Pourquoi M. Jovenel Moïse est-il encore au Palais National (2e Partie)

Jean André Victor, 15/02/21

Monsieur Jovenel Moïse est encore au pouvoir en Haïti parce que la dimension internationale de la crise haïtienne a été mal ou sous-évaluée par les stratèges nationaux, sans remettre en question le principe de l’autodétermination des peuples. Au risque de trop caricaturer, avançons trois postulats pour faire comprendre de quoi il s’agit : le concept des quatre guerres mondiales, l’évolution du castro-chavisme et les intérêts américains dans la crise.

Le monde a toujours été en guerre, mais il a connu, durant l’ère moderne, quatre guerres mondiales : celle de 1914/1918, celle de 1941/1945, celle de 1947/1991 (la guerre froide) et celle d’aujourd’hui (la guerre politico-économique). Cette dernière se déroule sur plusieurs champs de bataille dont le plus proche de nous est celui du Venezuela. Vu sous cet angle, Haïti est très concernée par la 4ème guerre mondiale.

Pour comprendre l’épisode de guerre entre les EUA et le Venezuela, il convient de se référer au castro-chavisme qui a produit, entre autres, l’Alternative Bolivarienne qui compte une dizaine de membres et dont Haïti est actuellement un membre observateur. Après l’écroulement de l’URSS en 1991 et le vide créé par l’absence de cette dernière, notamment sur le plan idéologique, Castro et Chavez ont lancé le projet baptisé « le socialisme du 21ème siècle » selon lequel les pays de l’Amérique Latine doivent s’unir pour affronter l’impérialisme américain. Le cas échéant, le castro-chavisme peut servir également de stratégie universelle.

Pour y arriver, il faut abandonner la lutte des classes ou les luttes armées des marxistes-léninistes et la guérilla paysanne d’inspiration maoïste d’autrefois pour embrasser la méthode chaviste dérivée de l’expérience vénézuelienne, c’est-à-dire : prendre le pouvoir par les élections, changer l’ordre constitutionnel pour donner tous les pouvoirs à l’Exécutif, mobiliser les plus pauvres par le biais du populisme, démanteler l’Etat de Droite et l’économie de marché pour imposer finalement une dictature progressiste.

Après la mort de Castro et de Chavez, Raul Castro n’a pas trop suivi le modèle de ces deux grands prédécesseurs, mais Maduro n’a pas lâché prise. Washington lâche alors Maduro et soutient le Président autoproclamé Juan Guaido depuis 2019. Haïti fit de même. Donc, les intérêts américains commandent de choisir en Haïti entre les partisans de Maduro et ceux de Guaido, pour dire la chose simplement et vulgairement. Mais, il y a un hic.

Jovenel Moïse se range du côté de Guaido mais son projet de nouvelle constitution ressemble comme deux gouttes d’eau au modèle chaviste et son discours populiste inquiète les stratèges américains. De l’autre bord, les opposants à Jovenel Moïse semblent opter pour Maduro et leur discours reste tout aussi confus que contradictoire en ce qui a trait au castro-chavisme. Or, les enjeux sont importants, si on admet que les Etats n’ont que des Intérêts. Imaginer, par exemple, que de membre observateur de l’ALBA, Haïti devienne un membre à part entière.


Avant que n’advienne une telle situation, les EUA interviennent pour prendre le contrôle des événements, en ce qui les concerne. Si l’Opposition Haïtienne, du lieu de la souveraineté nationale, ne saisit pas ce qui se passe au bon moment, on risque d’avoir des surprises désagréables…

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