L’Hôpital universitaire Justinien replonge dans la spirale des grèves

Depuis plusieurs jours, médecins, personnels administratifs et agents de soutien de l’Hôpital universitaire Justinien observent un mouvement de grève pour protester contre plusieurs mois d’arriérés de salaire. Les services sont paralysés, les patients désorientés. Au-delà du Cap-Haïtien, c’est la répétition des crises dans les hôpitaux publics qui interroge.

L’Hôpital universitaire Justinien replonge dans la spirale des grèves

À nouveau, l’Hôpital universitaire Justinien tourne au ralenti. Devant l’entrée principale, les conversations se font à voix basse, parfois nerveuses. À l’intérieur, certains services sont à l’arrêt complet. D’autres fonctionnent au minimum. Le cœur hospitalier du Grand Nord bat, mais faiblement.

Médecins, personnels administratifs, agents de soutien ont décidé de débrayer pour dénoncer plusieurs mois d’arriérés de salaire. Une situation qu’ils jugent intenable. Les loyers ne patientent pas. Les frais de scolarité non plus. « On ne peut pas continuer à travailler comme si de rien n’était », glisse un employé, le regard fatigué.

La grève a des effets immédiats. Consultations suspendues. Interventions reportées. Des patients venus parfois de communes éloignées attendent dans la cour, espérant une reprise rapide. Certains repartent, faute de prise en charge. D’autres tentent leur chance dans des cliniques privées, quand leurs moyens le permettent. Pour beaucoup, ce n’est pas une option.

Justinien n’est pas un hôpital ordinaire. C’est le principal centre hospitalier public du Nord, un établissement universitaire qui dessert une population dépassant largement les limites du Cap-Haïtien. Lorsqu’il s’immobilise, c’est toute une région qui vacille. Les malades chroniques, les femmes enceintes, les accidentés : tous dépendent, à des degrés divers, de la continuité de ses services.

Ce nouvel arrêt de travail n’a rien d’isolé. Ces dernières années, les centres hospitaliers publics du pays ont enchaîné les mouvements de protestation. À Port-au-Prince comme en province, le scénario se répète avec une régularité troublante : retards de paiement, pénuries de matériel, conditions de travail précaires puis, la grève. Un cycle qui semble ne jamais se refermer complètement.

À chaque crise, le même dilemme s’impose aux soignants. Continuer à servir malgré l’absence de salaire, au nom du devoir et de l’éthique professionnelle ou suspendre les services pour se faire entendre, au risque d’aggraver la détresse des patients ? Le choix, disent-ils, n’en est pas vraiment un. « Nous ne demandons pas des privilèges. Nous demandons ce qui nous est dû », insiste un médecin, sous couvert d’anonymat.

Les protestataires appellent l’État à assumer ses responsabilités face à l’urgence. Ils réclament le paiement effectif des arriérés et des garanties pour éviter que la situation ne se reproduise dans quelques mois. Car au fond, c’est bien là le nœud du problème : l’impression de revivre sans cesse la même crise, avec les mêmes conséquences.

Pour l’instant, aucune annonce officielle n’a été fait pour, au moins, calmer la tension. Les employés attendent des actes, pas des promesses. Et dans les couloirs de l’hôpital, où les chaises vides remplacent les files d’attente habituelles, une question flotte dans l’air : combien de temps encore le système hospitalier public pourra-t-il fonctionner au rythme des grèves et des urgences budgétaires ?

Paul MARTIAL


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