Le banditisme, l’éducation et la société de demain

Cette réflexion porte sur le banditisme de masse et son corrolaire qu’est la prolifération d’armes illégales. La qualité de l’éducation offerte aux jeunes des quartiers populaires et défavorisés ainsi que la motivation de ces jeunes à fréquenter l’école.

1-Le banditisme, l’éducation et la société de demain


Précisons d’abord que le banditisme qui se développe en Haïti peut être qualifié de banditisme social ou crime social. Ce concept a été inventé par Eric Hobsbawm, dans son ouvrage « Primitive Rebels » publié en 1959. Il permet d’étudier des formes populaires de résistance qui intègrent également un comportement qualifié d’illégal par la loi. Cette forme de banditisme nait de l’exclusion de certains groupes sociaux du processus décisionnel et de création de richesses.
Cette description s’apparente bien à la situation des bandits haïtiens. En fait, ils sont majoritairement des anonymes qui ont fait irruption sur la scène sociale et polique par leurs actes de banditisme. C’est pourquoi on peut parler d’un banditisme de masse car tous les bandits connus en Haïti sont issus des masses. Toutefois, cette évidence ne doit pas occulter le fait que ces bandits opèrent sous les ordres et fort probablement au profit de groupes sociaux rivaux qui, généralement, ne sont pas de la masse.

Cette considération nous amène à la prolifération d’armes illégales.


Nous savons qu’il y a un embargo sur l’importation d’armes en Haïti depuis plusieurs décennies. Parallèlement, le marché des armes se révèle être un marché très lucratif en Haïti. Dès lors, il est aisé de comprendre que les bandits des masses populaires, qui n’ont pas accès au marché international des armes, sont approvisonnés par les bandits d’élite, agissant dans l’ombre sur les hauteurs de Port-au-Prince, voire dans les grandes métropoles occidentales. L’implication directe ou indirecte de l’international doit être prise au sérieux depuis les déclarations de la cheffe du BINUH sur le rôle du G9 an fanmi et alye dans la « diminution de l’insécurité » en Haïti. Encore faut-il se demander ce que le BINUH entend par baisse de l’insécurité quand le kidnapping s’installe comme faisant partie du quotidien du citoyen haïtien.

2. L’incidence du banditisme sur les jeunes du ghetto


Rousseau disait déjà que l’homme naît bon mais est corrompu par la société. Cette assertion met en relief l’influence du milieu sur l’individu. En effet, la psychologie béhavioriste a mis en évidence l’importance de l’action du milieu sur la formation de la personalité. Evoluant dans un milieu criminogène, les enfants, les adolescents et les jeunes sont forcément marqués par les actes de banditisme ou de crime social dont ils sont les témoins quotidiens de façon passive pour certains et de façon active pour d’autres. On peut donc comprendre que toutes les conditions objectives sont réunies pour que la société haïtienne continue à produire des bandits à dessein. Ce choix, si on peut l’appeler ainsi, doit être vu davantage comme un choix structurant que comme un choix délibéré.

Par ailleurs, les conditions matérielles des masses ont une incidence significative sur le choix des individus à devenir bandits. Dans des espaces sociaux privés des conditions minimales propices à la vie: eau purifiée, habitat décent, assainissement, alimentation de qualité, santé, emploi décent, loisirs, accès à l’éducation de qualité,etc., tout semble indiquer que les jeunes résidant dans ces quartiers et qui ne seront pas les bandits notoires de la société de demain, seront l’exceptions à la règle.

3. Rôle d’une éducation de qualité dans la lutte contre le banditisme

L’éducation pourrait être une alternative à ces jeunes pour ne pas embrasser une carrière de bandits. Malheureusement, l’accès à l’éducation, encore moins à une éducation de qualité, a été le dernier des soucis de la grande majorité des dirigeants qu’Haïti a connus.


Tout compte fait, le banditisme de masse résulte d’un processus de reproduction savamment orchestrée par les élites haitiennes, quelle soit polique, économique et culturelle.


Il en résulte une sorte d’exclusion des masses des champs du savoir d’une part, et, d’autre part, une démotivation des jeunes du ghetto pour les études d’autant plus que l’histoire d’Haïti regorge d’exemples d’hommes ayant occupé les plus hautes fonctions de l’État sans avoir le profil académique requis.


Ainsi, la société haitienne de demain sera plus que jamais une société de bandits de tout acabit.

Mackendy Jeunay
Citoyen Ken

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.