Jovenel Moïse n’a qu’une motivation : ne pas perdre la réalité du pouvoir, dixit Me Samuel Madistin

Sur les ondes de la Radio Vision 2000, à l’espace « Invité du Jour », Me Samuel Madistin a livré sa lecture de la conjoncture actuelle. Selon le professionnel de la basoche, conscient de ce qui l’attend, Jovenel Moïse se bat pour sa propre survie et s’accroche au pouvoir pour ne pas rendre compte à la justice. Toutefois, malgré ses manœuvres, la population finira par se révolter a-t-il prédit.

Crédit Photo : Haïti Liberté

Le mardi 9 février 2021, Me Samuel Madistin a répondu volontier aux questions de Valéry Numa à la rubrique « Invité du Jour » de la radio Vision 2000. La crise actuelle liée à la date de la fin du mandat de M Jovenel Moïse s’est posée comme un point incontournable dans cet échange qui a duré plus d’une heure.

Contrairement à ceux qui ont attendu la date du 7 février 2021 pour proclamer la fin du mandat du locataire du Palais National, Me Madistin estime que sa situation n’a pas changé à cette date. De fait, Monsieur Jovenel Moïse était un président de facto depuis janvier 2020 d’après l’ancien sénateur de l’Artibonite.

 » L’actuel statut juridique de Jovenel Moïse n’est pas différent de celui qu’il avait un an de celà. De celui qu’il avait en janvier 2020 quand il a décidé de renvoyer le parlement et contrôler toutes les avenues du pouvoir. Il n’y avait aucun consensus. Il est entré dans ce que j’appelle une certaine rupture de l’ordre constitutionnel. Donc, il est devenu un président de facto. Il est dans un état d’exception c’est à dire un état qui n’était pas prévu par la Constitution. Son mode de fonctionnement n’est pas prévu par la Constitution et il a concentré tous les pouvoirs entre ses mains. Un pouvoir absolu c’est-à-dire il agit comme bon lui semble, il ne s’est donné aucune borne, aucune limite, sans aucun respect pour la constitution, aucun respect pour la loi, aucun respect pour les conventions internationales, aucun respect pour les normes démocratiques bref, juridiquement quand on est en face d’un tel pouvoir on est en face de ce qu’on appelle un tyran. C’est-à-dire un pouvoir despotique, un pouvoir tyrannique. Un tyran c’est quelqu’un qui a un pouvoir cruel, injuste, illégal arbitraire, totalitaire entre ses mains et il l’exerce sans borne, sans limite. Il fait à sa guise  » a déclaré le Président de la FJKL en début d’émission.

M Jovenel Moïse n’entend pas lâcher prise. Il sait ce qui l’attend. Il a eu bon nombre de démêlés judiciaires avant son accession au pouvoir. Alors qu’il occupait sa fonction, lui et bon nombre de personnes de son entourage immédiat ont été impliqués dans diverses infractions. Impossible pour lui de passer un accord secret d’amnistie avec l’équipe qui le remplacera. Il sait que tôt ou tard il devra rendre des comptes. Alors il fait tout pour retarder ce moment.  » La motivation de Jovenel Moïse est assez claire. C’est un type qui a un problème de survie personnelle. C’est un type qui est à la tête de l’Etat à qui on reproche beaucoup de choses. Et une fois qu’il aura perdu les reines du pouvoir, la réalité du pouvoir, il sent qu’il est possible qu’il aille en prison, il sent que son avenir est incertain. À partir de ce moment, il va faire tout son possible, vraiment tout son possible pour ne pas perdre la réalité du pouvoir voilà sa motivation.Il sait ce qui l’attend. Il se dit : »la réalité est entre mes mains, je dois me battre pour empêcher que cela arrive. Je dois empêcher ce qui me semble destiné à se concrétiser par toutes les dispositions ». À partir de ce moment , il se bat pour sa propre personne. Rien à voir avec le pays ni les partis politiques c’est d’abord personnel  » a expliqué Me Madistin.

M Jovenel s’agrippe donc de toutes ses forces au pouvoir. Il a battu le nombre de mouvements de protestation populaire contre son administration, pourtant il est encore là. Pourquoi ?

Selon Me Madistin, la présence de Jovenel Moïse au Palais National peut être expliquée en premier lieu par ce que Jean Price Mars a appelé une sorte d’outillage intellectuel médiocre. Ceux qui réfléchissent sont mis au rencard. La production scientifique n’est ni supportée, ni appréciée. À cela s’ajoute l’absence de discours construit de l’opposition dont certains membres croient que la course au leadership est un concours de vulgarité. La situation n’est pas si différente dans le camp en face mais, vu que le pouvoir dispose de plus de moyens financiers et qu’ils ont fait des avancées intéressantes en matière de communication politique, il arrive à avoir à sa disposition des individus, même au sein de l’opposition, pour le maintenir en place. À ce point rentrent en jeux les fameux « idiots utiles ».

Me Madistin a utilisé ce concept prêté à Lénine pour décrire ceux qui ont le sens de leur combat, qui ont la conviction, qui sont sincères mais, consciemment ou inconsciemment, ils rendent service à l’adversaire. Leurs actes font les choux gras du pouvoir. Leur discours fait fuir les alliés sérieux. Et, ils sont légion au sein de l’opposition selon le licencié en Sciences Politiques option Relations Internationales à l’INAGHEI qui a aussi désigné le manque d’ancrage idéologique comme l’un des éléments explicatifs de la situation actuelle qui ne pourra pas durer longtemps.

En effet, selon Me Madistin, ce n’est qu’une question d’heure ou de jour. La population finira par se révolter. « La population doit continuer à se mobiliser. La bataille pour le changement doit continuer. Et les données peuvent changer d’un moment à l’autre. Pourquoi ? Nous avons une réalité objective qui empêche que Jovenel Moïse reste au pouvoir. Aujourd’hui nous avons plus de personnes souffrant de la faim, plus de personnes au chômage, plus de personnes dans l’insécurité, le pays est invivable. Jovenel Moïse ne contrôle plus rien. Des personnes sont emprisonnées, des personnes sont kidnappées quotidiennement. Des femmes se font violer. La classe moyenne est appauvrie. Des économies de quinze, vingt ans ne peuvent couvrir la rançon demandée. Les gens sont obligés de solliciter des prêts qu’ils prendront dix à quinze ans à rembourser. Pendant ce temps, on a la sensation que le pouvoir est de connivence avec les kidnappeurs. Des personnes placées dans des fonctions où ils devraient protéger la population n’arrivent pas à la protéger ou du moins s’associent à des bandits pour mettre la population dans l’insécurité. Cette situation est révoltante, elle est inacceptable, l’inacceptable ne peut pas être accepté. Deuxièmement dans de tels circonstances Jovenel Moïse nourrit des projets dangereux. Il projette de changer la Constitution pour la transformer à sa guise, pour hypothéquer les libertés publiques pour de longues années encore. Comme l’avait fait Duvalier. Ceci est inacceptable en 2021. Personne ne peut accepter une telle chose » a martelé le détenteur d’une maîtrise en Sciences du Développement au département des Sciences du Développement (DSD) de la Faculté d’Ethnologie.

Stevens JEAN FRANÇOIS

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