LES BARRICADES PERDURENT!

Bientôt la théorie du pire refera surface .

Durand les mois ecoulés, le mot « BARRICADE » a été l’un des termes les plus courants de notre vocabulaire quotidien. Du Nord au Sud, de l’ Est à l’Ouest deux heures ne pouvaient se passer sans l’utilisation de ce terme devenu combien populaire. Projets barricadés, rêves barricadés, avenirs barricadés, la vie entière barricadée. Certains en souffraient plus que d’autres. Plus d’un en étaient dégoûtés, terrorisés, traumatisés. D’autres y prennaient goût. D’une part il y avait ceux qui se demandaient jusqu’à quand ce cauchemar. D’autre part il y avait ceux qui disaient: enfin, il comprennent ce que signifie n’avoir accès à rien. Ou plutôt ils comprennent enfin ce que nous endurons tous les jours. Ces derniers parlaient ainsi parce que chaque seconde de leur vie se résume en un fatigant combat face à une multitude de barricades virtuelles. Pas de tronc d’arbres pour empêcher leur circulation mais il n’ont jamais eu accès aux services sociaux de base. Pas de barrage en tôle sur leur chemin mais ils n’ont jamais su ce que signifie circuler en voiture, se balader en compagnie de camarades de classe, aller à la plage, boire dans un bar. Pas de décombres ou de grosses pierres sur leur passage, mais ils n’ont jamais connu la saveur de l’aventure de l’exploration etc. Jamais Ils n’ont osé espérer que leur lendemain serait mieux. Il n’ont pas droit à un tel luxe. Donc, de leur naissance à leur mort( souvent tragique), ils sont coincés entre les flammes du désespoir et les mille mètres d’épaisseur de la muraille miséreuse la plus infecte. Ils sont toujours barricadés. Durant cette periode de crises, ils n’avaient absolument rien à perdre. La mise en pratique de la théorie du pire en matérialisant les barricades auxquelles ils font face tous les jours, n’était pour eux qu’un passe-temps. Théorie du pire, nous les entendions la clamer de temps en temps: « si nous n’avons rien, que tout le monde n’ait rien. Si les enfants des rues ne peuvent, eux aussi, aller à l’école, que l’école reste fermée pour tout le monde. Swa Ayiti paradi pou nou tout, oubyen li lanfè pou nou tout. » Il y avait malheureusement une dure vérité qu’ils essayaient de faire entendre à ceux dont cette pratique terrorisait le plus: ils n’avaient absolument rien à perdre. Rien à perdre, donc rien à foutre! 

Nos dirigeants ont, depuis toujours, choisi délibérément de dresser des barricades face à nos projets, nos rêves, nos belles ambitions, face à notre avenir en général. Ces derniers mois les plus marginalisés donnaient chair aux barricades systémiques à travers des pneus enflammés, des troncs d’arbres, des barrages en tôles, des grosses pierres etc. Ils les dressaient sur les différents axes routiers conduisant aux endroits où l’on concerte leur misère.

 Quand des hommes en costards circulant dans des grosses cylindrées blindées, planifiant minutieusement la meilleure façon de dresser des barricades face à l’avenir de la jeunesse de tout un pays, on les appelle dirigeants, officiels, autorités. Quand les éternelles victimes bloquent les rues avec tout ce qu’elles trouvent sur leur passage, nous leur attribuons les qualificatifs les plus répugnants, les plus dégoûtants, les plus humiliants. Je ne suis pas pour cette pratique. Loin de là. Mais nous devons admettre que le mal existe des deux cotés. La différence est que là où l’on planifie les barricades virtuelles, non seulement le mal existe, mais aussi il est infini. Nous refusons de comprendre que quand certains n’ont accès à rien, ceux ayant un minimum subiront les conséquences tôt ou tard.

