Arriver à détenir une pièce d’identité en Haïti : un vrai parcours du combattant!

Manque de professionnalisme, problème de structure, de ressources humaines et matérielles se posent comme obstacles majeurs à la détention d’une pièce d’identité en Haïti. Pour une frange importante de la population un vrai calvaire. Malgré le fait que la Constitution haïtienne donne à chaque personne ayant atteint l’âge de la majorité le droit de posséder certaines de ces pièces, jusqu’à date on est encore loin de respecter ses règles. 

En 2005, sous la gouvernance du Président Boniface Alexandre, un décret a été publié sur les différentes dispositions qu’on devrait prendre pour garantir à chaque Haitien-enne le droit à l’identification. 

L’article 1er  fait obligation à chaque citoyen-enne d’avoir une identification. « L’identification de toutes personnes physiques vivant sur le territoire national est obligatoire. L’identification des haïtiens-ennes est effectuée par la carte d’identification nationale. Celle des étrangers résidents est effectué par leur permis de séjour. Celle des diplomates étrangers et de leur famille titulaires d’un passeport diplomatique est effectué par une carte diplomatique délivrée par le Ministère des Affaires Étrangères». Ainsi, la carte d’identification Nationale  révèle d’une importance particulière. 

En plus du CIN, certaines pièces comme le Numéro d’Identification Fiscale (NIF), l’Extrait des Archives, l’Acte de Naissance, le Permis de conduire, le Passeport sont très importantes. Pourtant, malgré les différents articles faisant état des nombreuses dispositions inclues dans le décret, environ 15 années après, le droit à l’identité reste un pari à gagner. 

Les difficultés dans des sections communales

Marie-Jose Jean, Nord’Ouesienne, habite à Dispite une localité se trouvant dans  la première section communale de Jean-Rabel. Elle raconte ses difficultés par rapport à ses déplacements pour pour avoir droit à  ses pièces. «Ça fait des années qu’on fait face à ce problème dans notre section communale. On s’est obligé de parcourir des kilomètres pour trouver un bureau pouvant nous faciliter d’avoir la carte d’identité Nationale. Parfois, on doit se lever de très tôt soit vers les 5 heures du matin afin de trouver une place dans les lignes d’attente. Malgré le fait qu’on est arrivé un peu tôt dans la matinée, parfois on retourne à la maison sans avoir eu la chance de faire la pièce », explique t-elle. Elle raconte que sa fille a atteint l’âge de la majorité depuis tantôt deux années, mais elle  ne peut pas avoir sa carte par rapport au trajet qui parrait trop long. Elle avance que pendant certaines périodes électorales, la situation s’améliore car on veut leur faciliter de voter pour un quelconque candidat.

 La situation n’est pas trop différente pour la majorité des sections communales du pays. En plus du fait  que le problème parrait compliqué pour la Carte d’identification Nationale, il en est de même pour les Actes de Naissance, les Extraits des Archives et les Matricules Fiscales. Et c’est pour cela que les habitants préfèrent avoir  seulement leurs cartes d’identification Nationale pouvant leur faciliter de voter et de recevoir des transferts venant de l’étranger. 

Dans la majorité des cas, dans les zones de province, il n’existe que des bureaux centraux pour  les Mairies et les Directions Nationales des Impôts (DGI) qu’on place dans les grandes villes. Mis à part ces deux bureaux, on ne retrouve presqu’aucun annexe pour les sections communales. Du coup, les gens doivent parcourir des kilomètres pour faire un acte de Naissance pour les nouveau-nés. Et malgré cette difficulté, une grande partie de ces actes de Naissance ne sont pas toujours enregistrés aux Archives Nationales, et c’est par rapport à ce problème que les parents sont obligés de faire la demande de ces pièces soit dans la grande ville de leur département ou dans la capitale de Port-au-Prince. 

Matine Dessources, mère de 4 enfants, habitant dans une localité à Beaumont, dans le département de la Grand-Anse, raconte que lui et ses enfants  ont raté un voyage vers les Etats-Unis suite au décès de son mari par rapport à leurs actes de Naissance qui n’étaient pas enregistrés. «Quand mon mari est décédé, j’avais un cousin qui a commencé  à entreprendre les démarches pour que mes enfants et moi puissions participer à ses funérailles. Quand je devrais faire les Extraits des Archives, on m’a dit que nos actes de Naissance n’étaient pas enregistrés. Et malgré les différentes démarches qu’on a fait pour avoir les Extraits dans un bref délai, on a pas eu la chance de les avoir et on a raté le voyage. Depuis ce jour j‘en veux toujours aux responsables de ce pays», Confie la Veuve. 

