Carte Dermalog : symbole d’une volonté étatique de mettre la population en péril ?

Le 19 Mars 2020 l’État Haïtien a déclaré l’état d’urgence sanitaire sur toute l’étendue du territoire en raison du COVID-19 avec deux cas testés positifs. Toutes les institutions marchaient au ralenti sauf les bureaux de l’office National d’identification (ONI). Un mois après, le premier ministre Joseph Jouthe et son gouvernement a modifié certaines mesures. Comme conséquence les usines ont été rouvertes. 

Le 6 mai 2020, dans son AVIS # 35 le Ministère de la Santé Publique et de la Population a confirmé 7 nouveaux cas de coronavirus qui portent le total des cas confirmés à 108  pour 12 décès au total et 15 guéris, malgré tout la République continue d’encourager des rassemblements de plus de 10 personnes. À quelle fin?

Nous sommes le Jeudi 7 mai 2020, il est 10 heures du matin. Dans la commune de Croix-des-Bouquets, le journal Le Courrier de la Nation part à la conquête d’informations sur le processus de fabrication des cartes d’Identification fournies par l’Office National d’Identification (ONI) grâce aux services de la compagnie Dermalog, alors que la prévalence du nouveau Coronavirus s’alourdit.

À l’entrée Nord de la barrière principale en forme de grillage (barrière non pleine), peinte en bleu clair, les espaces abritant le Bureau de l’Office d’Etat Civil de la Croix-des-Bouquet sont aussi utilisés pour héberger le bureau de l’ONI, située à environ 40 mètres de la mairie de la Croix-des-Bouquets situé du côté Ouest et opposé au bâtiment de structure mono bloc, logeant les deux bureaux susmentionnés. Et, chaque bureau est identifié avec une écriture murale bleue foncée.

À côté du mur latérale droit de la structure, sont groupés plus d’une centaine d’individus qui sont venus quémander soit pour confectionner soit pour retirer leur carte, à proximité de la place de la Croix-des-Bouquets. Toujours à côté du mur latéral, est garée une voiture (Nissan Kicks) de patrouille de police, avec deux policiers à bord, un à l’avant occupant le siège passager et l’autre à l’arrière.

À l’extrémité Est de la structure il y a un portail ouvert, le seul donnant accès là où les services sont offerts. Un peu plus au fond en haut est élevé un château d’eau bleu et blanc où est inscrit: Projet d’extension du système d’adduction d’eau potable de la Croix-des-Bouquets. Devant le portail d’environ un mètre de largeur, les valeureux citoyens attendent leur tour, Dieu seul sait s’ils parviendront à bénéficier du service qu’ils étaient venus solliciter. Lorsqu’ils ne peuvent plus rester coincés sous le soleil camouflé par les arbres, certains s’assoient à même le sol laissant ainsi la longue ligne d’attente destinée à recevoir la copie de leur pièce leur permettant d’espérer l’appel nominal pour passer le portail conduisant au paradis terrestre. Quel Paradis ? Ironie du sort si les pèlerins veulent espérer un meilleur sort ils doivent négocier avec une tierce personne qui leur facilitera l’accès; néanmoins une compensation comme à la DGI, a avoué un concerné au visage abattu.

Il est déjà 11 heures 11 minutes lorsqu’un marchand de pâté s’est présenté, avec une barque en plastique sur la tête, portant un maillot usé de l’équipe de France avec le numéro 12 de Thierry Henry semblable aux équipements de la coupe du monde 98. Il portait un pantalon bleu foncé rapproché du noir et un basket apparemment blanc dont la marque était illisible. Tout à coup deux clients se précipitent pour acheter et le marchand sans protection, l’air satisfait et s’est vite retiré de l’espace.

Dans la foulée, quatre (4) jeunes filles, décemment vêtues et très bien coiffées s’appuyaient sur un pick-up de couleur blanche  avec les vitres teintées. Elles attendent avec patience leur tour désespérément. Soudain apparaît un marchand de l’arbre à pain (labapen). Ou genyen ki a po, l’interroge l’une d’elle. Non, a répondu la marchande. Nou pa bezwen sa ki pa gen po, di youn nan machann ki gen lapaben ki gen po vin vann nou, demande-t-elle avec gentillesse. 

Au tout dernier moment, un homme est apparu devant le portail avec des cartes en main. Il cite un premier, un deuxième et un troisième nom, et le visage rayonnant de joie des concernés fait pitié, de voir ces braves gens qui ont peut-être laissé  leur domicile avant 5 heures du matin, quémander pour bénéficier un service qui leur revient pourtant de droit.

Même si la majorité de ces pauvres gens portent des masques sous prétexte qu’ils ne pourront pas accéder au service, aucune mesure de sécurité relative à la maladie ou de distanciation sociale n’a été constatée. La distance entre les gens ne  dépasse pas un mètre et ils sont nombreux à garder leur masque en main ou en poche comme si la maladie n’existait pas réellement.

Au point où nous en sommes, si 1/4 de la population n’est pas encore touché par la maladie c’est en tout cas pas la faute de l’Etat haïtien qui a tout mis en œuvre pour mettre en péril la vie de nos concitoyens. Si vous voulez une preuve beaucoup plus flagrante jetez un coup d’œil dans la file d’attente des banques où les citoyens sont entassés pour avoir leur propre argent.

Le Bon Dieu bon pourra-t-il toujours nous sauver? N’a-t-il pas des chats autres qu’Haïti à fouetter ou à attendre ses protections?

Seide Putnam LOUIS-JEAN

putnamlouisjean@gmail.com

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