Haïti: des ambulances que de nom!

Les ambulances, ces véhicules spécialement adaptés permettent  le transport sanitaire terrestre de toute personne (bébé, enfant ou adulte)  qui nécessite un accompagnement ou un soin intensif d’urgence. Cet élément primordial à la préservation de la vie et l’évitement de dommages sanitaires est malheureusement négligé en Haïti.  

Les accidents sont des événements imprévus, soudains et involontaires. Quelque soit leur type, ils peuvent causer de graves dommages. Dans certains cas, les victimes nécessitent une prise en charge. Pour éviter le pire, des personnes maîtrisant les gestes de premier secours doivent assister ces victimes avant et pendant leur transfert en milieu hospitalier. Pour que leur intervention soit couronnée de succès, ces professionnels du secourisme doivent avoir accès à la logistique nécessaire. D’où, l’impératif d’aménager des véhicules leur facilitant la tache : les ambulances.

Centre Ambulancier National (CAN), Sam Ambulancier, Haïti Ambulance, Croix-Rouge et Hero offrent des services ambulanciers dans le pays. Présent dans 7 départements géographiques du pays, le CAN est incontestablement le leader national dans le transport  des malades, blessés ou parturientes vers un établissement hospitalier. Fondé en 2012 et placé sous la houlette du ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), le CAN dispose de plus de 70 véhicules adaptés et aménagés pour mener à bien sa mission consistant à  « porter assistance et secours aux blessés, aux malades, aux femmes enceintes, et aux personnes dont le cas le nécessite, sur l’ensemble du territoire national, à travers son réseau ambulancier terrestre, aérien, et maritime, lequel fait partie intégrante de la chaîne de prestation de soins du Ministère de la Santé Publique et de la Population ».

Selon la version officielle datée de 2018, les ambulances du CAN sont catégorisées en deux types. Les premiers sont équipés de matériels de relève et de contrôle des signes vitaux. Les seconds quand à eux sont à structure d’intervention et équipés de médicaments et d’appareils comme les défibrillateurs cardiaques. Moins de deux ans plus tard, les peintures en trompe œil sont défraîchies. James Jean Pierre, secouriste depuis 2006 et Coordonnateur du Groupement des secouristes d’Haïti a accordé une interview exclusive à la rédaction de Le Courrier de la Nation en vue de faire le point sur la situation actuelle.

Il se souvient encore de sa première impression la première fois qu’il a mis son pied dans une ambulance. «J’étais ému et stressé par l’envie de bien faire» nous témoigne-t-il. Avec le temps, il a acquis de l’expérience. Il a fini par s’adapter à la situation sur le terrain. Pour lui, une ambulance est « un véhicule adapté pour transporter une personne malade ou accidentée. Le véhicule doit avoir les équipements (matériels) pour pourvoir fournir les soins efficaces pour chaque malade. À d’exemple, il faut des attelles pré fabriqué.»

Fort de ses nombreuses années d’expérience, le formateur en secourisme est bien placé pour faire l’état des lieux. « Au CAN nous utilisons des ambulances simples. On a des équipements légers. Il devrait y avoir d’autres types  d’ambulances. Pour transporter un malade, il faut une ambulance adaptée à son cas. On ne peut pas mettre quelqu’un qui a une facture de la colonne vertébrale sur une civière seulement,  il faut mettre un plan dur et d’autres matériels permettant de l’immobiliser (bloc, sangle)  pour qu’il n’y ait pas de complication » nous a-t-il confié.

Plaidant pour que les ambulances aient le minimum : civière, plan dur, oxygène, trousse de secours et matériel d’immobilisation. Le professionnel a tenu à illustrer ses propos par cet exemple « Dans des pays comme l Allemagne, on a des ambulances qui ont des matériels pour réanimer un malade en arrêt cardiaque pas seulement un simple DEA (Défibrillateur Externe Automatisé)  mais plutôt des appareils qui peuvent réanimer une victime rapidement ».

En France, l’Arrêté du 12 décembre 2017 fixant les caractéristiques et les installations matérielles exigées pour les véhicules affectés aux transports sanitaires terrestres, mentionne en Annexe les différents équipements que doivent avoir les ambulances en fonction de leur typologie. La législation haïtienne n’a pas anticipé sur ce point. Toutefois, l’article 3 du Décret portant création et organisation du Centre Ambulancier National publié dans Le Moniteur du 2 février 2016 (171e Année No 22) stipule qu’il est « interdit à  toute institution privée de mettre en circulation des véhicules à titre d’ambulance sans que ces véhicules n’aient été préalablement certifiés par le CAN ».

Apparemment quelqu’un n’a pas bien fait son travail! Sinon, les entreprises funéraires n’auraient pas des « ambulances » pour transporter les dépouilles mortelles.

Stevens JEAN FRANCOIS  

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