HAITI-CORONAVIRUS : LE «BON» DIEU EXISTE ! MALHEUREUSEMENT…

Le 30 juin a marqué une nouvelle étape dans la gestion de la pandémie due au nouveau Coronavirus en Haïti. Les autorités ont décidé d’assouplir certaines dispositions prises pour endiguer la propagation de la covid-19. Selon certains experts, le pic épidémique est passé. La courbe de l’épidémie entame sa décroissance. Plus de peur que de mal, pour des raisons (jusqu’à présent) que le monde scientifique n’a pas encore élucidées. Toutefois, certains illuminés affirment  haut et fort, que ce résultat est dû à une intervention divine.

« Bèf ki pa gen ke, Bondye pouse mouche pou yo ! » (Le « Bon » Dieu chasse les mouches des  bœufs anoures) stipule un dicton haïtien qui semble bien illustrer les propos de ces hommes et femmes de « Dieu ». Ils sont allés au-devant des annonces officielles. Sur les réseaux sociaux (qui, on ne sait plus comment, ne sont plus l’œuvre du diable) ils proclament la « bonne » : Le Bon Dieu est intervenu et nous a évité le pire !  Il n’y a pas eu mille à mille cinq cents décès grâce à l’intervention divine. Alors que certains pays abritant des lieux « saints » de certaines grandes communautés religieuses du globe dénombrent les morts par milliers, la République d’Haïti a été épargné! Le « Bon » Dieu a écouté la prière de ce peuple et a exaucée sa demande. De tous les maux dont souffre le peuple haïtien, le « Bon » Dieu a bien voulu le préserver de la covid-19.

Selon le dernier bilan communiqué par établi par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), cent sept personnes sont mortes des suites de Covid-19,  mille trente-deux individus infectés auparavant par le nouveau coronavirus sont complètement rétablis sur un total de six mille quarante cas d’infection confirmés contre douze mille cinq cent soixante-six  suspects. Pour un pays dont le dernier recensement général de la population date de dix-sept ans (les quatre derniers recensements se sont tenus en 1950, 1971, 1982 et 2003), qui fait face à de graves difficultés dus à un Etat civil déficient et dont certains coins du territoire échappent au contrôle de toute figure d’autorité étatique  peut-on se permettre de prendre ces données pour parole d’évangile?

Les données ne semblent pas jouer en ce sens. La couverture vaccinale n’a pu dépasser 83% entre les Enquêtes sur la Mortalité Morbidité et l’Utilisation des Services (EMMUS) III et VI.  Selon les données du rapport statistique annuel pour l’année 2017 publié par l’Unité d’Etudes et de Programmation (UEP) du Ministère de la Sante Publique et de la Population (MSPP) rendu public en octobre 2018, durant l’année concernée par l’étude, près de 70% de la population n’avait pas fréquenté les services de santé au niveau national, six cent trente et un établissements de prestation de soins de santé constituent le Réseau National de Surveillance Epidémiologique (RNSE) et la proportion des sites de surveillance varie de 42% dans le Sud-Est à 94% dans la Grande-Anse. En ce concerne les ressources sanitaires, Haïti a beaucoup de chemin à parcourir pour se rapprocher du seuil de référence acceptable par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) soit vingt-cinq personnels pour dix mille habitants. Les résultats ont indiqué 6,3 personnels pour 10 000 habitants comme ratio de personnel de santé. Les données officielles semblent placer dans le tableau d’excellence en considération des résultats obtenus dans la gestion de la crise sanitaire, ce système de santé aussi inapte à répondre aux besoins de la population.

Apparemment cette première vague de coronavirus est passé. Sans  tenir compte de la forte proportion de personnes touchées par la « petite fièvre » et qui ont préféré recourir  à la médecine naturelle ou aux soins en milieu non institutionnalisé, certains se réjouissent des statistiques. Qui pourra découvrir avec certitude le nombre de cas de contamination ou le nombre de décès causés par la COVID-19 ? Surement pas nos fameux illuminés !

Fort de cette « victoire » allons-nous comme peuple remettre nos choix en question? Perte de temps, le « Bon » Dieu veille sur nous. Dans ce cas, l’eau potable dans les robinets n’est plus une nécessité, le « Bon » Dieu aura raison des microbes qui comme lui sont invisibles. Des gestes simples comme se laver les mains avec de l’eau et du savon sont-ils nécessaires ? Combien de personnes vont continuer à porter le masque et respecter les consignes des autorités sanitaires?  Construire des centres hospitaliers modernes ; former des professionnels de la santé ; mettre fin à des problèmes de santé publique comme les nombreuses piles d’immondices dans nos rues, les sites de décharge à ciel ouvert proches des maisons ou les caniveaux obstrués de débris de toutes sortes et tant d’autres grands chantiers ne sont plus nécessaires, le « Bon » Dieu veille sur Haïti! L’état de notre environnement ne nous concerne plus, un être supérieur veille sur nous!

Malheureusement, tout semble indiquer que la thèse du « miracle » aura gain de cause sur une quête objective d’explications rationnelles. Dans les jours à venir de grandes manifestations spirituelles seront surement organisées. Et vraisemblablement, c’est qui causera une prochaine vague de contamination !

De tous les maux qui frappent le pays, le nouveau coronavirus est le moindre ! Le « Bon » Dieu aurait dû choisir une autre cible!

Stevens JEAN FRANCOIS

Secrétaire de Rédaction

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.