Pourquoi Monsieur Jovenel Moise est-il encore au Palais National (6eme Partie)

Jean André Victor, 5 mars 2021

Monsieur Jovenel Moïse est devenu le chef d’un pouvoir de facto qui siège encore au palais national parce qu’il est l’auteur d’un phénomène chaotique dont il ne saisit pas nécessairement les tenants et les aboutissants. En effet, après avoir laissé mourir ou dépérir respectivement le Parlement, le Pouvoir Judiciaire, la Police Nationale d’Haïti (PNH) et laissé fleurir la violence et le grand banditisme, il a bloqué l’appareil administratif, bouleversé la hiérarchie des lois et renié le serment présidentiel pour créer, autour de lui, un vide politique qui vient paver la voie à un pouvoir de transition. Peut-on expliquer l’instabilité politique en Haïti par la théorie du chaos ?

Crédit Photo: Le Devoir

Le comportement d’un système chaotique est non prédictible sur le long terme, en raison de sa sensibilité aux conditions initiales de sa formation, si infirmes soient-elles, lesquelles peuvent entrainer plus tard des résultats totalement différents de ceux qu’on aurait dû obtenir sans l’impact des susdites conditions. C’est pourquoi il est difficile de savoir à quel moment une administration mal partie peut basculer vers un régime dictatorial sans que les acteurs impliqués soient conscients des enjeux en cause. Il est difficile pour un Président mal élu de passer l’écharpe bicolore à un autre Président mal élu, sans passer par un pouvoir de transition qui fait le pont entre les deux. La mauvaise gouvernance engendre la mauvaise gouvernance.

En effet, des élections irrégulières et frauduleuses donnent naissance à des gouvernements contestés dont les titulaires sont forcés de recourir au pouvoir individualisé pour se maintenir au timon des affaires de l’Etat. Les excès et les abus de l’homme providentiel finissent par créer l’instabilité politique, laquelle ouvrira la voie aux élections irrégulières et frauduleuses. Et le cycle recommence. C’est cela le cercle vicieux de la transition. En choisissant de répéter la manœuvre périlleuse de ses prédécesseurs (Préval et Martelly), M. Moïse demeure le vrai artisan du pouvoir de transition qu’il redoute tant. Certes, il y a une différence entre le pouvoir de transition et un pouvoir de transition. Le premier est le concept tandis que le second est le résultat de l’application du concept. Si le premier est neutre dans son essence, le second est sujet à toutes les dérives comme n’importe quelle œuvre humaine. Le problème est de savoir à quoi va servir la transition. A renforcer la stabilité politique ou à encourager la corruption ?

Cela dit, le pouvoir de transition, en tant que concept, reste une institution démocratique qui est prévue dans toutes les Chartes Fondamentales. La vice-présidence dans le système américain est une forme de pouvoir de transition, laquelle est incorporée dans la Constitution tout comme c’était le cas pour la Constitution haïtienne en vigueur, dans son article 149, avec sa formule « de vacance présidentielle pour quelque cause que ce soit ». Cette formule sous-entend, par exemple, l’assassinat aussi bien que le coup d’état. En laissant tomber la formule « pour quelque cause que ce soit », l’article 149 de la Constitution de 1987, amendé en 2011, a créé un vide juridique et n’a pas prévu notamment le cas d’une mandature écourtée. Le fait de choisir un juge de la Cour de Cassation ou un syndicaliste anonyme comme Chef du pouvoir de transition trouve sa pertinence dans l’imprévoyance du législateur. La légalité n’est pas la légitimité. Etant donné que le juge à la Cour de Cassation vient de passer, avec succès, son test de légitimité le 28 février dernier, il est demandé au Président de facto de passer également le sien en organisant une manifestation contre la dictature dans les mêmes conditions, s’il estime que son mandat n’a pas expiré le 7 février 2021. C’est cela le vrai référendum.

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