Fantom 509 : La FJKL se demande si la Police Nationale d’Haïti serait traversée par un courant fasciste?

Les membres du groupe Fantom 509 ont semé la pagaille dans l’ère métropolitaine de Port-au-Prince les 17 et 18 mars derniers. Bilan: des véhicules incendiés, un commissariat et un concessionnaire de véhicules pillés, des policiers en conflit avec la loi dont un poursuivi pour meurtre libérés de force. La FJKL dans son dernier communiqué est revenu sur les agissements de ces individus qui mettent en danger toute l’institution policière.

Crédit Photo : Le National

La Fondasyon Je Klere (FJKL) fidèle à ses bonnes vieilles habitudes, dans son dernier communiqué, est revenue sur les évènements qui se sont déroulés la semaine dernière. Le groupe Fantom 509 a gagné les rues et imposé sa loi dans l’aire métropolitaine. Il a étendu ses exactions jusqu’à la Croix-des-Bouquets. Les 17 et 18 mars 2021, ce « groupe de policiers » aux agissements manifestement illegaux ont mis la capitale et ses environs sens dessus dessous.

 » Le 17 mars 2021, Ils ont particulièrement vandalisé et pillé sans aucune forme de résistance le commissariat de Police de Delmas emportant au passage tout ce qu’ils pouvaient tels que portes, fenêtres, appareils de télévision et de radio, réfrigérateur, motocyclettes… Ils ont brisé les cadenas des cellules et procédé à la libération de force de quatre (4) policiers placés en isolement par l’Inspection Générale de la Police (IGPNH) et menacé d’exécuter froidement les autres détenus s’ils s’avisaient de quitter leur cellule  » relate la FJKL.

Les membres du groupe ont libérés de force: Beaublan Beker (26ème promotion), Bonfritz Jean Eliphète (4ème promotion en instance de renvoi), Joseph Edivens (28ème promotion) et Zidor David (27ème promotion) et ont ciblé des entreprises du Groupe Boulos.

 » Le même jour, sur la route de l’aéroport, la UNIVERSAL MOTORS S.A (concessionnaire de véhicules de marque Nissan) a été pillé et incendié, et ses employés menacés. La maison AUTOPLAZA située également sur la route de l’aéroport et appartenant comme Universal Motors au Groupe Boulos a été également attaqué. Cette attaque aurait été contrecarrée par le gang de Simon Pelé et aurait fait plusieurs morts. Cette information n’a jusqu’ici pas été confirmée  » lit-on dans le communiqué.

Un mort et un blessé par balle ont aussi été enregistrés à Tabarre 27 où une moto a ouvert le feu sur une autre moto avec deux (2) personnes à bord. En marge de cette journée,  » le groupe a incendié plusieurs véhicules trouvés sur sa route et tiré des coups de feu à tort et à travers  » rapporte l’institution de promotion et défense des droits humains.

Le lendemain, soit le jeudi 18 mars 2021, le groupe a récidivé ! Saisies des clefs de véhicules de citoyens paisibles circulant dans les rues, tirs d’armes automatiques, incendie composent, entre autres, la liste de leurs exactions. Ils ont libérés un policier poursuivi pour le meurtre d’un citoyen. La FJKL a fait lumière sur ce dossier !

