Haïti | Crise: L’église un géant bien trop inoffensif

Comme c’était annoncé depuis quelques jours, les fidèles issus de différentes assemblées du secteur Protestant ont gagné les rues de la Capitale haïtienne à travers cette marche pacifique qui a arpenté la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Une foule immense, de plusieurs dizaines de milliers de fidèles qui, comme une mer immense, marchaient pour dire NON aux mauvaises pratiques, à l’insécurité, au kidnapping, à la criminalité, à la misère institués en Haïti, et qui font honte à ce que devrait être la Première République Noire indépendante.

La montagne a accouché d’une montagne, et non d’une souris comme on s’était habitué à le vivre à l’annonce des méga mobilisations anti-Jovenel, depuis un certain temps. Certes, les fidèles protestent, mais ce n’est point le même secteur, quoique tous deux opposants à cette velléité incommode du pouvoir de diriger comme bon lui semble.

L’Opposition politique, serait-elle trop politique dans sa pluralité pour être efficace aux fins qu’elle envisage? L’Église, est-elle trop religieuse pour ébranler le pouvoir dans ses oeuvres? Énormes interrogations auxquelles on ne pourrait apporter que des réponses spéculatives, mais jusqu’ici, ce qui est certain, sans spéculation aucune, c’est qu’aucun secteur n’a encore touché là où Jovenel Moïse aurait peur, là où il ne résisterait point. Et quiet, il regarde égrener les jours, les semaines, et bientôt les mois, après le fameux 7 février litigieux qui avait annoncé la couleur.

En tout cas, en ce dimanche 28 février 2021, le dernier dudit mois, les leaders ecclésiastiques Protestants ont amené leurs fidèles sur le macadam non pas pour prier le Saint Moïse, mais pour lui dire les quatre vérités, et dire non à cette vie qu’aucun peuple ne mérite, et que nulle société ne saurait accepter.

Ils ont marché, ils ont dit leur mal-être, leur déchirement découlé du traitement abject que subit la nation entière: les gangs assoiffés, un pouvoir passif, qui ne rassure en rien, et surtout qui se noie en propagandes inutiles, farfelues.

On retiendra ce geste d’un profond symbolisme, quand des citoyennes participant à la marche ont offert des fleurs aux agents du CIMO alors qu’ils étaient en formation pour sécuriser ou circonscrire cette foule diluvienne. C’est comme si, par ce que représentent les fleurs, elles leur avaient offert l’amour, le pardon, malgré les brutalités policières que l’on connait ces temps-ci; et surtout, elles leur avaient offert la paix, comme pour les ramener à comprendre et les rallier à la cause.

Oui, durant des heures, ils ont marché dans la Capitale haïtienne, mais hélas! L’oreille qu’ils ont ciblé est dure, et n’a aucune notion du langage dont ils ont fait usage. Mais l’on notera la force incontournable de mobilisation de l’Église. Pourtant, elle reste ce géant bien trop inoffensif pour faire entendre la raison à ce pouvoir qui ne compte lâcher prise, et s’accroche à tout prix.

Étienne De Saint-Exil
etiennedesaintexil@gmail.com

+509 4376 4366

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