Le manque de professionnalisme

Si le problème est présent dans les sections communales, il n’est pas aussi different pour la capitale en ce qui a trait à certaines pièces comme la carte d’identification Nationale et les Matricules Fiscales. 

Certaines institutions ont fait à des postulants-es l’obligation de donner leur Matricule fiscale quand ils-elles doivent déposer un dossier pour un travail. Et parfois, pour respecter ce principe ça devient une galère. JeanBa***, victime de cette situation explique ce qu’il  a enduré. «Le mois de Janvier dernier j’ai déposé un dossier dans une institution pour une demande d’emploi. Les responsables m’ont fait l’obligation de donner une copie de ma Matricule Fiscale  après l’entrevue pour finaliser le processus d’emploi. Étant donné que je ne l’avais pas encore renouvelé, j’allais faire la demande. La première fois que je me suis rendu à un bureau de la Direction Générale des Impôts se trouvant dans la Mairie de Tabarre, la dame qui devait me servir m’avait dit qu’il y a un problème de signal. Je suis retourné chez moi et j’y suis revenu après deux jours, le même problème persistait encore. J’ai décidé de changer de bureau et  je suis allé à la DGI de Tabarre. La pièce devait me coûter 750 gourdes, la dame m’avait demandé de donner 1000 gourdes. Je ne voulais pas donner les 250 gourdes de plus et je suis retourné chez moi. 3 jours après, je me suis rendu à la Mairie de Croix-des-Bouquets et malheureusement il n’y avait pas de fiches pour rentrer les informations. Du coup, après environ une semaine je ne pouvais pas trouver le NIF et j’ai perdu la possibilité de trouver ce nouvel emploi»,  regrette JeanBa***, qui jusqu’à date, a du mal pour accepter ce qui s’était passé. 

Les problèmes de matériels et de professionnels-elles

En 2019, avec la nouvelle Carte d’identité, les responsables de l’Office National d’identification (ONI) avaient obligé à tous-tes  les haïtiens-ennes de faire cette nouvelle carte d’identité unique. Un premier délai de 31 decembre 2019 avait octroyé pour posséder cette carte. Malgré tout, aucune grande disponibilité n’a pas été prise pour etablir  des bureaux dans certaines zones. Du coup, un nouveau délai a été fixé, soit le 31 Mars 2020, jusqu’à date les lignes sont encore bourrées de gens et il y a une grande partie de la population se trouvant dans des sections communales qui ne sont même pas au courant de cette  décision. Cependant, certaines institutions ne veulent pas recevoir les anciennes cartes malgré le fait que la date a été avancée et la difficulté de trouver des services dans certains bureaux persiste encore . 

Certaines personnes avouent qu’ils avaient trouvé la chance de faire cette nouvelle carte après 2 à 3 voyages dans les bureaux. D’autres ont été obligées de venir de très tôt dans les bureaux, soit vers les 5h, 6h du matin alors que les bureaux s’ouvrent habituellement vers les 8 heures. Dans la majorite des bureaux il n’y a pas ni chaises ni bancs.  Parfois, il y a des bagarres dans les lignes d’attentes. Certaines personnes profèrent des injures à certaines autres pour garantir leurs places. Les responsables de sécurité les maltraitent. Une situation très compliquée mais qui est loin d’être résolue par rapport au manque de ressources humaines et matérielles. 

A la Mairie de Tabarre, il y a environ  une centaine de personnes qui fréquentent ce bureau pour faire cette nouvelle carte quotidiennement. Malheureusement, pour les 100 personnes environ, il n’y a que deux bureaux à raison d’une personne par bureau pour servir les gens.

Les responsables étatiques qui se soucient du bien-être de leurs citoyens-ennes et du développement durable de leurs pays devraient prendre des dispositions efficaces pour garantir à chacun ce droit combien important pour l’inclusion des citoyens-ennes au sein de la société. Mais en Haïti, tout est luxe, même la détention d’une pièce d’Identification. 

Widelie Carlvanie OLIBRICE

widelie122@gmail.com

*** Ce nom a été emprunté pour préserver l’identité du sujet. 

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