Haïti-Coronavirus : Suppression officieuse de certaines dispositions?

Le dernier bilan du Ministère de la Sante Publique et de la Population (MSPP) fait état de quatre mille cent soixante-cinq cas de contamination et soixante-dix décès dus au nouveau coronavirus en Haïti. Depuis les deux premiers cas confirmés mi-mars, la République a parcouru un bon bout de chemin. Du 24 mai au 13 juin, chaque note des autorités sanitaires fait état d’au moins une centaine de nouveaux cas confirmés. Malgré ce nouveau tournant, les autorités semblent lâcher prise et ne veillent plus au strict respect de certaines mesures comme le couvre-feu nocturne.

Le 19 mars 2020, dans une adresse à la nation, le Président de la République, Monsieur Jovenel Moïse a annoncé qu’Haïti a enregistré ses deux premiers cas de contamination au nouveau coronavirus.  Face à cette situation, les autorités ont pris des mesures pour contenir la propagation de la covid-19 dans le pays. Haïti étant touchée par la pandémie, les responsables étatiques ont décidé de passer en phase 2 afin de mettre en place des stratégies visant à stopper la propagation du virus. Dans cette logique : l’état d’urgence sanitaire a été déclaré, les écoles, usines textiles, les universités et les lieux de culte ont été fermés, un couvre-feu nocturne  a été instauré et tout rassemblement de plus de 10 personnes a été interdit.

Près de trois mois plus tard, Haïti compte, officiellement, 4 165 cas. L’état d’urgence sanitaire est toujours de mise. Les usines ont rouvert leurs portes environ un mois après leur fermeture. Les règles du jeu ont connu certaines modifications comme l’obligation de porter le masque dans les lieux publics entre autres et l’interdiction à plus de cinq personnes de se réunir dans un même espace qu’il soit ouvert ou fermé. Dans le décret du 21 mai 2020, les peines ont été fixées pour le non respect des principes établis. Alors que le pic épidémiologique  semble être atteint, un relâchement dans le système de surveillance de la mise en application des gestes barrières dans l’espace public est constaté.

Au regard du Décret fixant les règles générales de protection de la population en cas de pandémie/épidémie publié le 21 mai 2020, le port du masque ou de tout équipement de protection individuelle est obligatoire sur la voie publique, dans les véhicules de transport en commun comme dans tous les centres et établissements commerciaux, les institutions publiques et privées et tous les espaces ou zones recevant du public. Ceux qui n’appliquent pas ce principe s’exposent à des sanctions allant d’une amende à une peine d’emprisonnement.  

Pourtant, plus les jours passent, plus on remarque des gens dans les rues de la capitale qui passent outre cette obligation. Les autorités policières qui veillaient au port du masque sont entrés dans les rangs de ceux qui ne pratiquent pas ce geste barrière. Dans les transports en commun, dans les espaces publics, dans les files d’attente devant les banques la distanciation sociale n’est pas appliquée. Les bonnes vielles habitudes n’ont pas changé. Comme si cela ne suffisait pas, le couvre-feu nocturne semble appartenir au passé dans certaines zones la capitale haïtienne.

Le véhicule de la Police Nationale d’Haïti qui, 15 minutes avant 8 heures, sillonnait le Champ de Mars pour rappeler aux marchands et usagers qu’ils doivent rentrer chez eux, a disparu. Des marchands et des chauffeurs de taxi-moto questionnés sur cette question sont unanimes. Les agents de la force de maintien d’ordre semblent ne plus se soucier du respect strict du couvre-feu. Les bars de l’aire de la plus grande place du pays ferment maintenant aux environs de 9 heures. Ils ne sont embêtés qu’après 8 heures 30.  L’Avenue Magloire Ambroise qui abrite des bars et des restaurants voit certains fermer leurs portes au-delà de dix heures. Le Ministre de l’Intérieur a-t-il mis fin à ses rondes nocturnes ? Dans la nuit allant de vendredi 12 au samedi 13 juin, à la Rue de l’Enterrement, jusqu’à une heure du matin les décibels de certains jeunes qui avaient quelque chose à fêter troublé le sommeil des braves gens. Ces jeunes qui avaient organisé un « atè plat » (cette activité qui se déroule au bord de la route) n’ont pas été importunés. Il n’y a presque plus d’arrestation de ceux qui violent le couvre-feu.

À rappeler que le Ministre des Travaux Publics avait annoncé que le pouvoir s’attendait à enterrer mille à mille cinq cents cadavres quotidiennement de la mi-mai à la mi-juin. Le laxisme des autorités vise-t-elle la concrétisation de cette projection ?

Entre temps que ce soit de petite fièvre, de malaise ou de covid-19 de jour en jour plus de gens meurent en Haïti.

Stevens JEAN FRANÇOIS  

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