Haïti | Politique| Nous indigner: n’en parlons pas!

Comment pourrions-nous nous indigner, si nous n’avons même pas le courage d’être nous-mêmes, le courage de vivre?

Crédit Photo : HPN

Les derniers incidents remuant la République me ramènent à accepter, et j’en suis opiniâtre, que plus rien ne peut nous indigner; non, plus rien ne peut nous blesser, puisque nous sommes des cadavres. Car on ne peut pas faire souffrir un cadavre, il est déjà inerte et n’en a cure de ce que l’on pourrait lui infliger par-delà de son inertie. Nous ne pouvons nous indigner, car on ne donne que ce que l’on a, par ricochet ou syllogisme l’on ne peut prétendre perdre ce que l’on n’a pas, et dignité nous est un bien étrange vocable depuis des décennies, voire des lustres. Et dans ce détour nous avons gagné une insolite immunité, celle de ne plus être touchés par la magie de la conscience, et le sentiment de vouloir tout changer. L’Haïtien n’est pas conscient de son mal, de son mal-être, encore moins du danger qu’il a fait de lui contre lui-même. On est dans l’absurde, et ce qu’on pourrait appeler une désintégration de la chose humaine en nous.

Tout est de la politique, et quand ce n’est plus de la politique c’est un raccourcis pour y revenir au galop. Et quelle politique? La politique nous mange, notre politique est un outil en perdition de sa vocation… mais non, peut-être que sa vocation a toujours été telle: en finir avec la Première République Noire libre. Pastiche du «Syndrome de la pieuvre», mais sans la faculté de régénération. On se mange, on s’autodétruit, sans garantie de pouvoir nous reconstruire, nous améliorer. «Les salauds ont mis le feu au Paradis…» a chanté Alfa Blondy sans avoir pensé que cette chanson allait autant seoir tel un hymne à la réalité politique d’Haïti. Oui, les salauds ont mis le feu au Paradis vocationel qu’a été Haïti dès sa genèse: Terre de liberté, de floraison, et de droits fondamentaux.

Les bandits du Gang Baz 5 Segond auraient perçu plusieurs millions de gourdes pour offrir des funérailles coûteuses aux restes des policiers… Des funérailles à huis clos, auxquelles aucun membre des cinq familles n’est même pas convié. En voici les funérailles les plus luxueuses offertes à des policiers depuis bientôt 26 ans de fondation de la Police haïtienne (si on se tient au coût), des funérailles insolites qui font honte et entrevoir le dessous de l’État actuel telle une brise vagabonde aurait soulevé des jupes.

Non, des scandales de plus sont inutiles. Pas la peine d’en faire des gaspillages, ou d’en rajouter messieurs. Ils ne serviront à rien, même pas à nous indigner, à nous révolter! Cela illustre, de la plus fidèle manière que ce soit, la «merde majuscule» que nous épousons sans gêne, sans poser de questions, ou de conditions. «Oui je le veux», et nous embrassons notre merde comme tout nouveau marié. L’Haïti d’aujourd’hui est notre merde à nous tous, même les non-politiques de la République.

L’acceptation dans laquelle nous batifolons est une maladie, ou s’y apparente. C’est une mutation sociétale sur le comportemental, pour plaire on ne sait à quels dieux de l’absurde, et caresser le suicidaire. Nous avons fait un choix! Et ne pas nous indigner, nous l’avons choisi, et cela risque de nous coller au train des éternités durant, si notre conscience ne se réveille pas, si nous ne prenons pas la tangente!

Indignons-nous!!!

Étienne De Saint-Exil
etiennedesaintexil@gmail.com

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