Pourquoi M Jovenel Moïse est-il encore au Palais National (4ème Partie)

Jean André Victor, 24 février 2021

Monsieur Jovenel est toujours au palais national parce que la Police Nationale d’Haïti (PNH) est confrontée à un curieux dilemme qu’elle n’arrive pas à résoudre. Tout d’abord, il convient de rappeler que hier, les FADH (Forces Armées d’Haïti) remplissaient simultanément la fonction militaire et celle de police tandis qu’aujourd’hui, c’est la PNH qui est responsable des deux fonctions susmentionnées, malgré les semences mises en terre pour remobiliser les FADH agonisantes. Le militaire a pour mission de tuer ; le policier a pour mission de protéger et servir. Le cumul de ces deux fonctions antagoniques sur les épaules d’une seule et même entité conduit tôt ou tard à l’autodestruction totale ou partielle de cette dernière.

Crédit Photo : Le Nouvelliste

Le dilemme de la PNH est donc le suivant : ou elle assume sa fonction « Protéger et Servir » et elle se comporte alors comme une institution professionnelle ou elle obéit à un ordre manifestement illégal et elle devient, dans ce cas, une milice à la solde d’un pouvoir autoritaire. Le cœur de la PNH balance entre ces deux options. Pour des raisons qu’il est superflu de discuter ici, elle choisit actuellement la seconde option plutôt que la première. La PNH se transforme alors progressivement en milice servile.

Ainsi, la PNH s’oppose aux légitimes aspirations du peuple revendicatif qui reste, pourtant sa dernière chance pour éviter sa déliquescence. Elle tue dans l’œuf les manifestations pacifiques dont les flux grandissants pourraient provoquer le déchoukage d’une Administration porteuse de madichons. Elle lance inconsidérément gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc et projectiles tous calibres en direction d’une population désarmée tandis que bandits et ravisseurs, armés jusqu’aux dents, dorment à poings fermés au chevet de leurs victimes innocentes. Entre le policier qui tire à feu nourri et le kidnappeur qui tue à petit feu, le patrimoine national rapetisse, par sa masse négligeable, une société en voie d’effondrement. Le pays devient alors un micro-Etat où les agriculteurs gèrent des micro-parcelles, les commerçants font du micro-crédit et où les producteurs administrent des microentreprises.

Est-il trop tard pour professionnaliser la PNH et faire des micro-citoyens que nous sommes devenus des hommes de bien que nous n’avons pas été. Est-il trop tard pour faire comprendre à la PNH qu’elle s’intoxique en gazant le peuple et qu’elle se détruit chaque fois qu’elle est cause de mort. Les micros dirigeants se glorifient de micro réalisations dans un micro-Etat qu’ils veulent perpétuer pour bloquer le procès Petro Caribe. Quel pays est le nôtre quand un citoyen a pour tout bien une demi-poule, car l’oiseau est la propriété de deux micro-paysans alors qu’un autre vient d’acquérir, en terre étrangère, une propriété valant plus de 4 millions de dollars. Est-il trop tôt pour faire une macro-révolution et laver à grande eau les écuries d’Augias ?

Seule un pouvoir de transition pourrait nous aider à professionnaliser la PNH, à nous défaire du Pouvoir individualisé, à rationaliser nos choix budgétaires et à moderniser nos pratiques de chen manje chen. Un Policier n’est le chien de garde de personne. Puisque notre épée est déjà teintée de sang, que nous ne pouvons plus reculer et qu’un combat est un combat, que tous les micros hommes s’organisent pour faire la macro-révolution. Ainsi la terre de liberté que nous avons voulu être deviendra une terre de dignité que nous souhaitons tous. Vivent Dessalines et Pétion !

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