Liancourt : déboisement excessif des mornes, la conscience ne suffit pas

Élevée au rang de commune dans le Département de l’Artibonite sous l’Administration de Joseph Michel Martelly, l’ancienne première section communale de Verrettes, Liancourt, comme toutes les communes du département fait face au problème du déboisement excessif des mornes et des plaines. À défaut d’alternative, les paysans des localités Gadet, Marotte, Marou, et Sapoti vivent au rythme de la coupe illicite des arbres et de la fabrication du charbon. Ce dernier est utilisé par 98 % des foyers dans la zone. La commune de Liancourt est d’une rarissime pauvreté en arbre, ce qui représente une épée de Damoclès pour l’environnement et les habitants.

Credit Photo: http://www.mediaterre.org

Pendant ces dernières années, la dégradation est visible, les paysans s’autodétruisent à petit feu. Sans attention aucune des autorités locales, les paysans de la commune principalement ceux qui habitent en grande majorité dans les hauteurs, délaissés et dépourvus de toutes infrastructures, se jettent corps et âme dans la coupe des arbres et la fabrication du charbon de bois, ce qui représente pour eux, après une agriculture vivrière, la seule source de revenus, de subsistance.

Comme dans un champ de bataille où les victimes vont dans un seul sens, les arbres, les arbustes tombent au quotidien et à toute heure à « Morou, Marotte, Gadet et Sapoti ». Les sons des machettes et des haches retentissent de part et d’autre dans les mornes. La fumée des charbons est répandue un peu partout. Adolescents, adultes, jeunes et vieillards, ici, tout le monde est bûcheron et charbonnier en même temps.

 À « Marotte », une zone montagneuse de la première section communale de Liancourt, l’un des piliers de la zone en matière de forestation, Boss Dieufaite, un ancien de la localité, assis sur un morceau de bois dans son « lakou » entouré de bois Mobin, avec sa pipe dégageant des bouffées de fumée, son sac et sa machette à sa droite, vient tout juste d’abattre un arbre. « Conscient ou pas de la coupe excessive et anarchique des arbres ça ne changera rien, puisqu’ici, l’État est absent, il n’y a pas d’usine, il n’y a rien du tout, la coupe des arbres et la fabrication du charbon de bois est notre seule solution », a-t-il dit.

Boss Joe, un trentagénaire va dans le même sens, « depuis mon enfance je travaille avec mes parents dans ce secteur, qui est notre seul recours, notre source. Aujourd’hui, j’ai une famille à nourrir, à éduquer… je suis encore là, car il n’y a pas d’autres alternatives dans la zone. Toutefois, nous sommes tous conscients de la situation, du danger, mais que pouvons-nous faire ? » demande-t- il. La déforestation représente un danger pour l’environnement, pour la localité, cependant, est ce qu’on peut accepter de mourir de faim sous prétexte de protéger l’environnement comme le veulent les autorités, ajoute-t-il ? Aujourd’hui, la dégradation est flagrante et ça ne fait que commencer à en croire Boss Joe.

Fils d’une marchande de charbon et d’un coupeur d’arbre, âgé de 30 ans, Alcès, cadet d’une famille de 5 enfants, fustige le comportement de l’État central qui croyait pouvoir arrêter la coupe des arbres uniquement avec les spots publicitaires et les messages de sensibilisation. « C’est beaucoup plus complexe que ça », poursuit-il très en colère. Si l’État veut vraiment lutter contre le déboisement, il doit élaborer un plan d’aménagement d’abord, ensuite proposer une alternative sérieuse aux habitants, insiste-t-il.

Maître Marco Marcelin, citoyen avisé, avocat de formation place ses mots : tout le monde ici coupe les arbres à leur guise sans aucun contrôle. On les coupe soit pour faire du charbon, du jardin, des planches, etc. C’est la chasse aux arbres. Les choses vont de mal en pis. Quel sera l’état des mornes dans 10 ans ? La conscience suffira-t-elle pour arrêter ce fléau ? Non ! Seule une alternative sérieuse est capable de stopper ce fléau.

Sol dénudé, des arbres rabougris et répartis ça et là, des zones comme Marou, Marotte, Gadet et Sapoti sont sévèrement frappées par la coupe incontrôlée des bois. Pour l’instant, le résultat est alarmant. Quoique conscients de la situation, des conséquences que ça pourrait engendrer à court et à long terme, les gens s’adonnent librement au déboisement qui s’est accéléré à vitesse exponentielle.

Jodel ALCIDOR

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