Indubitablement, certains de ces leaders qui passaient les mots d’ordres de barricades souhaitaient et souhaitent encore que la vie de leurs exécutants ne change jamais. Car ils auront besoin d’eux pour des pratiques politiciennes malsaines. Mais nous admettons aussi que c’est une pratique qui a déjà donné des résultats. On a besoin un peu d’électricité, on bloque une rue et l’État réagit positivement. Des enseignants ont plusieurs mois d’arriérés de salaires, ils bloquent un carrefour, l’État leur paie quelques mois etc. Mais un pays ne peut pas continuer à fonctionner comme ça. C’est carrément ignoble! 

Ces mêmes dirigeants qui dressent toute sorte de barricades afin d’empêcher que la majorité ait accès à l’éducation, voulaient que les victimes comprennent que des enfants avaient besoin d’aller à l’école, puisqu’on devrait démarrer avec les cours depuis le 04 septembre 2019. Mon œil ! Mais bien sûr qu’elles ne pouvaient pas comprendre et ne comprennent pas trop l’importance de l’école puisque nos dirigeants ont tout fait pour qu’elles n’y mettent jamais les pieds. C’est plus que logique. Que les portes des écoles soient fermées ne signifie pas grand chose pour elles. Barricader les voies conduisant aux établissement scolaires est tout à fait légitime pour elles. Cela nous fait beaucoup de mal mais les choix de nos dirigeants n’auraient jamais d’autres conséquences.

Il faut noter toutefois que les barricades qui entravaient notre libre circulation dans les rues n’étaient rien du tout comparées à celles dites virtuelles que le système nous impose quotidiennement. On a quoi comme résultats depuis qu’on a enlevé les barricades sur les routes pendant qu’on continue à instaurer celles qui rendent impossible la matérialisation de nos rêves ? Nos rues ne sont pas vraiment débloquées puisque nous ne brisons pas encore les barricades qui coupent l’accès à la construction de notre personnalité, de notre civilisation, de notre volonté de grandir, de produire et d’inventer. Ces barricades systémiques réduisent notre jeunesse à une question d’âge. Alors que, être jeune devrait signifier être rêveur, ambitieux, fonceur, inventeur, créateur, rude travailleur, profiteur de la vie, fêtard. Être jeune devrait être synonyme d’espoir, de beauté, de force redoutable, d’innovation ou de beaux changements etc. Comment nos dirigeants arrivent-ils à imaginer que nos rues sont definitivement débarricadées pendant qu’ils continuent à barricader le rêve de tout un peuple? Qu’ils le sachent, ils se mentent gravement! Que les grands patrons, eux aussi, sachent que le circuit menant à leurs entreprises sont toujours bloqués parce qu’ils continuent d’appliquer le code noir en lieu et place du code du travail. Les leaders de l’opposition pensent qu’ils ont le contrôle de ce mouvement. Mais cela leur frappera en plein visage lorsqu’ils seront au timon des affaires, par le simple fait que tout ce que certains d’entre eux souhaitent, c’est qu’il y ait toujours d’enfants non éduqués pour exécuter leurs manœuvres politiciennes. Le pouvoir en place crie victoire, parce qu’il a reussi à débarrer les rues. Mais les causes de cette pratique s’aggravent jours après jours. Et ces causes constituent les vraies barricades à anéantir. Nos dirigeants enlèvent les barricades qui ont été dressées par les opposants mais ils dressent les leurs. Car leur jeux sont toujours destinés à plaire à une frange de la bourgeoisie haïtienne; leurs décisions ne sont faites que pour satisfaire le désir de la communauté internationale; la corruption est leur seul bilan et, accuser l’opposition, est la seule excuse liée à leur lamentable échec; les gangs armés remplacent authomatiquement les barragent qui empechaient notre libre circulation, et l’Etat ne fait rien pour y mettre un terme. Nous sommes donc plus barricadés que jamais.

BARRICADES, stratégies de dénociation et de résistance des opposants du pouvoir actuel durant les mois ecoulés, mais aussi futures stratégies certaines des dirigeants actuels lorsque leurs rôles seront inversés. Ce n’est pas du tout ce que nous souhaitons.  Mais que nous est-il permis d’espérer ?

Widly CARPENTIER/Sagittarius

catpentierwidly@yahoo.fr

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