Assassinat Politique ou Dialogue Républicain: 5. Le dialogue des zombies

Jean André Victor, 16 /04 / 21

Est vivant celui qui vit. Donc, tu ne vis pas, étant donné qu’on t’a imposé un mode de vie dont tu n’en veux pas. Tu es en prison et tu ne le sais pas. Tu es violée et tu es muette. Tu perds tes économies et tu gardes le silence. Tu te fais humilier et tu baisses la tête. Tu es mort et tu l’ignores. Donc, tu es un zombi. La terre de liberté est devenue le territoire des hors-la-loi et le pays des sans chapeau. Pourquoi tu ne réagis pas ?

Crédit Photo: Wikipédia

Il est relativement aisé d’identifier les bandits si on veut démanteler le réseau des kidnappeurs. Il suffit de suivre les armes, les munitions, le transport de ces dernières, les contrôles douaniers, les télécommunications, le mouvement de l’argent et le paiement des biens et services. Mais, à quoi bon identifier les bandits, si on les connait déjà ? Pourquoi les identifier, si les tribunaux ne fonctionnent pas. On est tous des zombis.

Tout fout le camp : les recettes de l’artisan en pleurs, l’épargne du jeune entrepreneur, la virginité de la jeune fille en fleurs, les fonds réservés pour les funérailles du paterfamilias, les espoirs d’une génération éperdue et la dignité d’une société qui, comme les oiseaux, se cache pour mourir. Il est inutile de pleurer comme une femme un pays qu’on n’a pas su défendre comme un homme. On est tous des revenants.

Il n’y a plus de superman, de batman, de spiderman et de ramboman. Ni justicier anonyme, ni marron inconnu. Hier, on recrutait des mercenaires pour accomplir certaines tâches dangereuses. Aujourd’hui, on utilise des robots pour exécuter des opérations périlleuses. Mais, cela se passe dans les pays où les hommes se battent en duel et où on se fait la guerre pour les beaux yeux d’une femme aux TT doubout. Chez nous, Le Cid n’a pas de cœur. Rodrigue pa gen gren n. On est tous des fantômes.

Insensé qui pense que je ne suis pas toi quand je me fais kidnapper. A qui profite le crime ? On vend ce qu’on a, on emprunte ce qu’on n’aura jamais, on sollicite l’aumône d’un moins pauvre, on demande à un puissant d’intervenir pour finalement donner sa vie quand on n’a rien d’autre à donner. La victime est traumatisée ; les parents sont aux abois ; la police est aux abonnés absents. Alors, il ne reste plus qu’à négocier, qu’à dialoguer avec ou sans bandeau sur les yeux. On est tous des noctambules.

Après ce que je viens de faire dans le Sud, si les citoyens ne se soulèvent pas, c’est qu’ils ne sont pas des hommes, avait dit Jean Jacques Dessalines. Et les bandits d’entonner en chœur aujourd’hui :: après ce que nous venons de faire dans l’Ouest, si la Police ne se mobilise pas, c’est que le palais national est vide. Cadavres ambulants nous sommes, morts vivants, nous voulons rester. Nous sommes tous des morts en sursis.

A la vérité, pourquoi déclarer l’état d’urgence ? Il y a plutôt urgence d’un Etat fort. Le Peuple Haïtien proclame la présente Constitution pour, entre autres, établir un Etat stable et fort, capable de protéger les valeurs, les traditions, la souveraineté, l’indépendance et la vision nationale. Qui veille sur la Constitution de 1987 ? La Charte Fondamentale est saltropiée. La loi-mère est foulée aux pieds. En avant, Citoyens et Citoyennes ! Nous sommes ressuscités.

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