 » À la Croix-des-Bouquets, ils ont libéré de force le policier Nozier Laguerre. Le prévenu Nozier Laguerre est poursuivi pour meurtre au préjudice de Jean Ralph M. Kesnique Pierre Paul alias Keke tué de sang-froid à Tabarre 27 à proximité de l’immeuble « Le Joyau Hotel ». Né à Tabarre en décembre 1981 où il a grandi, Keke fut un leader culturel de la zone et dirigeait un club culturel dénommé 509 Promo. Ce meurtre est survenu le 31 juillet 2020 au moment où le juge de Paix Eric Dorsainvil faisait le constat d’une personne tuée à l’hôtel. Une dizaine de policiers effectuait un périmètre de sécurité quand Keke qui habitait la zone voulait rentrer à l’hôtel pour rencontrer Pierre Vaillant Noel et Edelyne Noel, des cousins venus respectivement du Canada et de Boston et qui étaient logés à l’Hôtel. Les policiers lui ont demandé de rebrousser chemin. Tentant d’expliquer qu’il est dans son quartier et qu’il est venu voir ses proches hébergés à l’hôtel, précisant qu’il est connu du Manager de l’établissement, en l’occurrence Monsieur Gerald Alexis. Nozier l’a pris en lui passant le bras autour du cou et est sorti avec lui. Une fois arrivé devant la barrière de l’hôtel, il lui a logé purement et simplement une balle au cœur. Ce meurtre avait soulevé la colère, l’indignation et la protestation dans les rues de la population de Tabarre en raison de la personnalité de la personne tuée gratuitement par ce policier. Le calme n’est revenu que sur l’intervention du député Caleb Desrameaux qui d’ailleurs considère Keke comme son fils, son frère, son bras droit. Après enquête de l’Inspection Générale de la PNH le prévenu a été transféré au Parquet de la Croix-des- Bouquets le 26 octobre 2020, et son dossier est acheminé au cabinet d’instruction le même jour. Bénéficiant de la clémence du Parquet de la Croix-des-Bouquets, ce prévenu est laissé au commissariat pour bénéficier de conditions de détention meilleures qu’à la prison civile de la Croix-des-Bouquets vu qu’il a un frère et une sœur qui sont également policiers. Le dossier est confié au juge Yvelt PETIT BLANC qui est aussi en charge du dossier du prétendu coup d’état du 7 février 2021 et qui avait libéré le juge Ivickel Dabresil en son cabinet. Le 18 février 2021, le cahier de l’instruction est retourné au Parquet de la Croix-des-Bouquets pour réquisitoire définitif. Trois jours plus tard, soit le 21 février 2021, le parquet a renvoyé le dossier au cabinet d’instruction avec son réquisitoire définitif. C’est donc ce policier, inculpé de meurtre, qui est en attente de l’ordonnance de clôture de son dossier pour meurtre qui a donc été libéré de force par Fantom 509. Comme si les parents de Keke n’ont pas droit à la justice et que les policiers étaient au-dessus de la loi et de la justice !  » relate la communication officielle de l’institution.

La Fondasyon Je Klere (FJKL), selon le communiqué portant la signature de Madame Marie Yolène Gilles,  » note que Fantom 509 a un discours et des agissements qui prônent la suprématie de la force sur le pouvoir civil, l’éducation, le droit et la justice « . Elle « note également que le discours et les agissements de Fantom 509 rejettent les droits de l’homme, la démocratie, la séparation des pouvoirs, l’Etat de droit, le respect de la discipline et de la hiérarchie au sein de la PNH, le droit à la propriété privée et le respect de la dignité humaine « . D’où le constat  » que le discours de Fantom 509 est une variante du discours du parti au pouvoir qui prône le règne « du banditisme légal” ; Que ce groupe défend donc les idéaux du pouvoir en place « .

 » La FJKL rappelle que le discours et les agissements de Fantom 509 n’ont guère été observés en Haïti même au moment où les forces Armées d’Haïti multipliaient les coups d’Etat ; Qu’il faut remonter à l’Haïti d’avant 1915 pour trouver trace de tels agissements effrayants de groupes armés en Haïti. La FJKL constate enfin qu’une frange non négligeable de la PNH adhère au discours et aux méthodes d’action de Fantom 509 comme en témoigne la passivité observée des policiers en poste quand Fantom 509 sème le désordre et l’anarchie. La FJKL, analysant le discours et les agissements de Fantom 509, se demande si la Police nationale d’Haïti serait traversée par un courant fasciste ? La Fondasyon Je Klere (FJKL) invite les défenseurs des Droits de l’Homme, de la liberté, de l’Etat de droit, des valeurs d’une société juste et prospère à réfléchir sur cette question et à ne pas fuir le débat avant qu’il ne soit trop tard  » conclut la note datée du 21 mars 2021.

Rappelons que dans sa note parue le 19 mars 2021, l’institution policière a salué la décision de plusieurs policiers libérés de force qui ont choisi de regagner la garde-à-vue du commissariat de Canapé Vert.

Abigaelle PIERRE

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