Haïti-Transition de rupture : IPAM et d’autres structures organisées proposent le manifeste d’entente nationale

Initiative Patriote Marien (IPAM), Ayiti Rasanble, Parti Louvri Baryè (PLB), Mouvement pour l’Émergence et le Réveil du Citoyen Haïtien (MERCIH) et Coordination Syndicale Haïtienne (CSH) proposent le document intitulé Manifeste d’Entente Nationale pour une Transition de Rupture en Haïti. Daté de juin 2020, ce document de 32 pages pose entre autres, les motifs pour l’instauration d’une transition de rupture ainsi que ses objectifs.

Page de Couverture du Manifeste

La situation de crise généralisée que vivait le pays a atteint son paroxysme. Elle a atteint les fondements de notre société et tout son système  d’organisation est devenu déliquescent. À bout de souffle, la population a fait entendre sa  voix pour protester contre la corruption, la pauvreté, l’exclusion et l’élargissement du fossé social. Depuis deux ans nous vivons un nouvel épisode de crise politique et de protestations populaires.   Selon l’IPAM et les structures organisées « Le pays a atteint le stade où l’évolution socio-économique négative, engendrée par la corruption, la gabegie et la mal gouvernance, pousse la crise à son paroxysme et déclenche une prise de conscience quant à l’urgence de trouver une issue. »

Cette position du peuple ne date pas d’hier. « Le peuple haïtien, depuis l’indépendance, s’est toujours opposé à ce régime antinational et d’apartheid. Son histoire est marquée par une multitude de crises socio-économiques et de conflits, parfois armés, au cours desquels, les populations déshéritées des campagnes et des villes ont toujours exprimé les mêmes revendications : un régime démocratique et inclusif, la modernisation économique, un État au service de la nation et qui rend compte » rappelle le manifeste. Malheureusement, avec l’aide de ses alliés de l’extérieur, le système en place, quoi que décrié, a su au fil des ans, se renouveler et mettre en échec les alliances populaires. Diverses stratégies ont été mises en place pour casser toute velléité de  la classe populaire pour mettre fin au « système générateur de rente et d’inégalité qui régit cette économie productrice de pauvreté depuis plus de 100 ans. Mais, la perpétuation des réalités économiques et sociales et l’antagonisme exacerbé qu’elles entretiennent dans la société font resurgir, de façon récurrente, la pression populaire et les contradictions dépassent les nouvelles réalités conçues de toutes pièces. Les instruments utilisés sont remis en question, les crises réapparaissent avec plus d’acuité et débouchent sur des violences encore plus destructrices. C’est le lot de ces arrangements improvisés que le système qualifie indûment de gouvernements de transition » rappelle le manifeste.

D’où une confusion entre une transition de rupture « véritable remise en question des pratiques d’un ancien monde» et, les gouvernements provisoires « de maintien de l’ordre établi ». Les gouvernements provisoires se sont illustrés comme de fervents serviteurs de «l’oligarchie marchande et de ses alliés de l’extérieur ». Toutefois, vu la dégradation du système qui a sombré dans la délinquance, un changement drastique s’impose.  « Cette nouvelle réalité fait exigence d’un passage vers une autre forme de gouvernance, l’implication active d’une masse critique d’acteurs dans la création de richesses, et la redéfinition des relations entre l’Etat et le reste de la société. Ceci oblige un changement de nature du système, par la mise en œuvre d’un processus de transformations systémiques à caractère multidimensionnel affectant, à la fois, les sphères économique, sociale et politique pour l’émergence de nouvelles institutions que les populations s’approprieront » mentionne le manifeste.

