L’Etat d’Urgence renouvelé pour deux mois en l’absence du Corps Législatif

La pandémie due au nouveau coronavirus fait rage en Haïti. Malgré une faible capacité à réaliser des tests, les autorités sanitaires ont déjà confirmés 596 cas de contamination. Le Premier Ministre Jouthe avait annoncé que la force des choses allait obliger son administration  de prendre la décision de renouveler l’Etat d’Urgence Sanitaire. Sur Twitter le Président vient d’informer la population que ledit renouvellement a une durée de deux mois. Face à l’impossibilité de respecter les formalités, ils ont  pris la décision permettant de sauver des vies diront certains. Toutefois, n’est-il pas de bon ton de se demander combien de couleuvres nous allons devoir avaler? Et pour quels motifs ?

Au plus ancien quotidien de la République, Le Nouvelliste, le Premier Ministre Joseph Jouthe avait confié que le gouvernement allait renouveler l’Etat d’Urgence ce mercredi 20 mai 2020. Ce qui a été fait! Le Président Jovenel Moise vient d’informer sur Twitter qu’en un conseil des ministres extraordinaire,  « le gouvernement a décidé de renouveler l’état d’urgence sanitaire pour deux mois et de rendre le port du masque obligatoire dans les lieux publics, sous peine de sanctions. »    L’augmentation du nombre de cas de contamination, selon les déclarations du PM au journal Le Nouvelliste a obligé le gouvernement de prendre cette décision. Pour un troisième mois consécutif, l’Etat d’Urgence sanitaire est déclaré et cette fois-ci sa durée est pour deux mois. Outre les usines qui ont été ouvertes, les autres institutions (écoles, universités, lieux de culte etc.) resteront fermées. Le couvre-feu nocturne instauré sera encore d’actualité. Comme plus ceux qui ne porteront pas de masques dans les lieux publics seront sanctionnés. Cependant, vu que depuis la déclaration de l’Etat d’Urgence sanitaire le 19 mars 2020, le nombre de cas de contamination est passé de 2 à 596 ne devrait-on pas remettre en question l’efficacité des dispositions prises?

Un mois après la réouverture des usines, un ouvrier a été testé positif au coronavirus. Diverses voix se sont élevées dans la société pour exprimer leur indignation. Selon ces acteurs sociaux, la contamination d’ouvrier(s) était prévisible et est tributaire de la décision de rouvrir les usines textiles. Ils ont critiqué les autorités qui n’ont pris aucune mesure réelle pour protéger les citoyens. L’Etat d’Urgence a été déclaré. Les autorités ont fait machine arrière sur la  mesure portant sur la fermeture des usines.

Qui ne se souvient pas de l’image de cette foule compacte d’ouvriers entrant à la Compagnie de Développement Industriel (CODEVI). Aucune distanciation sociale n’a été remarquée et la photo a été au cœur de débats sur les réseaux sociaux. Ce cliché et bien d’autres ont fait couler de l’encre. De nombreux citoyens dont des responsables d’organisations syndicales du secteur du transport, ont attiré l’attention des autorités sur le risque élevé de propagation du virus dans les véhicules de transport en commun. Outre les ouvriers dans les bus, de nombreux citoyens s’entassent quotidiennement dans les moyens de transport. Les syndicalistes du secteur ont proposé une diminution du nombre de passager par véhicule et un accompagnement de l’Etat pour combler le déficit. Rien n’a été fait. Des chauffeurs ont décidé de réduire le nombre de passagers et d’augmenter les tarifs. Pourtant l’Etat aurait pu faire diminuer le nombre de passagers sans débourser une centime. Pour cela les autorités n’avaient qu’à baisser le prix du carburant à la pompe comme le réclame des citoyens. Le PM a promis cette fameuse baisse mais jusqu’à présent elle ne s’est pas actualisée.

Sans l’assentiment du Corps Législatif dont la caducité a été constatée par le Président, le pouvoir a renouvelé l’Etat d’Urgence sanitaire. L’augmentation du nombre de cas de contamination (+594) ne justifie-t-elle pas l’inefficacité de cette mesure prise pour empêcher la propagation du virus ? Outre la décision de sanctionner ceux qui ne portent pas de masque dans les lieux publics, les autorités ne devraient-elles pas faire lumière sur la gestion des fonds décaissés pour faire face au coronavirus?

Stevens JEAN FRANÇOIS

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