Lutte contre la corruption : entre les dires et les faits!

La lutte contre la corruption est, sur papier, l’une des priorités du Président Jovenel Moïse. Paradoxalement, le Chef de l’Etat et son équipe ont révisé à la baisse l’enveloppe budgétaire de toutes les institutions de contrôle et de lutte contre la corruption dans le nouveau document budgétaire. Alors qu’il devrait mettre à leur disposition les moyens nécessaires pour un travail plus efficace. Cette action traduit-elle son authentique volonté?

Crédit Photo: Communication Haiti

Le Président Jovenel Moïse voulait faire, pendant son quinquennat, de la corruption, ce fléau qui gangrène l’administration depuis jadis, un fantôme du passé. Sur ce point, le Chef de l’Etat s’est voulu ferme et clair en dépit des accusations de corruption et de blanchiment qui pèsent très lourd sur son dos. Parallèlement à ce discours, le locataire du Palais National semble prouver qu’il n’a aucune envie de finir avec. Puisque, les institutions de contrôle en plus d’être sous contrôle ont vu leurs budgets diminuer considérablement. Donc, entre les dires et les faits, il existe un monde de différence.

Le document budgétaire (2019-2020), une fois publié, est soumis à l’appréciation du public notamment des professionnels de l’économie. C’est dans cette optique que l’économiste Etzer Emile, dans un souci d’éclairage, a produit un petit document de quelques pages sur les faits (positifs ou négatifs) ayant marqué le budget 2019-2020, déjà très décrié par une frange de la société. Selon l’économiste, l’Exécutif a mis à la disposition des institutions de contrôle et de lutte contre la corruption une enveloppe révisée à la baisse dans le nouveau document budgétaire publié il y de cela quelques jours. Un geste qui pourrait amener certains analystes à questionner la volonté et surtout l’envie du chef de combattre réellement ce dilemme. D’autant que, depuis son accession au timon des affaires, le chef de l’Etat et son entourage sont éclaboussés par des scandales d’accusation de corruption.

« Les institutions de contrôle et de lutte contre la corruption ont reçu globalement des allocations plus faibles cette année » a relaté l’économiste dans document baptisé : les commentaires de l’économiste Etzer Emile sur le budget 2019-2020, précisant en outre que la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA) a vu son budget baisser de 53,88 % pour passer de 1,6 milliard de Gourdes en 2017-2018 à 758,15 millions de Gourdes sans oublier  ceux de l’Inspection Générale des Finances (IGF) et Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP) qui ont diminué respectivement de 5.78% et de 14.35%.  En réduisant  le budget de ces institutions peuvent-elles devenir plus performantes?  Pourquoi ce choix ? À quoi joue l’administration Moïse-Jouthe?

ULCC et UCREF stagnent

Les responsables de l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) et de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) peuvent s’enorgueillir. «En ce qui a trait à l’UCREF et l’ULCC, les budgets sont pratiquement restés au même niveau en monnaie nationale, mais subissent une certaine diminution en valeur réelle » a rapporté l’économiste.

Pour un président qui avait fait ce genre de promesse à un peuple qui souffre amèrement de la corruption, c’était le moment idéal pour poser des actes concrets, d’envoyer des signaux clairs aux corrupteurs pour montrer clairement qu’ils n’auront pas  la partie facile pendant ce quinquennat. Malheureusement tel n’est pas le cas et peut-être ce ne sera jamais. Puisque, plus de trois ans après son accession, la lutte contre la corruption se résume uniquement dans les discours chiasses. Quasiment toutes les enquêtes sont au point mort. Les fruits ne tiennent pas encore la promesse des fleurs.

Haïti est le nom du pays où un Président veut éradiquer la corruption en augmentant le budget de la Présidence, du Parlement, et en diminuant celui de l’appareil judiciaire et des institutions de contrôle – se référant au montant alloué dans la loi de finance 2017-2018 et 2019-2020 – une instance pourtant incontournable dans la lutte.

Jodel ALCIDOR

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