CUBA – COVID 19 : la réponse d’une éducation dédiée à la citoyenneté et à la solidarité internationale.

La crise sanitaire mondiale provoquée par le COVID-19 révèle aux yeux de tous les faiblesses des systèmes de santé de plusieurs pays dits développés, enfoncés dans leur ultra capitalisme dit néolibéral qui consiste à se libérer de toute contrainte dans une recherche effrénée de la rentabilité financière des capitaux.

Aujourd’hui, les capitaux sont là, singulièrement énormes d’un pays ultra capitaliste à l’autre mais la pandémie COVID-19 ne cesse d’exploser de jour en jour en termes de cas confirmés et de pertes en vies humaines. Ces pays, qui ont une forte culture postmoderniste, font face à une crise sanitaire qui devient catastrophique en raison des réponses politiques qu’ils ont formulées sur la base d’idées toutes faites, imprégnées de préjugés. Cette situation de crise sanitaire mondiale a surpris l’arrogance de ces sociétés super structurées; et cela incite bon nombre d’analystes à s’empresser de soutenir l’idée que cette conjoncture va déboucher sur d’autres crises à portée économique, financière et diplomatique, mais aussi qu’elle pourrait conduire à l’émergence d’un nouvel ordre mondial.

Certainement, après la pandémie de COVID-19, le monde ne retrouvera pas la situation précédente à l’identique. Le propre d’une crise, c’est de faire émerger un élément de nouveauté inattendu. Mais tout dépend des changements qui vont se produire. Par exemple, la solidarité témoignée par Cuba en cette pleine pandémie, aura sans aucun doute un impact sur ce changement. Ce n’est pas comme une Haïti non dirigée qui sombre dans le ridicule devant le COVID-19.

En effet, pendant que les dirigeants haïtiens se sentaient confortables dans l’assistanat, il y a plus de cinquante ans, l’île de Cuba se débrouillait avec ses propres ressources. Cinquante-huit ans de résistance à l’impérialisme américain à cause d’une vision politique qui voulait défendre, et en fait défendait la souveraineté de la révolution et la justice sociale qui y avait été établie. La base de la révolution cubaine a privilégié les idéaux humanistes, progressistes et le communisme comme praxis politique. Cette vision, instaurée par des dirigeants éclairés et soucieux de grandeur, prône  la paix, la justice et la solidarité en tant que valeurs.  Les États-Unis, entraînant dans leur sillage divers pays alliés et soumis, considèrent Cuba comme un État à dirigeants dangereux, dictateurs, étiquetés comme les staliniens des Caraïbes. Les dirigeants cubains, en particulier Fidel Castro, sont les rares hommes d’État qui ont toujours, courageusement, refusé la vassalisation de leur patrie au profit des États-Unis. Comme Etat prétendument des plus démocratiques, les Etats-Unis ont imposé à Cuba un embargo qui dure depuis près de 60 ans. L’éducation à Cuba est gratuite et obligatoire pour tous. L’analphabétisme est quasi inexistant ; la santé demeure un facteur essentiel de l’État sans équivalent dans le monde et le racisme est combattu comme dans toute véritable société humaniste. Mais ce que cette révolution a le plus accompli grâce à son système d’éducation et d’enseignement, c’est de porter les citoyennes et citoyens cubains à atteindre une large compréhension du monde.

La propagation du COVID-19 à travers le monde est une opportunité pour les Cubains de montrer par le déploiement de leurs médecins dans plus de quarante pays que la solidarité entre les peuples peut exister réellement et que cette solidarité peut s’incarner comme l’expression d’un véritable droit humain. Cette démonstration ne serait possible sans un vrai système d’éducation et d’enseignement à Cuba.

