Assassinat Politique ou Dialogue Républicain

2. Chita pou Fè kisa

Jean André Victor, 9/4/21

Une fois qu’on serait d’accord sur le principe de dialoguer – ce que souhaiteraient tous les gens sains d’esprit – il se pose tout de suite une autre question : de quoi va-t-on discuter ?  Ce que d’autres appellent « Agenda ».  A la vérité, il faudrait plutôt identifier le (ou les) problème (s) que l’on veut résoudre, car il y en a plusieurs.  D’autres personnes ajoutent qu’il faut tout mettre sur la table de discussion.  Justement, on ne peut pas tout mettre, à cause des contraintes de temps et d’espace.  Dans le cas haïtien, en l’an 2021, que faudrait-il mettre sur la table ?

La démission de M. Jovenel Moïse et son remplacement immédiat, la tenue du procès Petro Caribe, la chronicité de l’instabilité politique, le remboursement des sommes payées aux bandits et aux kidnappeurs, l’électricité disponible 24 heures sur 24, les arriérés de salaire des fonctionnaires mal payés, l’effondrement de la société haïtienne, les effets de la 4ème guerre mondiale, la tutelle vicennale des Nations Unies, la récupération de la souveraineté nationale ou la conférence nationale souveraine !  Les conditions du dialogue (protocole et mode de prise de décision) varient avec la nature de la thématique retenue.  Tout médiateur doit proposer un protocole de dialogue, si l’on choisit ce mode de règlement des différends.

Laquelle des deux choses suivantes est la plus importante : les utopies de M. Jovenel Moïse ou la liberté et la dignité pour tous ?  A première vue, les secondes paraissent plus importantes que les premières.  Mais, il n’en est rien, car un âne vivant est plus dangereux qu’un lion mort.  Le porteur des utopies occupe l’espace de pouvoir et tire sur tout ce qui bouge.  Que faire ?

Il convient de rappeler qu’il y a trois niveaux pour faire la politique, notamment dans le cas haïtien.  Au niveau 1, on ne fait pas de politique ou mieux on pense qu’on n’en fait pas, étant donné que ne pas faire de politique, c’est une façon de faire de la politique, l’homme étant un animal social.  C’est connu depuis Aristote.  Au niveau 1, le peuple revendicatif a choisi de laisser aux gouvernants le pilotage du pouvoir politique et attend alors des autres la solution aux problèmes qu’il ne peut résoudre lui-même.

Au niveau 2, le citoyen fait de la politique et en a conscience.  Elu ou électeur, il assume sa part de responsabilité dans la gouvernance de la cité.  Toutefois, il veut avoir le pouvoir mais il ne sait pas quoi faire du pouvoir.  Il réalise, cependant, qu’il lui revient de fournir des réponses aux problèmes conjoncturels.  Il peut vouloir même devenir Président de la République, car tout petit, il savait déjà qu’il est un prédestiné.  Toute sa famille le sait bien, y compris les loas. 

Au troisième niveau, l’homme d’Etat privilégie les problèmes structurels et a une vision de long terme et aussi une stratégie pour libérer son pays et/ou conquérir la dignité.  Il se fait une idée de la grandeur de sa patrie et du monde, comme l’avait bien vu le Général de Gaulle.  Il sait que c’est à lui de réaliser l’Unité Historique de Peuple, dont parlait le philosophe Marcel Gilbert pour éviter que la nation soit dirigée par la Classe de pouvoir d’Etat (oligarques corrompus,brasseurs d’affaires, bailleurs de fonds et communauté internationale)

A l’heure actuelle, la république fonctionne au niveau 1, ne sachant quoi discuter, pourquoi dialoguer, comment dialoguer, où dialoguer et avec qui dialoguer.  Il est bon de parler et meilleur de se taire, quand on n’a rien à dire.  Beaucoup de bruit pour rien, dirait le poète.

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