Hommage aux policiers : Pourquoi la PNH n’est ni administrée ni dirigée?

Jean André Victor, 15 mars 2021

Honte pour notre génération ! Madichon pour nos Elites ! Nos policiers sont tombés dans la boue du Village de Dieu, devenu malheureusement le Village du Diable, parce que les administrateurs n’administrent rien tandis que les fonctionnaires ne fonctionnent pas, alors que les dirigeants ne maitrisent point les questions politiques. Au-delà des questions tactiques et des conflits internes propres à la PNH (Police Nationale d’Haïti), nos policiers ont mordu la poussière, faute de stratèges et d’hommes d’Etat. En guise d’hommage aux victimes innocentes d’un désastre inacceptable, mettons sur la table de la bonne gouvernance quelques éléments de stratégie globale.

Quand le MOPOD (Mouvement Patriotique et Populaire) avait suggéré la mise en place au sein des Forces de l’Oppositions d’Une Autorité Nationale de la Transition (ANT), il argumentait, à l’occasion, que la République devra affronter, en même temps, plusieurs types de transition (politique, économique, sociale et culturelle). À l’intérieur de ces derniers, pour ce qui nous concerne actuellement, il y a trois types de transition inter-reliés qui méritent l’attention de nos stratèges : la transition urbaine, la transition démographique et la transition de la violence.

Haïti passe en un laps de temps relativement court de la situation d’une société rurale à celle
d’une société urbaine. Le taux d’urbanisation du département de l’Ouest était de 84% en 2015. La majorité de sa population vit dans un espace urbain rangé autour de quatre axes incluant Port-au-Prince / Pétion-ville/Kenscoff – Port-au-Prince / Tabarre / Croix des Bouquets / Malpasse – Port-au-Prince / Cité Soleil / Carbaret / Arcahaie – Port-au-Prince Carrefour /Gressier / Léogane / Grand Goâve / Petit-Goâve. Le cœur de la République bat dans ce vaste quadrilatère de 4 millions d’habitants dont plus de 75% vivent dans les quartiers pauvres et extrêmement pauvres. Un réservoir idéal pour le grand banditisme et la guérilla urbaine.

On ne peut raisonnablement demander à une force de police dont la mission est de Protéger et Servir de remplir une fonction militaire, celle de tuer, ni non plus aux forces militaires traditionnelles de combattre la guérilla urbaine. Dans « The Utility of Force. L’art de la guerre dans le monde moderne », paru en 2006, le Général anglais Rupert Smith a montré que l’Armée peut gagner des batailles mais qu’elle ne peut pas résoudre les problèmes politiques. On n’a pas besoin de remonter jusqu’à Mao Tse Dong ou à Che Gevara pour comprendre l’importance de l’appui de la population dans une lutte de guérilla. Or, on n’est seulement qu’au début de la première phase des trois types de violence (politique, criminelle et sociale).

Après la phase actuelle de germination, il y a celle de la croissance et celle de la maturité quand le grand banditisme va atteindre sa vitesse de croisière. Ce qui s’est passé au Village du Diable peut faire tâche d’huile. La victoire appelle la victoire. La société civile doit contribuer à l’organisation et la modernisation des forces publiques (financement, enseignement et recherche, programmes sociaux d’envergure). C’est aux élites haïtiennes de réagir. La communauté internationale n’a que trois options :1. laisser les Haïtiens s’entretuer (ainsi le problème migratoire est résolu à moindre coût) – 2. Tolérer les gouvernements corrompus (cela résout à peu de frais le problème du néo-colonialisme) – 3. Encourager l’émergence des gouvernements progressistes. La troisième option est la meilleure, mais elle requiert, pour sa viabilité, l’unité de commandement au sein des forces de l’opposition. Ayibobo !

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