Crédit Photo: http://www.lexpress.fr

Cette leçon de solidarité que les Cubains sont en train d’enseigner au monde doit servir à inspirer et enrichir le savoir-être haïtien. Cette crise sanitaire a pour de bon fait tomber les masques et l’Haïtien doit revenir aux questions fondamentales de son existence. C’est le moment pour lui de se demander par exemple, quelle est l’importance de son existence s’il n’est pas utile à lui-même et capable d’aider le monde en aucune circonstance ? Quel type de citoyen est-il ?  Comme un viatique indispensable en ce moment de crise qui est aussi un moment de réflexion à la maison par le confinement, Hannah Arendt semble interpeller l’Haïtien/Haïtienne  quand elle avance dans son livre intitulé « La crise de la culture » que «l’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité, et de plus, pour le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et sans cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus…»

Comme Cuba après sa révolution, Haïti n’était pas accepté par les puissances européennes et les États-Unis qui voyaient d’un mauvais œil une république nègre qui pourrait donner des idées de rébellion  aux esclaves américains. Haïti avait connu dans un premier temps son isolement pour avoir osé briser l’ordre colonial. Mais là où les Cubains ont résisté, les Haïtiens du XXIe siècle ont, hélas, l’air minable. Ils ont laissé filer leur prestige. Le choix de se sentir confortable dans l’assistanat, d’être toujours l’objet de pitié aux yeux des autres a miné la belle histoire d’Haïti qui a fasciné le leader de la révolution cubaine, Fidel Castro.

La situation d’urgence que le COVID-19 a imposée dans le monde ne pouvait pas servir d’échappatoire à l’Haïtien/Haïtienne. Le projet politique haïtien n’a jamais mis au premier plan la reconstruction de l’être haïtien. Au contraire, la situation d’extrême vulnérabilité du pays face au COVID-19 est la conséquence de décennies de mauvaise gestion politique, de corruption et d’absence de vision claire dans la construction d’un pays dépourvu de tout, mais le plus inquiétant demeure l’absence aujourd’hui d’une conscience citoyenne.

On ne peut pas avoir de conscience citoyenne dans un pays sans un projet éducatif réel et définitif. Haïti a toujours une approche de l’éducation d’assistance et caritative. Cette logique d’approche correspond à des campagnes de récoltes de fonds visant à faire face à des situations d’urgences et de famines dans les pays en développement. Les ONGs et l’église sont les principaux acteurs impliqués dans la mobilisation de l’aide et se révèlent  les seules bénéficiaires. Les solutions avancées pour pallier les problèmes de développement en Haïti ont toujours un prisme démagogique et dépendent uniquement de l’aide fictive des pays les plus riches. La générosité individuelle est sollicitée sur la base d’images catastrophiques, stéréotypées et hors contexte dans lesquelles l’Haïtien/Haïtienne  apparait diminué-e et passif-ve face à ses problèmes.

La révolution cubaine a pu comprendre que l’éducation est indispensable au développement et à la construction d’esprits ouverts sur le monde. Cette compréhension contribue à la formation et à la construction personnelle des jeunes cubains-cubaines qui sont appelés-es aujourd’hui à agir dans -et sur- le monde. Il est temps que l’Haïtien prenne connaissance – de la complexité des relations économiques et sociales qui se tissent entre les différentes nations ; de la mesure des inégalités qui structurent la planète – et comprenne en quoi elles sont vectrices de tension, mais aussi découvre des moyens de les limiter. S’il est certes vrai que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », cette conscience ne peut mener à des changements majeurs sans s’adosser à un solide bagage scientifique et à une connaissance profonde de notre existence et de notre environnement. On ne peut pas envisager de changer le monde sans le comprendre. C’est l’intérêt de cette éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale. Un pari que les Cubains ont gagné pendant plus de cinquante ans dans l’isolement international.

Aujourd’hui, le monde est en train de comprendre la fameuse phrase d’Albert Einstein ainsi formulée :       « une nouvelle manière de penser est nécessaire si l’humanité veut survivre ». Qu’en est-il pour l’Haïtien ?

Peterson BLANC

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