Le dollar américain de plus en plus rare malgré l’injection de plus de 49 millions par la BRH

La Banque de la République d’Haïti (BRH) continue d’injecter des millions de dollars dans le marché des changes. Contrairement à l’effet escompté, la gourde continue à perdre de la valeur. Pire, le billet vert est de plus en plus inaccessible.

Début août, pour stabiliser le taux de change, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a décidé d’injecter 150 millions de dollars américains sur le marché des changes. La BRH a aussi indiqué qu’elle interviendra sur le marché du 10 août 2020 jusqu’à la fin de l’exercice fiscal 2019-2020. Cette décision a produit son effet, la gourde a pris près de 50% de valeur par rapport au dollar américain. Elle s’est stabilisée mais depuis plusieurs jours, une hausse du dollar a été constatée. Ce malgré la mise en application de la Circulaire 114-2 de la BRH.

En effet, pour « mitiger le risque de rareté de numéraire en dollars » et « se donner les moyens pour assurer un comportement du taux change qui reflète au mieux la situation des fondamentaux » entre autres, la BRH avait publié le 18 septembre 2020 la circulaire 114-2 relative aux transferts de fonds internationaux sans contrepartie.

D’après ladite lettre reproduite à plusieurs exemplaires et adressée à plusieurs personnes à la fois, « les banques et les maisons de transfert sont tenues de payer les transferts internationaux en monnaie étrangère si le bénéficiaire reçoit les fonds sur son compte de dépôt en dollars américains domicilié dans une institution financière ; en gourdes si le bénéficiaire reçoit le paiement à n’importe quel point de service (succursale, agence, bureau, kiosque) ou sur un instrument de paiement« . Cette mesure avait causé la colère des agents de transfert qui regroupés au sein de l’Union Nationale desSous-Agents de Transferts d’Haïti (UNATHA), ont organisé diverses activités en vue d’exiger son retrait pur et simple. La fermeture des bureaux, les marches pacifiques n’ont pas eu d’effet sur la BRH. L’UNATHA a donc décidé d’accorder une trêve et d’ouvrir leurs bureaux. Les bénéficiaires y reçoivent l’équivalent du montant transféré en gourde et la BRH, quant à elle, continue à injecter des millions de dollars américains.

Fin septembre, en quinze jours, la banque des banques à fait deux injections de 12 millions de dollars américains. Le 9 novembre 2020, elle a fourni 15 millions de dollars américains au marché des changes et 10 millions le novembre. La BRH a donc injecté 49 millions de dollars américains. Ce montant n’a pas suffi à stabiliser le taux de change et il est de plus difficile à des citoyens d’acheter plus de 50 dollars dans les banques.

Pierre Renel, Président de l’UNATHA, dans une interview accordée à Le Courrier de la Nation, pense que la BRH est pour beaucoup dans cette situation. « La BRH a privé les propriétaires des maisons de transfert des dollars provenant de l’étranger. Ils n’ont plus accès au dollar tandis que c’étaient eux les fournisseurs de dollars aux petits commerçants. Les banques détiennent seules l’accès au dollar tandis qu’elles ne le vendent pas à tout le monde. Donc cela crée une demande alors qu’il y a une rareté artificielle » a-t-il argué.

Les millions injectés convergent vers les banques d’après sa lecture. « Seules les banques en sont bénéficiaires. Cette situation a pour effet l’absence de circulation du dollar sur le marché. Les petits commerçants qui s’approvisionnent au Panama à Malpasse n’en trouvent pas. Les banques ont ciblé une catégorie à qui vendre les dollars provenant des injections de la BRH » a indiqué le numéro un de l’UNATHA. La lecture de l’économiste Labossière n’est pas différente.

« Le défi pour la BRH n’est pas le fait que les banques vendent que 50$ aux clients mais, des importateurs qui ne peuvent pas trouver le dollar Américain et qui vont l’acheter au taux de 80g=1$ sur le marché informel. La BRH doit les alimenter directement sans passer par les banques » a publié le Docteur Eddy N Labossière sur son compte Twitter le 17 novembre 2020.

Touché par le problème, la BRH a rencontré des importateurs et producteurs du pays pour essayer de trouver une solution à leurs problèmes d’approvisionnement en dollar la semaine dernière. L’UNATHA quant à elle continue à réclamer l’annulation de la circulaire qui victimise les plus démunis, renforce les banques et détruit la classe moyenne.

Stevens JEAN FRANÇOIS

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