La transition de rupture devra donc produire comme effet premier «une réconciliation de la population avec les structures de l’Etat. Il s’agira, de créer un espace collectif, un sentiment national, un État dans lequel se reconnait l’ensemble de la population. Elle doit pouvoir permettre d’élaborer et de mettre en œuvre un programme de politiques publiques en conformité avec les revendications des populations, qui exigent un changement de régime, un État inclusif, de l’emploi et la satisfaction de leurs besoins humains fondamentaux. Cette démarche devrait aussi se traduire par un regain de confiance envers le personnel étatique qui se mesure à l’aune de la perception de corruption, et du niveau de crédibilité accordé aux actions gouvernementales. Enfin, cette transition conduira à la redéfinition des institutions publiques et de leur feuille de route ainsi qu’à la préparation des procédures d’investigations judiciaires sur les grands dossiers de corruption et de dilapidation des fonds publics dénoncés par la population» stipule la déclaration publique.

Vu l’urgence de l’heure, «la période de transition s’inscrit dans l’urgence et ne pourra trop s’étaler dans le temps. Un programme d’actions lié à un chronogramme de mise en œuvre doit être élaboré pour une période n’excédant pas trente-six (36) mois afin de restaurer l’ordre constitutionnel» et pour y arriver des mesures seront prises en vue de permettre « la refonte du système judiciaire ; l’établissement d’un territoire sécurisé; l’offre de services de base à la population : santé, éducation, énergie, eau potable, protection sociale, … ; l’établissement d’un climat qui favorise un jeu égal pour tous dans le processus de création de richesses ; l’organisation de vraies élections démocratiques et populaires ». Des dispositions claires devront être prises pour réaliser ces objectifs intermédiaires et leur efficacité apportera la confiance et la crédibilité nécessaires à la mise en œuvre des mesures de politiques.

La transition de rupture devra aussi « établir une politique et de définir des orientations stratégiques pour certains grands domaines qui conditionnent le redressement économique du pays et l’intégration sociale des populations ». Des indications d’orientation sont fournies, sans exclusive, pour certains domianes comme la gouvernance; les relations de l’État avec le secteur privé; des mesures d’incitations fiscales et monétaires pour l’équité économique; des elections démocratiques et populaires; les relations régionales et internationales; les relations avec la République Dominicaine. « La politique stratégique adoptée au cours de la transition devra s’adresser aux revendications pressantes de la population qui exige : Justice pour les massacres récents ; Renforcement de la sécurité des personnes et des biens ; Mise en œuvre des procédures d’investigations judiciaires et des procès de dilapidations et de détournements des fonds publics ; Un processus constituant souverain ; Des élections générales libres et démocratiques » rappelle la déclaration publique.

Après plusieurs décennies de rendez-vous manqués avec l’histoire économique, politique et sociale, les Partis politiques, Organisations structurées de la société civile, Organisations de lutte pour le droit et l’émancipation des femmes, Associations du secteur paysan, Associations de professionnels, Jeunesse écolière et étudiante, Syndicats et Corporations, Associations du secteur privé des affaires, Organisations des droits humains, Organisations des haïtiennes et haïtiens vivant â l’étranger et Personnalités, conscients que le pays ne peut plus s’accommoder d’un gouvernement provisoire avec comme seul objectif de calmer la colère populaire pour «repartir comme avant, une fois une certaine paix sociale retrouvée ni s’aventurer dans des élections mal conçues à partir de ces institutions délabrées qui ne feront que reproduire le désordre ambiant, et perpétuer la misère des couches défavorisées» ont décidé de se rassembler, autour du manifeste, «pour la constitution d’un large mouvement unitaire, pour l’instauration d’une transition de rupture souveraine et la construction d’un nouvel État».

Pour porter l’ensemble des revendications populaires, assurer le leadership des actions de mobilisations et se poser comme l’interlocuteur unique pour tout dialogue éventuel avec le pouvoir ou autres instances nationales ou internationales, ils ont convenu de convertir les ressources et de « construire » les groupes mobilisés dans l’objectif d’établir un pacte d’actions cohérentes et unifiées, au sein d’une Coordination Nationale de Transition (CNT).  

Stevens JEAN FRANÇOIS

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