Libérer les prisonniers politiques et les prisonniers victimes d’abus de pouvoir

On les connait les prisonniers politiques et les prisonniers victimes d’abus de pouvoir.  On les connait bien et même trop bien.  Ce sont ceux qui sont incarcérés parce qu’ils ont une opinion politique tandis qu’ils expriment cette dernière par parole, par action ou par tout autre moyen pacifique.  Ce sont ceux qui sont accusés et condamnés avant d’être jugés.  Ce sont surtout ceux qui sont en détention préventive prolongée et ce sont, enfin, ceux qui vont mourir bientôt en prison, en raison des conditions infrahumaines qui caractérisent le système carcéral d’Haïti.  Libérez-les tous.  Il y a sept raisons pour les libérer tous.  Tant qu’ils sont en prison, il n’y aura pas de place pour y accueillir les vrais bandits.

Crédit Photo: minujusth.unmissions.org

Sur le plan politique

La république est devenue un grand cachot où il y a plusieurs petites prisons dans le Grand Pénitencier National.   L’Etat partage avec les kidnappeurs son monopole de la violence et les compétences de son pouvoir d’administrer les prisons.  Dès que l’Etat a commencé à garder en prison des innocents, il accepte de punir la vertu pour récompenser les criminels.  Le kidnappeur a reçu le message cinq sur cinq et a compris alors qu’il peut ouvrir ses propres prisons sans être concerné par les lois en vigueur.

Sur le plan constitutionnel

La Constitution garantit la liberté individuelle des citoyens.  L’article 26 prescrit que nul ne peut être maintenu en détention s’il n’a comparu dans les 48 heures qui suivent son arrestation par devant un juge appelé à statuer sur la légalité de l’arrestation…L’article 163 ajoute que le Premier Ministre et les Ministres sont responsables de l’exécution des lois, chacun en ce qui le concerne.  La détention préventive prolongée est donc inconstitutionnelle.  In fine, l’article 145 précise que le Président de la République veille à l’exécution des décisions judiciaires, conformément à la loi.  Où sont passés ces grands commis de l’Etat ?

Sur le plan socio-économique

Les prisonniers appartiennent, dans leur grande majorité, aux groupes sociaux les plus défavorisés.  Pour les citoyens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, aller en prison équivaut à une condamnation à mort, étant donné qu’il sera privé de nourriture, de sommeil et de soins de santé de manière abusive.  Le silence des pouvoirs publics rend ces derniers complices d’un meurtre collectif.

Sur le plan moral

Le vieil adage rappelle qu’il vaut mieux libérer un coupable que de punir un innocent.  Or, celui qui est accusé est présumé innocent dans notre système juridique.  Combien d’innocents, combien de Jolibois en herbe, dignes héritiers du célèbre prisonnier du petit pénitencier national de la rue du Centre, sont partis vers l’au-delà après avoir bu jusqu’à la lie le calice de douleur offert par la grande prison nationale qui n’est ni administrée ni dirigée.

Sur le plan éthique

Quel est le sens d’une vie citoyenne si on n’est pas capable de s’indigner après avoir entendu que deux cents personnes environ ont perdu la vie au cours de l’année 2020 dans les prisons d’Haïti, à cause des mauvais traitements dont elles étaient les victimes innocentes.  Pourquoi alors, ne pas condamner toute la république pour non-assistance à personne en danger.  L’humiliation subie par les prisonniers nus et sans intimité rejaillira sur nous et sur nos enfants.

Sur le plan humanitaire

Une jeune dame qui vivait, dans les années 1960, à la rue de l’enterrement, en face du Collège Bird, a été arrêtée par erreur et conduite dans les geôles de Fort Dimanche, après la tentative d’enlèvement des enfants du Président à vie François Duvalier, opérée par Clément Barbot.  Quand elle a été libérée le lendemain du jour fatidique, elle était méconnaissable pour ses proches, car ses cheveux étaient blancs comme la neige ou mieux comme les dents d’un zombie.  En l’absence de Fort-Dimanche qui a disparu, le raffinement dans la torture lugubre encore les prisons de la république.

Sur le plan géopolitique

Aucun Etat étranger digne de ce nom ne va accepter qu’un de ses ressortissants soit emprisonné en Haïti.  Si on donne un régime de faveur à l’étranger, c’est administrer une gifle politique sur les deux joues du peuple haïtien.  Si l’étranger est jeté comme n’importe qui dans les cachots insalubres et sordides, c’est comme déclarer la guerre au pays d’origine de ce dernier.  Dans les deux cas, il y a crime de lèse-patrie.

Libérez-les tous !

Jean André Victor, Coordonateur National du MOPOD

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