Pourquoi la sécurité une fois rétablie ne s’est pas dégradée à Perches-de-Bonnet Milot

Depuis son inauguration en grande pompe le 6 mars 2019, le sous-commissariat de Lambert dessert la communauté de Perches-de-Bonnet Milot. La présence permanente des agents de la force de maintien d’ordre a fait fuir les bandits qui jadis imposaient leur loi dans cette localité du département du Nord. Deux ans plus tard, la sécurité y règne toujours. Il n’y a eu aucun crime. Comment expliquer un tel exploit?

La Police Nationale d’Haïti (PNH) et les malfrats ne peuvent entretenir aucun type de rapport de voisinage. L’une des forces en présence doit exigiblement vider les lieux. Instituée en auxiliaire des pouvoirs publics en vue de maintenir l’ordre en général et de prêter force à l’exécution de la loi et des règlements, la police nationale, malheureusement, n’arrive pas à toujours maintenir sa présence dans certaines zones.

La dernière déconvenue que la PNH a connue remonte au 15 février dernier. Des membres du gang de la zone ont incendié le sous-commissariat de Gran Ravin, quartier de l’entrée Sud de la Capitale haïtienne, Port-au-Prince. Les bandits ont chassé les policiers avant de commettre leur méfait. Ils ne sont pas retournés dans leur fief les mains vides. Selon les informations disponibles, trois Galil, un M14, un fusil d’assaut de calibre 12 et plusieurs caisses de bonbonnes de gaz lacrymogènes ont été emportés. Un poste de plus de la PNH est donc venu grossir la trop longue liste des infrastructures policières victimes de crises sociopolitiques ou d’insécurité. Le sous-commissariat de Lambert quant à lui semble avoir de beaux jours devant lui.

Deux ans après la cérémonie inaugurale du sous-commissariat de Lambert l’ordre et la sécurité règnent dans la communauté Perches-de-Bonnet. Il n’y a eu aucun crime. Les règlements de compte ont cessé. Il fait bon de vivre dans cette communauté qui dispose aujourd’hui de huit agents de la PNH. Ils ne sont pas assez nombreux diraient certains, mais grâce au véhicule dont dispose le sous-commissariat et les initiatives prises par l’inspecteur en charge, ils arrivent à mener à bien leur mission.

Le véhicule en question est arrivée à point nommé. « Avant le pick-up, le sous-commissariat disposait uniquement d’une moto. J’organisais des points fixes avec des agents dans la communauté. J’ai mis en place un programme dans lequel était prévu les lieux et heures de déploiement des agents  » témoigne l’Inspecteur en charge du sous-commissariat Mathélot Bien Aimé. Cette disposition avait ses limites. Convaincu que les agents doivent disposer d’un véhicule pour mener à bien leur mission, l’Inspecteur Duvisien Saurel va prendre les choses en main.

Pris de court par l’apparition du nouveau coronavirus, le natif de Perches-de-Bonnet Milot, n’a pu rentrer en Haïti. Coincé aux États-Unis, il fait face aux restrictions de déplacement. Malgré l’atmosphère de crainte, il a trouvé les ressources nécessaires pour transformer ce malus en bonus ce, pour le plus grand bonheur de sa communauté. « Depuis 2016, j’ai l’habitude d’aller annuellement aux États-Unis. D’ordinaire, j’y passe un mois. Donc je m’y suis rendu en mars 2020 pour une énième fois et je me suis retrouvé dans l’impossibilité de revenir en Haïti à cause du nouveau coronavirus. Il était quasi impossible de se déplacer, de circuler et tout se faisait au téléphone. Face à cette situation, malgré les réticences de certains, j’ai mis en place le groupe WhatsApp » relate ce dernier.

Appelé Podium de la Fondation de Perches-de-Bonnet pour le développement et la promotion des vraies valeurs, l’espace de rencontre aménagé au profit des filles et fils de la communauté a été mis en place. Son horaire de fonctionnement a été axé autour des trois fondements de la fondation : Évangélisation, Éducation et Développement socio-économique communautaire. « Vu que tout le monde n’était pas libre tout le temps nous avons établi un horaire de fonctionnement. Un pasteur vivant au Brésil, chaque matin du lundi au vendredi, guidait les membres du groupe vers la réalisation de leurs devoirs religieux et moraux. Son épouse, chaque samedi, réalise une grande prière. Après la prière qui se fait de 3 à 4 heures AM, c’est le temps libre durant lequel n’importe qui peut partager des informations utiles ou échanger des salutations. Ensuite de six à sept heures trente, pour la rubrique éducation, nous présentons une conférence-débat  » a révélé le dirigeant de la fondation faisant la promotion des personnalités, des produits et des concepts utiles à la société et pouvant aider à la redresser.

