Le port exigible des talons dans les administrations: une forme de discrimination ?

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La femme haïtienne, dans son incapacité

Avant le XIX eme siècle, la femme haïtienne était considérée comme une « mère-poule », une voix sans écho. N’ayant pas été reconnu comme une personne a part entière, elle s’identifia à la liste des incapables de la société. Ce qui occasionnait sa tutelle à une figure masculine, soit de son paternel, et, à défaut de ce dernier, un frère grand ou petit. Celle-ci, même étant majeure, faisait face à la prohibition d’entreprendre les actions de la vie civile sans l’autorisation de son tuteur, à l’instar du père, ou du frère, avant le mariage. Au moment où elle s’engageait dans les liens du mariage, cette tutelle était alors transférée du parent à l’époux. La femme se trouvait donc à la merci de la gente masculine, ne pouvant en rien engager sa responsabilité sans l’autorisation préalable d’une figure masculine. Elle ne pouvait intenter une action en justice, qu’avec l’autorisation de son mari, c’est également lui qui administrait tous les biens de cette dernière. 

Femme haïtienne, titulaire des droits

La convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme, ainsi que le décret-loi du 11 janvier 1944 fixant un nouveau statut a la femme mariée, ont beaucoup influencé l’élimination de toute attitude discriminatoire à l’égard des femmes haïtiennes. De 1942, par le biais d’un décret-loi, permettant à la femme haïtienne mariée à un étranger de garder sa nationalité dans le mariage, au décret du 8 octobre 1982 sur l’émancipation de la femme mariée ; pris sous l’impulsion de Michelle Bénette, qui était alors Première Dame de la République. Ce décret a relevé toutes les interdictions auxquelles était frappée la femme mariée. Son droit évoluait, au fur et à mesure. Le code du travail en son article 316, reconnait, tant qu’à l’homme qu’a la femme les mêmes droits et les mêmes obligations, sous l’empire de la législation du travail. La remise en fonction du Secrétariat, devenu Ministère a la condition féminine en 1994, n’a fait que renforcer le processus de la reconnaissance des droits de la femme. Le mariage n’affecte plus la capacité juridique des époux, ils choisissent de concert la résidence de la famille, pourvoient ensemble à l’entretien et à l’éducation de leurs enfants. La Constitution haïtienne, en sa version amendée, tient en compte de l’implication de la femme dans la vie quotidienne, il prévoit donc en son article 17.1, le principe du quota de 30 % de femmes dans tous les niveaux de la vie nationale. La législation haïtienne évoluant avec les réalités de la société, a fini par reconnaitre les droits de la femme dans son intégralité. Cependant, certaines discriminations ne cessent de s’accroitre dans plusieurs traits qui touchent à son quotidien.

La convention concernant la discrimination de 1958, en son article 1 Al. B, définit la discrimination, comme « Toute autre distinction, exclusion ou préférence ayant pour effet de détruire ou d’altérer l’égalité des chances ou du traitement, en matière d’emploi ou de profession. » Hormis des textes légaux qui prévoient le fonctionnement des entreprises sur le territoire, chaque institution détient à sa disposition un ensemble de règlement interne, avec des principes qui lui sont propres. Il arrive parfois, que certains de ces règlements relatifs au recrutement de l’entreprise, ou encore l’accessibilité à un poste, requiert des exigences qui altère l’égalité des chances en la matière. Un travail intellectuel devrait requérir les compétences intellectuelles des recrues, et non obliger les sujets à porter des accessoires. Certaines femmes, évoluant dans les administrations privées et publiques, se voient refuser l’accès a certains postes, juste parce qu’elles sont dans l’incapacité de porter certains objets que la gente masculine, en leur qualité de responsable hiérarchie impose comme un des éléments essentiels pour le poste.  

Affectées au service de protocole au sein des administrations, ou encore à la secrétairerie, ces dernières se trouvent assez souvent dans l’obligation de suivre un code vestimentaire, étant contrainte de porter des talons. D’autres se voient exclues catégoriquement, juste parce qu’elles admettent ne pas être en mesure de porter les chaussures de la sorte, en raison des problèmes de santé. Le port des talons, ne garantit en rien la compétence intellectuelle à pouvoir répondre aux critères d’un travail du même niveau. Les talons sont qualifiés au même rang que les bijoux dans le monde féminin, avec pour finalité de d’embellir la silhouette féminine, ils ne devraient pas faire l’objet d’exigences professionnelles. Certaines femmes, en raison des problèmes de santé, qui sont dans l’incapacité de se courber à l’obligation des talons, ne devraient pas se sentir exclues de la possibilité d’accéder à des postes pour lesquelles elles sont jugées apte, à être embaucher. 

En un jour spécial pour la communauté féminine comme le 8 mars, il est important de se questionner sur les nombreuses discriminations porter à l’endroit de la femme, qui devrait être écarter. Car, aucun accessoire ne peut contribuer à la performance intellectuelle d’une femme. Obliger une femme à porter des talons, pour qu’elle puisse maintenir un emploi, ou du moins y avoir accès, est similaire au fait de la forcer à se maquiller, ou encore à porter des bijoux. Tous, faisant partie d’accessoires esthétique devraient être le fruit d’une envie, et non d’une obligation professionnelle. Oui, il est nécessaire a chaque institution d’imposer des normes, des règlements internes, néanmoins, ces principes ne devraient en rien expulser une catégorie de la gente féminine, ou les obliger à un code vestimentaire non nécessaire.

Saphir Paulémon

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