon sa propre volonté, dans le cadre d’un système politique ou social. Et Haïti n’échappe pas à cette règle. La sécurité nationale est pour Frank Trager, professeur des affaires internationales à l’Université de New York, « Cette partie de la politique gouvernementale avec pour objectif, la création des conditions nationales favorable à la protection, l’extorsion de valeurs vitales contre des adversaires existants». Le but de l’Etat, pour Friedrich Leibniz, juriste allemand, est la sécurité, ce qui fait de lui un instrument de promotion de celle-ci. L’Etat est donc l’acteur principal avec pour charge de protéger la société de toutes formes de violence. La liberté des sujets de l’Etat, dépend grandement de la sécurité qu’il en procure. L’absence de sécurité constitue alors, un problème fondamental qui nécessite des propositions de solution à court et à long termes, aux fins de faire face aux menaces qui entravent l’évolution de la société.  La sécurité nationale implique donc, la défense et la protection des droits et libertés fondamentaux, le maintien de l’ordre, la paix, la tranquillité, la sécurité des vies et des biens, et la garantie de la sureté des institutions, facteurs indispensables à la participation de tout progrès social. En Haïti, il revient aux autorités étatiques la responsabilité de garantir la sécurité du pays.

Situation « alarmante » actuelle

L’inquiétude de la population haïtienne, relative à la sécurité nationale, s’amorce depuis près de deux ans. L’armée de la mort parcourt les rues, ses soldats agissent sans foi, ni loi. Personne n’est épargnée ; enfants, adultes, commerçants, citoyens, étrangers, écoliers, et même les policiers. Les affrontements de manière répétée entre les gangs rivaux perturbent la vie des quartiers du Sud de Port-au Prince, et des zones avoisinantes. Parmi les cas les plus connus; entre le 1er et 29 Janvier 2019, 4 policiers ont été tués par balles à Mont-Rouis, selon les dires du  porte-parole de la PNH, lors d’une conférence de presse en date du 29 Janvier 2019; l’attaque du 27 Mars 2019, perpétré contre le convoi de l’ambassadeur chilien a la Croix des Bouquets, qui a fait un mort et trois blessés; entre le 18 et le 19 Janvier 2020 plusieurs personnes ont été tuées et brulées à Martissant; le 23 Janvier 2020 un ancien agent du Corps d’intervention de Maintien de l’Ordre, et sa fillette de 13 ans, ont été assassinés ;Plusieurs cas d’enlèvements s’enregistrent depuis peu au sein de la capitale. Les libertés individuelles sont donc restreintes, les citoyens s’efforcent de survivre au jour le jour dans un sentiment de crainte, de désolation et de résignation.  L’insécurité alimente en grande partie l’instabilité politique et génère une paralysie générale pour la société haïtienne. Elle s’initie dans tous les domaines de la vie. L’accord conclu le 8 Mars 2019 incluant un prêt du FMI, d’un montant de 229 Millions de Dollars, porteur d’optimisme dans une économie en berne marquée par une inflation de 17% et une dépréciation de la devise nationale, se voit être en attente de la constitution d’un gouvernement. Le 21 Novembre 2019, plusieurs organisations humanitaires en Haïti, ont exprimées leurs préoccupations face à l’ampleur de la crise alimentaire qui fait rage, près de 40% de la population seront touchées, si, d’ici Mars 2020 aucune mesure n’est prise pour y remédier, suivant la publication des résultats du Cadre Intégré de la Classification de la Sécurité Alimentaire, par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA). La hausse des prix des denrées de base, la sécheresse de 2018, en ajout aux troubles socio-politiques conditionnant l’insécurité entrainent l’inaccessibilité a la nourriture aux ménages les plus pauvres. Les organisations humanitaires ainsi que les autres acteurs sont donc dans l’impossibilité d’apporter leurs aides aux personnes les plus vulnérables, à cause de l’insécurité. Le peuple s’impatiente. Le Chef d’Etat de son côté lance un appel d’urgence afin de mettre en place, un plan favorable à la sécurisation et à la garantie de l’intégrité nationale face aux menaces internes de paix. Le 12 Mars 2019, le Président a réactivé la Commission Nationale pour le désarmement, le démantèlement, en vue de réduire la violente lutte contre l’insécurité. Face à ce bouleversement national, il est primordial de s’interroger sur l’institution chargée de la défense interne du territoire et du maintien de la paix. Qui est ce qui est chargée de surveiller la détention et l’autorisation des ports d’armes ? 

Défaillance des forces de l’ordre 

Aux fins de créer un corps professionnel de police civile, avec accent sur la protection des vies et des biens. La Police Nationale d’Haïti a été créée par la Loi du 29 Novembre 1994, son siège social est à Port-au-Prince. Elle est placée sur l’autorité titulaire du Ministère de la Justice, elle est donc séparée des forces armées. Ces membres sont formés et spécialisés à l’Académie Nationale de Police et à l’Ecole Nationale de Police. Instituée comme auxiliaire des pouvoirs publics afin de maintenir l’ordre, elle a pour mission d’assurer la protection et le respect des libertés des personnes, des vies et des biens, maintenir la paix, la sécurité et la salubrité publiques. Contrôler la détention et le port d’armes sur le territoire national fait également partie de leurs attributions. Il revient au CSPN, qui se définit comme le Conseil Supérieur de la Police Nationale de définir la politique et les stratégies nationales en tout ce qui concerne les missions de l’institution. Le conseil se compose du Premier Ministre, du Ministre de la justice, du Ministre de l’Intérieur, du Directeur General de la PNH, et de l’Inspecteur Général en chef de la Police. En cas de circonstance exceptionnelles, nécessitant le renforcement des mesures de police, l’avis préalable du CSPN est obligatoire. La direction chargée de veiller à la sécurité publique, la protection des personnes et des biens, ainsi que de garantir le bon ordre et la paix sur le territoire relève de la compétence de la Direction Générale. Maintenir un registre national des demandes de détention et l’autorisation de port d’armes, en émettre des certificats de détention s’énumère pareillement dans leurs attributions. Cependant, même étant dotée d’une direction des affaires criminelles et de la lutte contre le banditisme, ainsi qu’une direction du renseignement, les compétences de la Police Nationale d’Haïti sont défiées par l’armée des soldats de la mort en permanence. 

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Cette armée opposante et malfaisante, serait-elle mieux équipée que l’institution charger de maintenir l’ordre au sein de la population ? Le déchaînement des soldats de la mort à vouloir réduire la population en situation de deuil répété, est-il le fruit de l’impunité de leurs actes odieux ? La PNH, arrivera-t-elle un jour à relever le défi de mettre fin à l’insécurité ? Tant d’interrogations !!!   M. Jean Pierre Lacroix, Secrétaire Général Adjoint pour le maintien de la Paix auprès de l’ONU, pour sa part soutient que « Les capacités de la Police Nationale d’Haïti à endiguer les violences contre les gangs armés est mise à rude épreuve »

Saphir Paulémon,

Juriste

Saphirpaulemon@outlook.com

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