Crédit Photo : Google Maps

Fidèle aux bonnes vieilles habitudes du groupe, un soir, l’un des membres du groupe, Arsène Jean Jacques, a donné une conférence portant sur la géographie de la communauté. À la fin de son intervention, les membres se sont demandés ce qu’ils pouvaient faire d’autre pour aider la communauté. Les discussions ont porté sur le renforcement du sous-commissariat inauguré un an plus tôt. « Mon cousin [Arsène Jean Jacques,ndlr] a proposé que dix membres du groupe acceptent de contribuer à hauteur de 100 dollars américains pour l’achat d’une motocyclette pour le sous-commissariat. Sachant qu’il y avait déjà une motocyclette mise à sa disposition par la PNH, j’ai recommandé l’achat d’un véhicule de préférence et ai présenté les avantages d’un tel choix. Tout le monde a apprécié l’idée et on a décidé de la marche à suivre pour réunir la somme nécessaire  » témoigne l’Inspecteur Duvisien qui, d’entrée de jeu, a annoncé de combien sera sa contribution. Les autres membres du groupe ont, tout de suite commencé à faire des promesses de dons.

En un temps record, ils sont passés à l’acte. Les contributions commençaient à pleuvoir. « J’ai tellement reçu de transferts d’argent que, comme touriste aux États-Unis, je craignais que les autorités m’interpelleraient pour me questionner sur toutes ces transactions  » nous a-t-il témoigné. Les choses avançaient de bon train et les membres du groupe ont jeté leur dévolu sur un pick-up parmi les véhicules proposés. Ils ont pu collecter les 10 000 dollars nécessaires à son acquisition. Il a été, ensuite, transporté de la Caroline du Sud à la Floride pour être expédié vers Cap-Haïtien. Informé de l’initiative prise, le Directeur Départemental Nord de la PNH a accompagné les instigateurs par correspondance ainsi ils n’ont pas payé pour le dédouanement ni les autres formalités liées au véhicule qui a été livré au sous-commissariat le 6 décembre 2020.

Grâce au pick-up les agents de la force de maintien d’ordre ont pu circuler aisément à travers la communauté. Ils ont organisé des patrouilles. Le pick-up leur permet donc d’être plus présents et surtout de se rapprocher de la population. « Notre plus grande force est la relation communautaire. Nous sommes à notre onzième conférence. Dans les églises, les presbytères et les écoles nous intervenons pour expliquer à la population le rôle de la PNH  » a indiqué l’inspecteur Mathélot. Dans la perspective de se rapprocher d’avantage de la population, la présence d’une délégation du sous-commissariat est toujours remarquée aux funérailles des membres de la communauté décédés. Ces initiatives ont donné des résultats.

« La population est notre système d’alerte  » a révélé le responsable du sous-commissariat pour illustrer l’engouement des membres de la communauté à informer les policiers de tout agissement louche. La population ne craint pas les policiers et ne cherche pas à les éviter, le sous-commissariat est assez fréquenté ! Bon nombre de citoyens de la zone viennent y recharger leurs portables.

Pour pérenniser ses actions, la fondation a mis en place une commission de suivi et maintenance du véhicule. De plus, une allocation est attribuée au sous-commissariat pour faire le plein du véhicule entre autres. Ses membres projettent d’aménager l’environnement immédiat du sous-commissariat dans un futur proche.

Les résultats de l’initiative prise à Perches-de-Bonnet Milot sont probants. Toutefois, l’apparition de gangs dans d’autres coins de la commune expose la communauté au risque d’être enclavé par divers fiefs de bandits. Aux autres communautés de prendre de la graine de cette initiative prise dix ans plus tôt pour assurer le maintien de la sécurité à Perches-de-Bonnet Milot.

Stevens JEAN FRANÇOIS

Avec la participation de CFI, agence française de développement médias, dans le cadre du projet INFO TOUPATOU et de la FOKAL

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