Assassinat Politique ou Dialogue Républicain : 4. Dyalog dwategòch

Jean André Victor, 13/04 / 2021

Savez-vous qu’il existe une relation très étroite entre le mauvais fonctionnement du système de partis en Haïti et la violence politique, criminelle et sociale ? Dit autrement, la sécurité publique dépend également de l’état de santé des partis politiques. Le rappel des fonctions essentielles de ces derniers va permettre de projeter un peu de lumière sur leur face cachée.

Les gens répètent sans cesse que les partis politiques ne visent que la conquête et l’exercice du pouvoir. Une telle certitude fait oublier que la conquête et l’exercice du pouvoir n’ont de sens que s’ils sont au service de l’intérêt général et des objectifs associés au bonheur des populations considérées. Mais, il n’y a pas que ces deux fonctions.

Les partis politiques sont aussi des médiateurs institutionnels entre les preneurs de décision et
la société civile. A ce titre, ils transmettent au pouvoir en place les revendications populaires et les attentes des membres de la société. En tant que courroies de transmission, ils réduisent les risques de confrontation entre les divers groupes sociaux. En l’absence d’un tel mécanisme, les filets de sécurité sociale sont réduits à une peau de chagrin.

Quand par exemple, le peuple gagne les rues, à l’appel des partis politiques, pour faire écouter la voix de Dieu, le Gouvernement qui se bouche les oreilles et le laisse crier ne sait pas ce qu’il fait. En ce sens, une marche collective ou une manifestation de rue, est une forme de dialogue. Port-au-Prince est en colère quand le droit de manifester n’est pas reconnu. Le peuple cède ainsi à la violence quand, en lieu et place du dialogue, on lui offre des gaz lacrymogènes.

Un parti politique, c’est aussi une organisation au service d’une idée, qu’il soit un parti de cadre, un parti de masse ou un parti d’électeur. Chez nous, les gens se disent de gauche ou de droite sans se rendre compte qu’il existe des constructivistes de droite ou de gauche. Les deux veulent transformer la société indépendamment de la volonté de ses membres. La différence entre les deux formes de constructivisme, comme le souligne Pierre Salin, c’est que les uns sont des conservateurs et que les autres sont des progressistes. Mais, ils sont tous des constructivistes.

Les étiquettes droite et gauche ne s’appliquent pas nécessairement à n’importe quelle vision de la société. Pourtant, on demande sans cesse aux hommes politiques : est-ce qu’ils sont de gauche ou de droite et non s’ils sont pour la planification centralisée et la collectivisation des moyens de production ou pour la propriété individuelle et le profit qui en résulte. Chez nous, tout le monde est de gauche, mais nul n’est socialiste ; personne n’est libéral, mais tout le monde est pour la propriété privée. Dans ces conditions, il est difficile, voire impossible, de savoir qui est qui. Dans le doute, on se fait manipuler.

En France, Bernard Henry Lévy définit la gauche comme le courant politique auquel appartiennent ceux qui sont anticolonialistes, portent un jugement positif sur Mai 68 et un jugement négatif sur Vichy et qui, enfin, se reconnaissent dans le combat des Dreyfusards, En parodiant BHL, la Gauche haïtienne pourrait-elle se définir comme le courant politique auquel appartiennent ceux qui sont anticolonialistes et antiesclavagistes, ceux qui portent un jugement positif sur 1946 et un jugement négatif sur l’occupation américaine et enfin ceux qui se reconnaissent dans le combat des Dessaliniens. A-t-on besoin de dialoguer pour cela ?

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